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On Domestique
Costume* di l'epoque-(i&
— Est-elle jeune? interroge un troisième.
— Oh ! elle n’est ni jeune ni vieille.
— Enfin a-t-elle un talent dans le genre de notre Duse.
— Non, non, c’est autre chose.
Des- garçons de théâtre viennent poser des bandes de gaze sur les feux de la rampe, pour en adoucir la crudité.
— Tiens! il n’y a pas de souflleur, s’écrie un autre.
Ce manque de souffleur est fait pour étonner surtout un public italien habitué à voir représenter une pièce nouvelle tous les soirs, et le* plus souvent jouée... au souffleur, naturellement.
Le grand rideau représentant le « triomphe de Pétrarque sur le forum romain », se lève enfin. Sarah fait son entrée, et des applaudissements sincères , bien nourris , partent de tous les côtés de la salle. C’est un concert unanime de sympathie. Un silence religieux fait place à ces démonstrations bruyantes, et l’enthousiasme va aller sans cesse en croissant jusqu’à la fin.
Ceux qui ne l’ont pas vue depuis quelques années la trouvent quelque peu engraissée, plus naturelle encore, plus simplifiée si l’on peut dire. Mes voisins remarquent entre eux qu’elle n’exagère rien, qu’elle ne force pas reflet, qu’elle n’abuse ni d'exclamations ni de cris. Elle se
montre d'une sobriété, d’une vérité scrupuleuses. Sa prononciation étonne seulement quelquesuns :
— Tiens ! elle prononce comme une Anglaise, fait-on observer autour de moi.
— Mais oui ; pourquoi serre-t-elle ainsi les dents ? disent les autres.
Le redoublement des consonnes, serré, nerveux, des t principalement, leur semble étrange. Et à nous qui sommes habitués à cette prononciation depuis trente ans, tout en reconnaissant la vérité de ces remarques, cela nous semble drôle de l’entendre dire.
Deneubourg (et non Darmont) qui lui donne ce soir la réplique dans le rôle d’Armand, est jugé correct, sincère, jeune et passionné, et ne recueille que les approbations des connaisseurs.
La scène du troisième acte avec le père Duval, celle de la mort, soulèvent des acclamations enthousiastes. Et comme l’usage en Italie n’est pas de yelever le rideau, mais de mettre à ce rideau deux portières, l’une à droite, l’autre à gauche de la scène, par où les artistes reviennent saluer un nombre incalculable de fois, nous avons le spectacle de Sarah, ondoyante et féline, reparaissant tantôt ici, tantôt là, ou passant d’une portière à l’autre devant le public, avec de petils sauts de jeune chatte.
La comparaison avec la Duse s’impose forcément dans tous les esprits. Il est encore curieux sur ce point d’entendre les conversations des spectateurs :
— Les deux créations sont diverses, disent les gens les plus sensés. Ce sont, à proprement parler, deux Marguerite. Celle de la Duse est plus douloureuse. Dans certaines scènes la Duse nous prend le cœur, le cerveau, nous donne le spasme. L’on a envie de crier! « Assez! » comme lorsque l’on voit exécuter un exercice trop périlleux sur le trapèze. Enfin la Duse atteint le maximum de l’effet au quatrième acte; Mme Sarali Bernhardt au troisième.
— Mme Bernhardt, fait observer un autre, dit merveilleusement la scène avec le comte de Giray au second acte, et elle est géniale quand elle écrit la lettre au troisième. La Duse fait passer les deux scènes inaperçues.
— Et puis, répond en chœur tout l’entourage, à certains moments ces deux comédiennes de nature si diverse arrivent à se ressembler. Au dernier acte, par exemple, Saraha repris un effet de la Duse : celui de la lettre, qu’elle ne lit pas mais qu’elle récite de mémoire. Par contre, la Duse a appris de Sarah l’art de répéter suggestivement certaines paroles.
Et le mot de la fin tombe des lèvres d’un
spectateur qui marche à côté de moi à la sortie :
— Notre Duse est plus pathétique, dit-il à sa femme; mais celle-ci est plus séduisante, plus élégante, plus distinguée et plus fine.
« LES DÉSERTEURS
Difficulté d’assister à des pièces vraiment italiennes. — Une appréciation du correspondant parisien du Caffciro à propos du répertoire de Novelli. — Les Déserteurs, drame en quatre actes de M. Giuseppe Baffico. — Première représentation à Gênes. — Le théâtre Paganini. — Mmos Tina di Lorenzo, Paladini-Andô. — M. Flavio Andô. — Compte rendu de la pièce. — Observations critiques. — Heureux augures pour l’avenir.
Décidément il est bien difficile d’assister à des représentations vraiment italiennes , en Italie. Les répertoires des compagnies dramatiques ne sont nulle part plus variés, mais ne se composent guère que de traductions. C’est ce dont s’indigne précisément le correspondant du Caffaro à Paris, M. Gastone Chiesi, dont j’ai précisément sous les yeux l’article qu’il consacre aux représentations d’Ermete Novelli à la Renaissance \
« Sur vingt-cinq représentations données à la Renaissance, nous dit-il, Novelli a donné trois fois au public français le Pain d'autrui de Tourgueneff, sept fois Y Othello de Shakespeare, quatre
Le Caffaro de Gènes, nos des 7-8 janvier 1899.
fois le Schylock du même, trois ou quatre fois Papa Lebonnard de Jean Aicard, deux ou trois fois Ma femme manque de chic de Bernard et Valabrègue. De telle sorte que sur vingt-cinq représentations, l’artiste zVa/z’mn’apas joué moins de dix-huit fois des drames ou des comédies du répertoire anglais, français, etc., tandis que nous n'avons pu entendre que deux ou trois fois le Bourru bienfaisant du papa Goldoni, deux fois Y Alléluia de Marco Praga, Le Don Pietro Cciruso de Bracco, et Y Après (Dopo) , drame en deux actes de Novelli le jeune. » Et le correspondant parisien du journal italien se demande si Novelli n’aurait pas pu choisir pour l’étranger un réper-. toire^/ws italien : « Il ne suffit pas, à mon avis, conclut-il, de jouer à Paris, à Lisbonne, à Riode-Janeiro en italien, mais il faut encore jouer des productions dramatiques italiennes ; sinon au lieu d’imprimer sur les programmes représentations italiennes, il faudrait se contenter d’y mettre tout simplement représentations en italien . »
Hélas ! oui, cher confrère, vos réflexions ne manquent pas de justesse, mais je me permettrai de vous demander où sont vos productions italiennes? Depuis cinq mois que je cherche à m’instruire, en Italie, je suis encore à les découvrir, et vous me rendrez cette justice que je ne me
« LES DÉSERTEURS
fais pas faute d’en signaler une dès qu’elle se présente.
Ainsi, me voici à Gênes depuis un mois : la Compagnie Tina di Lorenzo-Flavio Andô — une des meilleures d’Italie, — que j’avais quittée à Turin, vient d’arriver à Gênes après un séjour de six semaines à Milan. Connaissant déjà une partie de son répertoire, je me promettais bien de n’y aller que lorsque l’on jouerait quelque chose de purement italien, et de nouveau autant que possible. Eh bien, il a fallu que je laisse défiler sur l’affiche : Marcelle , le Monde où l'on s'ennuie , Dora, Froufrou , Amants, Niobé , la Femme d'Arthur , Adrienne Découvreur , Bataille de dames , Andréa , avant d’aller entendre ce soir I Disert ori ( les Déserteurs ), drame en quatre actes, de M. Giuseppe Baflico.
Cette représentation avait pour moi deux autres attraits : l’auteur est génois, et la pièce n’avait jamais été jouée à Gênes. Il était donc curieux d’assister à la façon dont l’œuvre de M. Baffico allait être accueillie par les compatriotes de l’auteur.
A huit heures et demie, heure fixée pour le commencement du spectacle , l’aristocratique théâtre Paganini, avec ses six étages aux balcons blanc et or, est comble du bas au faîte. Les noms des meilleurs artistes de la troupe figurent au
programme : MmesTina di Lorenzo, PaladiniAndô, Moro Pilotto, ainsi que le directeur et remarquable artiste Flavio Andô. Les loges sont garnies d’élégantes toilettes, et un petit entrefilet inséré dans les journaux du matin a rassuré les mères en leur faisant savoir qu’elles pouvaient en toute confiance amener leurs filles pour entendre ces « Déserteurs » qui ne sont pas même des militaires. mais de simples civils qui ont brisé leur vie en abandonnant la route qui leur avait été tracée par leur naissance, leur éducation ou leurs aptitudes.
Ugo Ferriani est un jeune gentilhomme de province qui, après avoir fait ses études à Rome, est revenu à son petit manoir campagnard avec des idées mondaines. Forcé de se résigner à son sort, il rencontre un jour sur sa route une chanteuse d’opéra, Ada, dont il s’éprend éperdument. Cette femme résume pour lui toutes les aspirations de son cœur, il s’attache à ses pas, et finalement l'épouse, à condition pourtant qu’elle abandonnera le théâtre et viendra partager avec lui sa vie mélancolique dans la vieille maison paternelle dont la mort de ses parents l’a rendu l’unique propriétaire. Exposition très nette, ainsi racontée, maisquil’est beaucoup moins au théâtre, oùl’auteur nous laisse deviner peuà peu toutes ces choses pendant un acte où nous ne voyons guère
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