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LES CAHIERS DES CHARGES, LA PETITE SOCIETE ET LES ÉDITEURS

Une revision nécessaire. — Illogismes et iniquités. — ■ Exemples plaisants et concluants. — • La « Petite » et ses coutumes. — Le procès des éditeurs. — • Le plan de M. Castelbon de Beauxhostes.

Trois facteurs qui, à des titres divers mais égaux, influent, d'une façon puissamment fâcheuse, sur la situation, morale et matérielle, du théâtre en province.

La plupart des cahiers des charges — pour ne pas dire tous — auraient grand besoin d'être re visés, rajeunis et transformés, en harmonie avec les nécessités modernes. Ils sont bourrés de prescriptions désuètes et de clauses archaïques qu'on se transmet pieusement de génération municipale en génération municipale.

Le plus souvent, les clauses et conditions énoncées sur ce papier sont, pratiquement, inexécutables. La municipalité le sait, qui les impose, et le directeur ne l'ignore pas, qui les accepte. Le directeur qui l'ignorerait serait, au choix, ou le plus inexpérimenté ou le plus naïf des hommes.

C'est ainsi qu'après l'échange des signatures, les rapports de la ville et du directeur s'établissent sur la base du mensonge conventionnel et de la mauvaise foi réciproque. Ni l'un ni l'autre des contractants ne se fait la moindre illusion sur ce qui s'ensuivra.

Pourquoi maintenir des articles qui resteront lettre morte ? Pourquoi ne pas élaborer un cahier des charges raisonnable, conforme à la réalité des choses, quitte, après avoir traité le directeur privilégié avec justice, à prendre des précautions contre ceux qui, de parti pris, exploitent la confiance du public ?

Pourquoi condamner le directeur à perdre le meilleur de son temps et à gaspiller le plus clair de ses forces dans une lutte perpétuelle contre lé cahier des charges, sorte de filet qui enserre et ligote le contractant et l'oblige à passer à travers les mailles, au prix de mille trucs, tous plus ingénieux les uns que les autres?

Comme preuve d'illogisme et d'iniquité, je trouve le droit que se réservent certaines municipalités de créer, à tout instant, des concurrences désastreuses au directeur, en autorisant des spectacles de toute nature, sous prétexte de grossir les recettes du budget de la ville. C'est à plaisir qu'en maints endroits l'on multiplie les concerts, les fêtes de bienfaisance et de charité, et autres manifestations artistico - philanthropiques, dont on voudrait écrire qu'elles servent l'art et la philanthropie et dont le plus clair résultat est de dériver vers des œuvres dénuées' d'utilité et de valeur tout le budget que la population affecte à ses menus plaisirs.

Vous citerai- je le cas de ces municipalités qui appointent directement les machinistes et les contrôleurs, de sorte que ceux-ci, ne relevant point du directeur, échappent à son autorité et se moquent de toute discipline.

Les débuts? Il y aurait un volume à écrire sous cette rubrique.

On attend toujours... sous l'orme l'institution de ces commissions administratives, compétentes et impartiales, que requiert le fonctionnement des théâtres subventionnés, en attendant qu'on les mette en régie.

Jusqu'ici, les commissions, qui existent sous ce titre fallacieux, ne se sont fait remarquer que par leur ignorance ou leur arbitraire. Elles se composent de braves bourgeois qui n'ambitionnent le titre de commissaire que pour assister au spectacle... à l'œil et risquer un petit tour de promenade dans les coulisses. Pour ce qui est de surveiller la marche des services, la mise au point et la distribution d'une pièce nouvelle, assurer l'exécution des règlements et le bon entretien de l'immeuble, inspecter la comptabilité, veiller au contrôle, ne comptez pas sur eux ; ils ne se font même pas l'idée de cela, qui constitue, pourtant, l'essentiel de leur mission. Ces amateurs restent confits dans leur inconscient amateurisme.

On ne se forgerait pas une notion exacte de la routine séculaire qui préside à la confection des cahiers des charges, si l'on ne dégustait l'article suivant, lequel, remontant au règne de Louis XV, pour le moins, continue à figurer très authentiquement dans le cahier d'une ville que nous pourrions nommer.

« Les danseurs de corde et autres bateleurs ne pourront donner de représentations au théâtre. »

Que dites- vous aussi de cet article de règlement, applicable aux troupes qui ont l'insigne honneur de se manifester sur le plateau du théâtre de Rochefort-sur-Mer :

« Article IV. — Le maire, les adjoints, leur famille (!) et les personnes qui les accompagnent (!!!) ont, de droit, en toutes occasions, leur entrée au théâtre.

« L'entrée des conseillers municipaux est également de droit. Chaque conseiller sera admis sur la présentation de sa carte et pourra s'assurer d'une place en payant par avance la location d'usage ! »

Comment la Société des Auteurs et les groupements théâtraux n'élèvent-ils pas une protestation contre cette clause, abominablement léonine et nettement spoliatrice?

Veuillez noter que le théâtre de Rochefort ne saurait être autrement qualifié que « boîte en ruines », qu'il n'est pas chauffé et que les quatre vents du ciel s'y donnent rendez-vous. Si encore la salle était gracieusement concédée aux impresarii, mais quiconque la prend en location doit acquitter à la « bailleresse » un pourcentage de 15 p. 100, lequel, cumulé avec le droit des pauvres, soit 10 p. 100, et combiné avec les droits d'auteurs, soit 8 p. 100, concourt à un total de 33 p. 100

constituant la première prélibation sur la recette.

C'est donc sur les deux tiers de ladite recette que le directeur impute les gages des employés de la scène, de la salle et du contrôle, les frais d'éclairage et de publicité, la gratification du pompier de service et... les feux de ses artistes. A combien monteront ces deux tiers de la recette quand l'imprésario aura dû admettre, sans payer, en sus du sous-préfet, du commissaire de police, de l'officier et des sous-officiers de planton, des représentants de la presse, du médecin, du capitaine des pompiers, du secrétaire de la mairie, de l'architecte de la ville, du chef de la comptabilité, du receveur des hospices, des brigadiers, sous-brigadiers et agents de police préposés au maintien de l'ordre, des représentants de la Société des Auteurs dramatiques et de la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de musique, etc., etc., la famille, parents, amis, bienfaiteurs, électeurs et... électrices dont il plaira au maire, à ses adjoints et à ses conseillers de se faire accompagner ?

Ce n'est pas tout, hélas !

La moitié de la Prime de location, c'està-dire dej la petite surtaxe perçue sur les

places retenues à l'avance, revient également à la ville.

Et ainsi se trouve épuisée — si toutefois je n'ai rien omis — toute la série des moyens que peut imaginer le démon de la fiscalité et de la mendicité pour reprendre à l'infortuné directeur ou imprésario la totalité desarecette.

Vraiment, dans de telles conditions, le problème de couvrir ses frais n'est-il pas, pour un entrepreneur de spectacles, plus ardu à résoudre que celui de la quadrature du cercle?

En principe, les rapports des théâtres municipaux avec la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de musique, vulgo la Petite, sont d'importance secondaire, puisque cette association s'occupe plus spécialement des music-halls, des concerts, bals, etc.

Néanmoins, les directeurs n'échappent pas à l'obligation de passer un contrat avec elle et de lui payer un léger tribut, même quand le programme ne comporte aucun morceau de son répertoire.

A quoi rime cette anomalie? N'est-elle pas en contradiction avec la logique la plus élémentaire ? Qu'est-ce que cet usage de payer pour une fourniture dont on n'a pas pris livraison ?

Quitte à élever quelque peu la taxe de ses perceptions sur les emprunts effectivement faits à son répertoire, la Petite Société ne devrait-elle pas renoncer à ces pratiques, dans l'hypothèse même où elle resterait insensible au ridicule d'exiger des droits pour les airs intercalés ou autres levers de rideau lorsqu'on joue les Plaideurs ou Britannicus.

D'une façon générale, la Petite Société aurait à se défaire d'un esprit de fiscalité vraiment excessif.

La tribune parlementaire a retenti des doléances apportées au nom des municipalités qu'on prétendait contraindre à acquitter une redevance pour les concerts en plein air donnés par les musiques militaires.

Les casinos font aussi entendre des récriminations amères autant que justifiées.

D'année en année, le forfait applicable aux concerts, bals, etc., s'enfle et grossit, sans raison.

De fortes injustices ont été commises.

L'on cite tel casino qui, il y a dix ans, c'està-dire en pleine prospérité, s'en tirait avec une redevance de 2 000 francs, portée aujourd'hui, en pleine décroissance de recettes, à o 000 francs.

Combien souhaiterait-on qu'un esprit nouveau — un esprit loyal — présidât à une détermination, motivée et non arbitraire, de ces sommes forfaitaires.

Eux aussi, les éditeurs de musique ont leur grosse part de responsabilité dans la situation fâcheuse du théâtre en province.

Non contents de louer, à très haut prix, leurs partitions, ils n'hésitent pas à contraindre l'infortuné directeur à monter un four inévitable, sous l'égide d'un succès. L'éditeur écoule ainsi ses rossignols et fait marcher son commerce, mais le directeur perd exactement, d'un côté, ce qu'il a gagné de l'autre. On ne se figure pas ce que le public de province est forcé d'avaler, dans cet ordre d'idées. Les éditeurs lui font subir d'invraisemblables opéras, périmés et vétustés, dont l'annonce seule déchaîne une fuite éperdue des habitués.

Je m'imagine que le seul moyen de ramener les éditeurs au sentiment de la justice consisterait dans l'organisme d'un solide boycottage. Si les municipalités s'avisaient, en guise de représailles, de mettre en interdit, pour deux ou trois ans, telle maison réputée pour le rigorisme de ses procédés, il est infiniment probable que la sanction amollirait l'intran-

sigeance de cette maison et servirait d'exemple salutaire aux autres.

Il y a quelques années, M. Castelbon de Beauxhostes, le grand organisateur de spectacles d'art donnés aux Arènes de Béziers, avait soumis aux municipalités tout un plan, très intéressant et bien coordonné, de réforme. Je crois pouvoir fidèlement résumer, comme il suit, ce programme.

Inviter les municipalités, dans toutes les villes possédant un théâtre lyrique, à verser annuellement, dans une caisse centrale, une contribution proportionnée à l'importance de la cité.

Supposons, pour fixer les idées, que cinquante villes françaises, ou de langue française, cotisent chacune 2 000 francs. Nous obtenons ainsi un budget annuel de 100 000 francs qui pourrait être mis à la disposition d'un comité de cinquante délégués, un par ville, à l'effet de créer une bibliothèque de partitions d'orchestre.

Ce comité pourrait acheter et faire éditer, tous les ans, un, deux ou trois ouvrages judicieusement choisis.

Les souscripteurs recevraient, de droit, plusieurs exemplaires de chaque partition, et, petit à petit, se constituerait la bibliothèque

du théâtre, laquelle n'aurait, dans un temps donné, rien à envier à celle de l'éditeur. Le comité s'entendrait aisément avec une maison adhérente qui, fonctionnant sous sa surveillance, se chargerait de la diffusion des ouvrages, de la vente des partitions, piano et chant, et arrangements divers.

On aperçoit tout de suite que l'adoption de ce projet présenterait l'immense avantage de découvrir et de lancer les jeunes.

Chaque année, l'on ferait des propositions, non seulement aux compositeurs arrivés, mais aussi aux récents prix de Rome, qui se seraient signalés à l'attention publique par quelque réussite.

Au bout de dix ans, les rayons de notre bibliothèque ploieraient sous le faix.

Au surplus, serait-il aisé d'établir ce nouveau répertoire sur le fondement solide de l'ancien. Il n'en coûterait pas cher d'acquérir les orchestrations des ouvrages tombés dans le domaine public, parmi lesquels l'on ferait un choix judicieux de partitions toujours en faveur.

Au point de vue financier, les sommes ainsi versées par les villes dans la caisse centrale, loin de s'inscrire en débet au budget, viendraient en déduction du tribut considérable

payé aux éditeurs. La bibliothèque figurerait, à la comptabilité-matières, pour une jolie somme.

L'opération se solderait en bénéfice.

Sans parler du bénéfice moral et artistique, qui ne me paraît pas contestable.

Hélas ! cette solution si élégante, si ingénieuse, si aisée, attend — - et attendra longtemps — l'improbable réveil de la tradition décentralisatrice, opprimée, défigurée, depuis plus d'un siècle, par la tyrannie bureaucratique et électorale.

Théâtre de Nevers.

Une autre iniquité. — Ce qu'il faudrait obtenir... par la grève au besoin. — ■ Un arrêté de M. le Préfet de la Seine.

Si, à l'exemple de ce qui se passe dans maintes autres » branches de l'activité humaine, les entrepreneurs de spectacles, petits et grands, de Paris, des départements et des colonies, avaient su se réunir en une vaste association dans le but de défendre leurs intérêts professionnels, il y a beau temps que la question du droit des pauvres serait résolue. Mais les différents groupements de ce genre se jalousent entre eux et gaspillent un temps précieux à servir leurs ambitions ou leurs rancunes personnelles. D'autre part, ils sont incomplets quant aux éléments qui les composent. Leurs caisses

insuffisamment garnies ne résisteraient pas au choc d'une puissante coalition ; leurs dirigeants manquent d'énergie, de surface, ou d'autorité. Donc impossibilité absolue pour ces groupements d'entreprendre les actions d'ensemble qui pourraient libérer les montreurs d'ours en tout genre de cet impôt arbitraire, de cette iniquité qui s'appelle « le droit des pauvres ».

La loi dit que « le droit des pauvres » n'est « qu'un dépôt versé momentanément dans les caisses des salles de spectacle ». Vous entendez bien : un dépôt momentané... Il ne devrait donc, en aucun cas, figurer dans les recettes. C'est d'ailleurs ce qui résulte clairement des faits suivants :

M. Raphaël Beretta, directeur de l'Olympia, était tenu, aux termes de son bail, de verser à son propriétaire, M. Oller, pour la location de l'Olympia, le cinquième de ses recettes brutes jusqu'à 1000 francs et le quart de ses recettes au-dessus de 1 000 francs.

M. Beretta souleva un point extrêmement intéressant : Le droit des pauvres, que les théâtres encaissent pour le compte de l'Assistance publique, fait-il partie des recettes brutes ?

Sur plaidoirie de Me de Moro-Giafferi pour M. Beretta et de Me Rodrigue pour M. Oller, le président Monnier a statué en ces termes :

« Attendu que le droit qualifié de droit des pauvres doit être considéré comme une contribution imposée non aux directeurs des théâtres ou autres spectacles, mais bien au public fréquentant ces établissements;

« Qu'il est exigé de celui-ci au moment où il prend et paie sa place au guichet, et qu'il est acquitté entre les mains des directeurs de théâtre, agissant, à l'égard de cet encaissement, non pour leur compte personnel, mais à titre de percepteurs de deniers qui deviennent instantanément et dès leur versement la propriété de l'Assistance publique, et font virtuellement partie d'une caisse distincte, sans rentrer aucunement dans la masse des recettes ordinaires et normales effectuées, à l'entrée, pour le compte de ces établissements ;

« Qu'il doit s'ensuivre que, spécialisés pour ainsi dire à part et sans confusion juridique possible, ces droits, constituant un patrimoine séparé, ne sauraient entrer en ligne de compte pour subir aucune des charges contractuelles qui doivent limitativement grever les encaissements que les parties ont qualifiés de « recettes brutes », ces recettes devant s'entendre de toutes

les sommes généralement perçues, à l'exclusion complète de la contribution versée en supplément, qui constitue le droit des pauvres. »

C'est net. Et pourtant la Société des Auteurs persiste à prélever son pourcentage sur la totalité des deux recettes : celle du théâtre et celle des pauvres ! Il résulte d'une telle prétention cette monstruosité que les directeurs se trouvent dans l'obligation de' parfaire de leur poche ce qui manque à la recette des pauvres, puisque cette recette des pauvres a été indûment amputée par un prélèvement des auteurs.

Comment pourrait-on remédier à cet état de choses? En obtenant sans retard que partout le droit des pauvres soit perçu en dehors du prix des places, qu'il soit versé dans une caisse spéciale pour qu'à aucun moment il ne puisse être confondu avec la recette produite par la vente des billets.

Oui, messieurs les directeurs, voilà ce qu'il faudrait obtenir. Et si les pouvoirs publics et la Société des Auteurs refusent de vous écouter, n'hésitez pas à préparer la grève générale du spectacle. Une semaine de grève, par la perturbation qu'elle amènerait, attirerait l'attention du public tout entier, et votre bon droit deviendrait alors

tellement apparent, que d'innombrables défenseurs se joindraient à vous de toutes parts.

Et pourtant les détails de cette question seraient bien facilement réglés. J'ai souvent songé à un système de perception qui augmenterait considérablement la part des pauvres tout en la délimitant nettement.

Pourquoi ne créerait-on pas des timbres spéciaux qui seraient mis à la disposition du public dans les bureaux de poste, chez les marchands de tabac, dans les salles de spectacle, cinémas, voire même dans les kiosques à journaux? La valeur de ces timbres serait de 5, 10, 15, 20 ou 25 centimes, par fraction de 5 centimes. Tout spectateur, payant ou gratuit, ne pourrait pénétrer dans la salle qu'après avoir acquitté le droit des pauvres, par l'apposition sur son billet d'un ou de plusieurs timbres que le contrôleur de l'Assistance publique annulerait au moyen d'une griffe quelconque. Le droit des pauvres étant de 10 p. 100, il faudrait donc, pour une place de 3 francs, se munir de 30 centimes de timbres et, pour un fauteuil de 8 francs, le contrôle exigerait le timbre de 80 centimes. Le billet de faveur serait également imposé d'un timbre en rapport avec le prix de la place occupée.

Je le répète, l'Assistance publique trouverait d'énormes revenus dans ce mode de perception auquel personne ne devrait pouvoir se soustraire. Le président de la République lui-même serait invité à acquitter les droits des places de sa loge à l'Opéra. En province, les préfets, les maires, les commissaires de police, jusqu'au plus humble des reporters, tout le monde en un mot serait tenu de se soumettre à cet impôt et, ma foi, cette union de tous en faveur des pauvres pourrait bien, quelque jour, être considérée comme l'un des plus beaux gestes de notre démocratie.

Et Ton peut juger de l'importance des sommes qui tomberaient dans la caisse des pauvres si l'on demandait à tous les établissements, industries et magasins de luxe, d'adopter l'usage de ces timbres spéciaux : restaurants, couturiers, fourreurs, modistes, objets d'art, joailliers, etc.

La réglementation serait facile à établir pour que les droits ne fussent exigés qu'à partir d'un certain chiffre et dans une proportion équitable et raisonnée.

A titre de renseignement, il nous semble intéressant de publier in extenso l'article 3 d'un arrêté du préfet de la Seine, ayant pour

but de réglementer le mode de perception et les moyens de contrôle du droit des pauvres. Cet arrêté, en date du 28 juillet 1910, vient préciser certains points qui n'avaient pas été suffisamment élucidés par les différentes lois qui se sont succédé depuis le 7 primaire an V.

« Article 3. — Le contrôleur exerce sa surveillance sur toutes les opérations auxquelles donne lieu l'entrée du public et peut se rendre dans tous les locaux où le public a accès.

« Il doit notamment s'assurer :

« a) Que le prix des places est affiché à chacun des bureaux de vente ;

« b) Qu'aucun spectateur ne pénètre dans la salle de spectacle sans passer au contrôle où doit avoir lieu le pointage ou toute autre vérification du titre d'entrée dont il devra rester trace ;

« c) Que les coupons d'abonnement à prix réduit qui peuvent être utilisés en une ou plusieurs fois, et pour lesquels est réclamé le bénéfice de la taxation sur ledit prix réduit, sont présentés avec le carnet, la souche ou la quittance portant le nom du souscripteur et ainsi que les billets de location mentionnant le prix d'achat ;

« d) Que les bureaux de vente sont approvisionnés de billets, tickets, jetons ou cartons en nombre au moins égal à celui des places mises à la disposition du public, lesdits billets, tickets, jetons ou cartons — souches et volants s'il y a lieu — devant être numérotés suivant une série ininterrompue, ainsi que les billets ou cartons d'échange, et porter, en outre, l'indication de la catégorie de la place, de son prix et du montant du droit des pauvres ;

« e) Que les billets à tarif réduit dits billets à droit portent le chiffre de la redevance, se distinguent, par la forme ou la couleur, des billets visés à l'article 2, paragraphe 6, et sont échangés au contrôle contre des coupons mentionnant la catégorie de la place à occuper ;

« /) Que les billets gratuits portent la désignation du bénéficiaire et l'indication du titre auquel ils sont délivrés (service d'ordre, service médical, billets d'invitation dits de faveur) ;

«g) Que les billets des deux catégories visées aux paragraphes e et f sont revêtus en outre de la mention d'usage : « Billet ne pouvant être vendu » ;

« h) Que les billets délivrés à des tiers en

vertu de l'article 2, paragraphe 6, sont libellés de manière à éviter toute confusion avec les billets à tarif réduit et les billets gratuits ;

« i) Que le versement du prix de la place ou du supplément n'est pas effectué dans une dépendance de l'établissement autre que les bureaux réglementaires, et que les billets de supplément mentionnent la place abandonnée. »

Concernant les représentations de gala et celles dites « à bénéfice », il nous semble utile de souligner l'article 9 suivant :

« En ce qui concerne les représentations à bénéfice et sur justification de leur caractère spécial, le droit est calculé sur le prix ordinaire des billets, sans tenir compte des majorations qui y seraient apportées. »

Ce sont là les principales modifications qui ont été apportées au règlement pour la perception du droit des pauvres.

M. le préfet de la Seine donne là d'excellents conseils en vue de l'organisation d'un contrôle sérieux ; et, sans parler des théâtres de Paris qui pourraient en prendre de la graine, j'estime que les municipalités de nos départements doivent trouver dans cet arrêté les plus précieux enseignements.

Ici, je fais — par exception — de la centralisation, en invitant les départements à prendre modèle sur la capitale.

Mais, vous verrez que la province, si prompte à adopter, avec une docilité si parfaite, les us, coutumes, travers, modes de Paris, la province qui fait venir son opinion toute mâchée de Paris comme une confection du Louvre ou du Bon Marché, hésitera à s'approprier une mesure aussi recommandable.

Théâtre Graslin, Nantes.

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