DE SOLIS A GANIZARÈS : DERNIER ÉCLAT
A quelque intervalle au-dessous de Caldéron, qui semble un grand-prêtre du Théâtre, assisté, à droite et à gauche, de deux « saccrdotes », Rojas et Moreto, une quantité notable de dramatistcs de valeur sont à louer encore, et il leur arrive, dans un acte, une scène, dans l'inspiration d'uùe œuvre, d'égaler les maîtres du premier rang.
Solis est parfois cité de pair avec Rojas, Caldéron et Moreto. 11 collabora avec eux, prêtre comme Moreto et Caldéron (et aussi comme Lope, Tirso, Montalvan... car ils Tétaient tous! sauf Alarcon : inde irœ?) — Quelques critiques l'ajoutent à « la phrase immortelle )>; mais ce sont les dévots par-dessus tout « à la correction et à la mesure », ceux qui n'ont pas désarmé vis-à-vis de Caldéron et de Lope.
Don Antonio de Solis y Rivadencyra naquit en 1610, à Alcala de Hénarès, et mourut à Madrid en 1686. Il est considéré comme le dernier poëte dramatique de VAge
(Tor. Sa première pièce, Amour et Obligation^ fut composée à 17 ans, en 1627, sous Lope, et il nous en a laissé, en tout, neuf. Solis est surtout historien ; sa classique Histoire de la Conquête du Mexique est un monument delà littérature espagnole.
Il étudia à Salamanque, particulièrement le droit. Il se lia intimement avec Caldéron, et les deux poètes firent plusieurs pièces ensemble, notamment le Pastor Fidoj dont était aussi Coello. Secrétaire du comte de Oropesa (vice-roi de Navarre), puis historiographe des Indes, Solis entra dans les ordres en 1666 ; dès lors, il renonça à Tart dramatique et ne s'occupa plus que de sa grande Histoire. Il est cité néanmoins en 1679 à propos du mariage du roi Charles II, comme soutenant à peu près seul le théâtre après Caldéron et Moreto.
On était loin de cette période exubérante, où quarante troupes de comédiens jouaient à la fois (1632), où plus de mille personnes vivaient du théâtre, alors que des salles de spectacle s'ouvraient dans toutes les villes et bourgades.
Depuis longtemps, de sourdes attaques tendaient à affaiblir lu production scénique, et, malgré la protection du roi, décourageaient les auteurs. A la mort de Philippe III, déjà, 1621, les théâtres étaient restés fermés quatre mois. Ils avaient rouvert avec un drame de Lope, Dieu fit les rois^ les hommes ont fait les lois. Celui qui venait de monter sur le trône, bien que passionné pour la scène — acteur à 9 ans, écrivain dramatique, sous la signature « Un Esprit de cette cour » — Philippe IV était faible, devant le clergé surtout. Il n'avait rien de l'énergie de son aïeul Philippe II, menaçant un cardinal de le tuer s'il ne relâchait immédiatement l'artiste qui l'amusait par son jeu et l'intéressait par ses pièces. Philippe IV ne sut pas empêcher un relâche
général des théâtres, par ordre ecclésiastique, de 4644 à 1649. Ajoutez à cela que, tous les ans, pendant un mois après la Fête-Dieu, on ne jouait que des autos.
En 1665, Philippe IV meurt. Nouvelle fermeture des théâtres. Cette fois, la reine régente, probablement sous la dictée du jésuite Evrard Nitard, son confesseur, déclare qu'on ne les rouvrira pas « avant que le roi, son fils, soit en âge de s'y plaire ». (11 avait 4 ans.) Comment s'étonner que Solis renonce à la scène en 1666, et que, lorsque le roi Charles II épousa une nièce de Louis XIV, Marie-Louise d'Orléans, en 1679, on ne puisse citer plus de trois poëtes dramatiques de renom (parmi lesquels Antonio de Solis) !
Solis se fait remarquer par une régularité rare au temps où il vivait. 11 est vrai que déjà l'on sentait souffler le vent de France (sous Charles II). Ses deux qualités principales sont le naturel et la simplicité.
L'Amour à la Mode^ imité par Scarron et par Thomas Corneille, est d'un franc comique, plein de reparties amusantes, écrit avec une certaine grâce, non sans charme. Un sot en fait cent mérite mieux encore notre estime : c'est la plus célèbre des pièces de Solis. Avec ces deux comédies, une troisième est demeurée, la Gitanella à Madrid.
Les autres : Triomphes d'amour et de fortune ^ la Frisson du Secret^ Eurydice et Orphée^ les Amazones^ le Docteur Carlin, Donner asileùVennemi, sont moyennes. Antonio de Solis avait été mis un peu trop haut, pour des raisons différentes, par les anti-gallicistes et par Schlégel. Il s'est maintenu comme historien; mais il est descendu comme dramatiste.
Alvaro Cubillo de Aragon, poète de Grenade, né au commencement du xvii" siècle, est l'auteur de plus de
dOO pièces. Il en a survécu une trentaine. La meilleure a pour titre les Poupées de Marcelle.
Cubillo fit un recueil de ses comédies, qu'il appela le Nain des Muses, Le style en est élégant et facile ; on a vanté ce dramatisle pour la science de la composition et la noblesse des pensées. Il faut citer: le Comte de Saldana^ les Exploits de Bernard del Carpio^ VAmour comme il doit être^ la Parfaite Mariée^ le Seigneur de Bonne-Nuit^ et i\ y aurait à ajouter quelques autos.
Un des auteurs les plus féconds et les plus heureux fut Don Juan Matos Fragoso, qui florissait après 1650. H était Portugais, né à Alvito, vers le premier quart du xvii* siècle, et il mourut en 1692. Matos Fragoso fit ses études à T Université d'Evora; pijis il vint à Madrid, où il se lia avec Moreto, Cancer et Diamante. Il collabora beaucoup avec ces trois portes, ainsi qu'avec Zalaveta et quelques autres. Ses premières pièces sont datées de Naples : il en écrivit plus de 70, dont il est resté une cinquantaine.
C'est le plus gongorique, peut-être, dans ses grands drames; ses comédies sont naturelles et multiplient les scènes gaies. Il n*est pas toujours décent, estiment les critiques ; mais ils le tiennent pour « spirituel, picaresque, aigu ». Ecrivain clair et habile, il vit toujours ses pièces très applaudies : elles se distinguent par le mouvement et par un ton de vigueur et de dignité. La langue est riche, brillante et, en quelques œuvres, sans emphase.
Ses pièces les plus célèbres sont : le Sage dans sa retraite et le Villageois dans son coin^ comédie très imitée, et Je ni appelle Lorenzo ou le Charbonnier de Tolède, Lope de Véga avait écrit une pièce portant le titre de la première. Matos a pillé Tirso dans plusieurs comédies. Voir et croire (pris de la Fermeté dans la
Honte) ^ le Fils de la pierre (chez Tirso, C Élection par la Vertu), etc. II était aussi peu scrupuleux que Moreto pour la refonte des pièces oubliées. C'est l'un des trois auteurs de San Gil de Portugal, et nous connaissons sa nationalité portugaise par Nicolas Antonio.
Parmi les œuvres nombreuses qu'il composa en compagnie de Moreto, je mentionnerai : P Amour fait parler les muets, le Prince Prodigue, la Rédemption des Captifs, Mon Fils est seid prince, S'opposer aux Étoiles, le Lettré du Ciel, la Bête de Bahylone, le Bouvier empereur, le Meilleur des Douze Pairs,
Mais il a écrit seul des pièces originales et d'une très heureuse invention : la Corsaire Catalane, entre autres. Outre le Sage dans sa retraite et le Charbonnier de Tolède, on lit encore avec plaisir : // vaut toujours mieux se taire ; En amour, pas d'amitié; Trcdtre contre son sang ; V Amant de sa femme. Ajoutons : le Fer de VEntendement, la Dévotion à l'Ange Gardien, la Vengeance par dépit, les Avis profitent peu, le Bonheur par le mépris.
Don Francisco Antonio de Leiba (ou Leiva) a laissé quelques bonnes comédies, le Fils de la Douleur, en première ligne; puis la Dame Présidente, le Prince Idiot ^ le Secours des Monts ; soit 10 pièces, imprimées à Madrid en 165i.
On ne cite de Cristobal de Monroy Silva qu'un ou deux drames, la Jeunesse du duc d'Ossuna, 1627, imitée par Mairet, cl la Bataille de Pavie.
Don Jeronimo de Cancer y Velasco, auteur comique fécond, est le troisième père de San Gil. Avec les deux mômes collaborateurs, Morclo et Matos Fragoso, il fit quelques autres pièces, la Bête de Babylone, Remédier
à la douleur et un certain nombre de comédies avec Moreto seul (f Adultère pénitente^ la Force du Naturel, la Vierge de l'Aurore, etc.). Nous le retrouverons à propos de ce maître.
Deux ou trois fois, il travailla en société avec Caldéron : Rendre malade par le remède est de ces deux poëtes et de Guevara ; la Marguerite précieuse est signée Caldéron, Zavaleta et Cancer; enfin, peut-être est-il de la Fausse Arcadie, laquelle a trois auteurs: Caldéron, Moreto et... « Un Esprit », que Ton pense être lui.
Seul, Cancer écrivit peu: celle de ses pièces qui fit le plus de bruit est la Bandolera de Flandre, qui parut sous le nom de Cubillo, bien qu'elle soit de Cancer, et que le Tribunal de l'Inquisition condamna. V Argent est qualité a été cru de Lope de Véga.
Il montra un certain talent dans un genre assez rare en Espagne, la parodie. D'habitude, c'est le gracioso qui s'en charge, et il y a dans presque toutes les comédies espagnoles le dédoublement en action boufi*onne d'un sérieux Quichotte et d'un Pança. Toutefois, on compte un petit nombre de pièces entièrement burlesques, telles que le Cavalier d'Olmedo, parodie du drame de Lope de Véga, par Félix de Monteser. La plus célèbre de toutes est de Cancer : c'est la Mort de Baldovinos, 1651. Il donna dans la môme note les Aventures du Cid, qui ont été attribuées à Moreto.
Un historien fait mourir Jeronimo Cancer en 1654, date évidemment inexacte ; il a dû vivre beaucoup plus lard. Ses Comédies furent iditées à Madrid en 1661.
On a 22 comédies de Fernando de Zarate : la plus estimée est la Présomptueuse et la Belle ; puis viennent Hercule Furieux, Qui peut plus agit moins, Changer
pour être mieux, Zarate fut meilleur poëte lyrique que dramatique.
Don Juan de la Hoz y Mota, né à Madrid en 1620, vivait encore en 1689. Il est surtout connu par le Châtiment de la Misère, Une douzaine de pièces moins importantes escortent son nom ; on remarque d'abord parmi elles le Montagnard Juan Pascal^ et ensuite Abraham Châtelain ou le Blason des Guzman et le Laboureur Juan Pérez, premier assistant de Seville.
Juan Bautista Diamante a servi de machine de guerre contre Corneille aux ennemis de l'auteur du Cid.
Il est incontestable que « le Cid » de Diamante, Celui qui honore son père, est une faible imitation de la tragédie cornélienne. Il est sûrement postérieur, ayant été imprimé en 1659, soit 23 ans après le Cid français. Cependant, Voltaire, avec sa mauvaise foi accoutumée^ déclarait que Cehn qui honore son père était plus ancien que la Jeunesse du Cid de Guillen de Castro. On comprend la perfidie: il y a des scènes entières servilement reproduites, et mot pour mot.
Mais il s'est trouvé un plus féroce détracteur de notre grand Tragique. La date de 1659 étant acquise et l'affirmalion de Voltaire tombant à néant, rhislorien dramatique allemand Frédéric Schack reprend la thèse, et, cette fois, appuyée sur une redoutable érudition.
El Honrador de su padre fut imprimé en 1659: cela prouve-t-il que la pièce fut jouée d'origine cette annéelà? Elle courait depuis longtemps en manuscrit; du reste, il arrivait souvent aux auteurs d'imprimer une pièce bien des années après la représentation. A celte époque de constante importation espagnole en France, El Honrador n'a-t-il pu être connu? joué à Paris peutêtre, par une troupe de passage, comme celle qu'y amena
plus tard Sébastien dePrado, pour le mariage de Tinfante Marie-Thérèse avec Louis XIV? Anne d'Autriclie aussi était une princesse d'Espagne ! Et Schack s'efforce d'établir que dans sa tragédie Corneille n'a fait qu'une compilation de Guillen de Castro et de Diamante.
J'estime que cette accusation ne repose sur rien. C'est une hypothèse toute gratuite que d'assigner au drame El Honrador une date originelle antérieure — de vingt-trois ans (!) — à son impression, sans que personne ait jamais parlé de la représentation de cette pièce ni de son existence avant 1659. Mais le manuscrit « courûl-il » vraiment au milieu d'un tel silence que, hors de l'Espagne, il aurait été plus ignoré encore. La compagnie de Sébastien de Prado est la première que l'on vit à Paris, et précisément en 1659. El Honrador ne fut jamais joué en France. Corneille ne connut le drame très renommé de Guillen de Castro que par M. de Chalons, qui le lui apporta à Rouen : comment aurait-il soupçonné (à supposer qu'il existât) le manuscrit obscur de Diamante? Enfui, s'il avait imité El Honrador de su padre^ Corneille l'eût dit, avec sa loyauté habituelle, et n aurait point cité comme unique source de son œuvre Guillen de Castro. Et, s'il avait gardé le silence, Scudéri et les autres eussent parlé pour lui.
Sisraondi et Ochoa, après Voltaire *et La Harpe, ont tenu, aussi, El Honrador pour l'original de la tragédie de Corneille. C'est une opinion qui ne peut plus Être défendue.
Heureusement pour sa renommée, Diamante n'écrivît pas que cette mauvaise pièce (où il croyait améliorer le drame de Guillen de Castro); la suite du » Cid », le Siège de Zamora (qui est le sujet de la seconde Jeunesse du Cid^ du même Castro), lui assure, avec quelques autres drames, la Valeur n'a pas d'âge (ressouvenir,
encore, de Corneille), Comme les présomptions mentent! etc., une bonne place parmi les auteurs de second ordre. La Juive de Tolède,^ signée de lui, est dans la liste des œuvres de Lope de Véga ; mais je crois qu*elle n'est ni de Tun ni de l'autre et qu'elle doit être restituée à Mira de Mescua ; c'est l'original de la Rachel (de La Huerta), une des meilleures pièces de ce malheureux xviii* siècle espagnol.
Diamante était contemporain de Caldéron. On ignore le lieu et l'année de sa naissance : il vivait encore en
Don Aguslin de Salazar y Terres, né à Soria, en 1642, étudia à Mexico, auprès de son oncle, Tarchevêque de Campôche, qui mourut vice-roi. Très lié avec Caldéron, il remporta de vifs succès, mais une mort prématurée, à 33 ans, en coupa brusquement le cours : il fut pleuré de ses contemporains (1675). Quelques-unes de ses pièces. Choisis i ennemi^ T Enchantement dafu la beauté^ donnaient plus que des espérances.
Les frères Figueroa (Diego et José) sont souvent cités avec éloge ; mais leur place est plus importante hors du théâtre. On ne parle que d'une ou deux de leurs pièces : Pauvreté, amour et fortune, principalement, et le Menteur à la Cour.
Juan Vêlez de Guevara, 1611-1675, fils du fameux dramatiste Luis Vêlez de Guevara, est pris quelquefois pour l'auteur de Régner après la Mort. On môle les pièces du fils à celles du père. Juan fut auditeur de Séville (c'était une famille andalouse), et l'on dit qu'il égala Luis Vêlez en souplesse et le dépassa par la grâce des vers : ce n'est pas ce que révèle le drame Outrager pour arriver; les succès de Juan furent loin do balancer ceux de Luis.
On ignore quand naquit à Madrid et quand y mourut Alonso de Batres, auteur fort applaudi de son temps, et de qui nous n'avons qu'une pièce — très rare — Il y a des vengeances sans injure. On ne sait rien non plus d'an autre dramatiste renommé, Matias de les Reyes, sinon qu'à 20 ans il avait fait jouer avec succès 6 comédies. Mais il voulut revenir au « classique » et donner une imitation de V Amphitryon de Plante, V Outrage remercié, La pièce tomba.
De Juan de Zavaleta (ou Zabaleta) — aveugle en 1656 — il reste quelques comédies, très rares. J'ai cité plus haut la Marguerite précieuse (avec Caldéron et Cancer). — Les deux auteurs de Toutes celles que je vois^ je les reux^ Sébastien de Villaviciosa et Avellaneda, furent de l'association formée par Moreto, ainsi que Antonio Mariinez {C Entremetteur de sa propice injure) et que Lanini Sagredo. Il existe une pièce écrite par six des auteurs de cette société, Enrique le Dolent, par Zabaleta, Martinez, Rosete, Villaviciosa, Cancer... et Moreto.
Dans le même temps se distinguaient encore :
Ambrosio de Arce, qui mourut en 1661 ; Montero de Espinosa, lequel était capitaine des troupes espagnoles en Flandre l'an 1656 ; Enriquez Gomez, auteur de la Jalousie n! offense pas le soleil ; Valentin de Cespedes, des Gloires du Meilleur siècle ; Callejo ; Morales ; Cuellar ( Chacun à son affaire). Le Triomphe de VAve Maria est signé « Un Esprit ». Déjà, en pleine décadence, sont acquis aux idées nouvelles : Acebedo, Villaroël etFcrnandezde Léon, de qui le Sourd et le Montagnard fut loué par Rlas Nasarre. Vers la fin du siècle, ou rencontre deux femmes. Doua Ana Caro et Sor Juana Inez de la Cruz, dite la Monja (« la Religieuse >») de Mexico ; née au Mexique en 1651, morte en 1695 :
on doit à « la Religieuse » Sainte Herménégilde et les Engagements d'une înaison.
Trois dramatîstes célèbres, très supérieurs à toute cette foule, retrouvent par moments les inspirations des vieux Maîtres et ferment avec honneur la période « caldéronienne ». Ce sont Bancès Gandamo, Zamora et Caftizares.
Francisco Bancès Gandamo, 1662-1709, est le poëte dramatique en vogue du règne de Charles II. Il fut très choyé de la cour. Après un duel où il reçut une assez grave blessure, le roi envoya prendre de ses nouvelles et fit barrer la rue d'Alcala, où demeurait le malade, pour qu'il ne fût pas incommodé par le bruit des voitures. Sa faveur excita une telle envie qu'il fut obligé de quitter Madrid, et môme de renoncer au théâtre. Il mourut sous Philippe V, pauvre, empoisonné, dit-on. et il fut enterré par charité.
Candamo a laissé 24 comédies et 4 autos (sans compter des œuvres diverses). Sa pièce la plus connue, dans la manière de Caldéron, qu'il reflète encore brillamment, est r Esclave sous des grilles d'or. Avec celle-ci, la plus représentée fut Pour son Roi et pour sa Da?ne^ qui rappelle les beaux drames de la grande époque. Parmi les autres, ondistinguc : le Grief contre sa dame, la Jarretière d'Angleterre, rAutriche à Jérusalem, la Restauration de Bouddha, la Vierge de la Guadeloupe (auto).
Je trouve une liste d'auteurs et d'œuvres considérable (beaucoup d'anonymes) sous la dénomination «contemporains de Bancès Candamo »; mais rien que de médiocre. Je les passe.
Zamora, disciple de Caldéron, essaya de maintenir la tradition dans l'invasion du « classicisme » ; mais
il fut obligé quelquefois de fléchir sous le flot : à ses drames, autos, sainètes, etc., s'ajoutent des imitations françaises, et Moratin le loue sérieusement d'avoir corrigé Tirso, refondu la Dame Revenant de Galdéron et le Don Domingo de Don Blas d'Alarcon.
Zamora tenta pourtant de nobles efforts. Il s'attaqua au sujet de « Don Juan » et écrivit le Convive de pierre OH II ny a pas d'échéance qui n'arrive et pas de dette qui ne se paie. Fidèle au drame national, il fit jouer Chacun est une lignée à part ^ Mazuriégos et Monsalves, et môme une « Jeanne d'Arc », la Pucelle d'Orléans.
Mais il est surtout estimé pour les pièces dites « de figuron », où il marche dans les voies de Rojas et de Moreto, h'Ensorcelé par force^ comédie très gaie, est son chef-d'œuvre.
11 a beaucoup soigné aussi les piécettes, qui changeaient alors déforme et de caractère. Les sainètes (exentremets), les mogigangas (avec masques) apparaissent déjà dans Galdéron. Zamora les développe, et ces petits actes, esquisses et pochades, vont prendre beaucoup d'importance désormais. Il y joint des zarzuelas, comédiettes mêlées de chant ; c'est l'origine de Topéracomique et de l'opérette en Espagne, et Cahléron en donna le premier type dans la Pourpre de la Rose.
Un peu plus tard, aux sainètes et aux zarzuelas on adjoindra les ionadiltas et losfollas. En revanche, les loas, si nécessaires jadis, disparaissent (comme les entremeses et les entremesades) ; les autos mêmes se passent d'elles : et Tauto, ce genre vénérable, ancêtre du drame espagnol, est près aussi de sa fin. Dans les dernières années de Galdéron, les autos sacramentels avaient cessé à Séville, Grenade et Tolède; mais on les célébrait encore à Madrid avec la pompe du temps des trois Philippe.
Né à Madrid, Zamora remplaça Candamo dans la faveur publique ; ilmourut en 1740, ne connaissant pas de rivaux. Mais José de Canizares (également de Madrid), qui lui succéda^ 1676-1750, se distingua entre tous.
A 13 ou 14 ans, il avait déjà composé les Comptes du Grand Capitaine. Il lutta, sous les règnes de Philippe V et de Ferdinand VI, contre Tenvahisseraent du goût français, et fut le dernier représentant de l'ancien théâtre. Il est Tauteur d'un très grand nombre de pièces, dont une centaine de comédies « de figuron » où il excellait, ainsi que Zamora.
Zamora et Canizares subissaient malgré eux cette influence étrangère qu'ils combattirent. Ils firent leurs efforts pour continuer les Maîtres, dont les nouveaux venus affectaient de rougir, comme incorrects, grossiers, excessifs, fermés aux lois de Tart et du goût ; mais moins bien doués pour le drame, ils sont supérieurs dans la comédie de caractère, surtout dans ce genre particulier qui appartient à Moreto. VEnsorcelé par force de Zamora et Afaitre Lucas de Canizares, les deux meilleures pièces de figuron de l'époque sont dignes de faire partie d'une galerie choisie du théâtre espagnol.
Canizares produisit, de plus, des pièces « de magie », « de santos », mythologiques, historiques, d'intrigue amoureuse, des zarzuelas, etc. Des sujets de tragédies françaises semblent le hanter ; mais il les traite à la vieille mode, rejetant les règles et la poétique « antinaturelles » qu'on veut imposer.
Le Sacnfice d'iphigénie renferme des batailles en plaine, des conseils de guerre, des estocades, des rodomontades de chevalerie. Moratin en parle avec le plus parfait dédain ; mais il est très suspect, à l'égard môme des chefs du Théâtre national. On ne se venge pas de sa patrie est l'exil de Thémistocle en Perse ; drame, écrit
Moratin, où il y aurait des beautés à admirer, « s'il ne s'y trouvait des aveugles vendant des jacares, des diables, des séraphins, l'insupportable gracioso Tulipan, et si le père de Thémistocle ne chantait des séguidilles ». Il n'en obtint pas moins une longue popularité.
Don Juan de Espina à Madrid^ comédie « de magie », c'est-à-dire féerie, était représentée encore dans la première partie de notre siècle. (Avant Cafiizares, Antonio de Mendoza avait rimé Don Juan de Espina à Milan,)
Quelquefois, il ne se faisait pas scrupule d'emprunter aux devanciers : il redonne, sous les mêmes titres, \ Illustre laveuse de vaisselle de Lope de Véga, et Antona Garcia de Tirso.
VA sturien à la Cour ou le Musicienpar amour et Plaider pour son offenseur ou le Baron de Pinelli sont, avec celles que j'ai nommées, ses meilleures pièces. Viennent ensuite : le Petit Vaurien en Espagne^ Poxir purifier son honneur ou le Père etle Vilsrivaux^ Je m'entends et Dieu m'entend, Télémaqiie et Calypso^ Apollon et Climhie, VHonneur rend intelligent et C'est miracle de rencontrer la vérité (zarzuela jouée au Théâtre del Principe, en 1732, avec la musique de Caradigni).
Canizares était capitaine de cavalerie (lieutenant de cuirassiers en 1711). 11 fut enterré au couvent du Rosaire, chez les Dominicains (1750).
La seconde période de \^ Age d'or^ ouverte en 1630 par Caldéron, s'achève ici. Elle fut plus brillante encore que la première. Caldéron la remplit, avec Alarcon, Rojas, Moreto et Solis, et il a pour auxiliaires Cubillo,MatosFragoso, HozyMota,Diamante, Candamo, Zamora et nombre d'autres, môme jusqu'au roi Philippe IV, « combattant à armes cachées », qui signe *< Un Esprit de celte Cour ».
Les deux Cycles de Lope et de Caldéron constituent Vancien Théâtre national, si haut sur l'horizon de TArt, et qui eut tant d'influence sur notre scène. Il comprend les six Dramatistes de premier rang et, de Miguel Sanchez à Canizares, beaucoup du second qui souvent furent à peu de distance des maîtres. Tels, près de Lope et de Tirso : Guillen de Castro, Guevara, Mira de Mescua, Montalvan.
Bien que désigné sous le nom de Théâtre du xvu" siècle, il comprend un siècle et demi environ, depuis les dix dernières années du xvi% jusqu'après le premier tiers du xviu*.
A ce moment, par suite du changement de la dynastie et de l'influence politique et littéraire du peuple voisin, l'Espagne perd les traits distinctifs de sa physionomie nationale et le caractère de l'art qui fidèlement la reproduisait.