‹ Le théâtre en ItalieChapitre 50 sur 51 · THEATRE VÉNITIEN ET FERRUCCIO BENINI · texte numérisé non relu

THEATRE VÉNITIEN ET FERRUCCIO BENINI

toutes les traditions de ce théâtre, c’est une autre affaire. Les petits bruits et petits passetemps du carnaval sont une suite fort amusante de tableautins vénitiens de la moitié du siècle dernier. Parmi les invités du riche marchand de soieries nous voyons défiler toutes sortes de types dont quelques-uns — tels les deux jeunes mariés qui se fâchent et se raccommodent sans cesse — ne sont pas sans quelque analogie avec les amoureux de Molière. Le rôle de la vieille brodeuse française tout entier écrit dans notre langue, est intéressant d’un bout à l’autre. La scène où Mrae Gâteau avoue à la fiancée d’Anzoletto sa passion pour le jeune homme qui ne s’en doute guère, est magistralement conduite, et quelques mots soulèvent de rire tout l’auditoire :

— Et pourquoi, demande ingénument la jeune fille, n’avez-vous pas avoué cet amour à Anzoletto ?

— La pudeur, mademoiselle.

— Eh! quoi ! s’écrie celle-ci. Vous avez eu trois maris, et vous avez- encore de la pudeur !

Voilà le ton de Goldoni, qui, du reste, ne va jamais plus loin. Même dans les bluetles, c’est toujours de la bonne et franche comédie.

Toute cette intrigue, bien légère, est encore égayée par la présence d’un ouvrier convié à cette fête — celui chargé de la calandre (en italien

LE ïnÉATRE EN ITALIE

mangano ) — et que Mme Gâteau qui ne connaît pas bien cette langue persiste à appeler « M.' Mangano ». Cet ouvrier, fort spirituel, — rôle tenu par Benini, — est lé boute-en-train de la compagnie. La scène où il vient chercher Mme Gâteau pour se mettre à table et où il s’efforce à lui parler français, celle où la vieille ridicule éconduite par Ànzoletto essaie de séduire le brave marchand de soieries sont de la bonne école et font rire. Et le troisième acte se termine par un riche souper fort bien réglé où l’ouvrier calandreur porte des toasts interminables et par une sorte de menuet dansé par tous les personnages de la comédie.

Je ne sais si le dénouement actuel est le primitif. Cela n’a que fort peu d’importance : Anzoletto épousera sa fiancée, Mmo Gâteau aura un quatrième mari dans la personne du vieux Zamaria, et le calandreur lui-même convolera en de justes noces avec une ouvrière en soieries.

Cette pièce, je le répète, constitue un petit régal doublé d’une curiosité littéraire : elle est admirablement bien jouée et conduite par F. Benini, A. Mezzetti, Mrae L. Benini Sambo, une excellente duègne (Mrae Gâteau), Mme A. Dondini Benini, une ingénue qui rappelle les beaux jours de M"‘° Victoria Lafontaine par sa simplicité bourgeoise et sa conscience artistique, et une soubrette très goûtée du public, Mme L. Zanon

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Paladini, qui entre en coup de vent, débite ses rôles avec une verve, un feu extraordinaire, brûle les planches, sort de même, et semble avoir hérité, dans un genre plus sérieux, de la manière spéciale de feue Mme Macé Montrouge. Dans notre répertoire classique, quelle Dorine cela ferait !

Tels sont les éléments de l’actuel théâtre vénitien.

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