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aime — que dis- je ? — on adore le théâtre. Il serait aine (le démontrer que le théâtre est Vune des prineipales préoccupations du peuple français. Pendant la terrible grande guerre, ne jouait-on pas la comédie dans les tranchées et, à cent kilomètres du front, des professionnels n' organisèrent-ils pas des saisons régulières dont les spectacles furent très suivis?
Mais si le Français est à ce point épris de théâtre, pourquoi les entreprises théâtrales n'étaient-elles pas plus florissantes ?
C'est ce que je vais essayer de démêler.
Tout d'abord il faut scinder la question en deux parties : Paris et province. Je laisserai à de plus compétents le soin d'étudier la première partie qui est affaire à des thérapeutes spéciaux. Je ne m'occuperai ici que de la secAjnde : la province.
Il m'a toujours semblé inconcevable qu'un pays, tel que le nôtre, dont la production théâtrale n'a pas d'égale, la centralisât dans une seule ville alors que, sans rien enlever à la légitime et d'ailleurs inattaquable prépondérance de Paris, il serait si simple de créer tout au moins dans les grandes villes françaises, Lyon, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Nantes, Rouen, des centres secondaires de vie intellectuelle et artistique.
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Chez nous, dans la plupart des nlles, ainsi que j'ai déjà eu Voccasion de le constater, surtout dans celles où la population n'atteint pas 100 000 habitants, le théâtre est considéré comme un « maumis lieu ». Les notables, les fonctionriaires, les officiers s'y risquent parfois à l'appel de l'artiste à la mode ou du dernier succès parisien. Mais ils n'y conduiront leur femme que dans une occasion vraiment exceptionnelle et de tout repos : une Madame Sans- Gêne, un Cyrano, une Primerose.
Dans les autres pays d'Europe, on comprend le théâtre tout autrement. Il tient une place dans l'instruction et l'éducation entre le musée et la bibliothèque. On conduit la jeunesse au théâtre pour lui faire connaître les chefs-d'œuvre classiques et modernes, la familiariser avec les usages du monde, lui enseigner l'art du « bien dire)) et les façons de se tenir et de se vêtir correctement sinon élégamment. Aux enfants de cinq ou six ans sont réservées des matinées spéciales dont le répertoire comprend des pièces burlesques, féeries, anecdotes de voyages, contes naïfs où le mauvais génie est toujours puni tandis que la vertu est récompensée.
Dans nos villes universitaires, les étudiants se soucient peu d'art théâtral. Sur une agglomération de b à 600 étudiants, c'est à peine
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si une trentaine d'entre eux fréquentent les salles de spectacles. Un bon ^audei^ille noui^eau pourra en attirer quatre douzaines, mais je connais maints spectacles classiques qui n'en dérangèrent pas un seul.
A qui la faute ? A ceux qui les instruisent.
J'insiste sur ce point, qu'on n'a jamais, à ma connaissance, suffisamment mis eh relief.
On a soucient ehnsagé l'art dramatique au point de vue de la propagande morale et sociale ; on a fabriqué des théories somptueuses et ambitieuses, ainsi qu'il sied à un pays qui, comme le nôtre, se paie trop aisérhent de littérature et de rhétorique, quitte à laisser croupir l'institutiofi théâtrale dans la plus abjecte routine.
A l'étranger, on se manifeste moins eh discours et en articles. Oh obéit à une conception plus terre à terre et plus positive. Oh a fait du théâtre une distraction saine et Utile, qui, sans chercher midi à qiiatoHe heures, amuse en instruisant, ou, si Von préfère, ihstruit en amusant, et qui, tout en {vulgarisant les chefs-d'œuivre consacrés, des œui^res probes et sincères, apporte des leçons d'urbanité, de politesse, de tehUe, et concoûH ainsi à surélever le niveau de la bônhe éducation nationale. Je m'excuse de citer icides vers de Voltaire. Mais ce hïerveilleUx esprit, qui avait compris et pressenti