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AUTRES PIÈCES : COMÉDIES DE « SANTOS », ETC. COLLABORATEURS

Moi'eto a laissé 108 pièces, dont une quarantaine de loas^ bailes et entremeses : le reste de son théâtre s'est perdu.

Après les œuvres de premier rang que j'ai passées plus haut en revue, beaucoup méritent d'être mentionnées encore. Et d'abord le Pouvoir de rAmiiié, où l'auteur s'essaya au sujet de Dédain pour Dédain ; le Défenseur de son Outrage^ « drame toujours bien reçu par le public » ; Antiochus et Séleucus ; Moi pour vous et vous pour un autre^ composition de haute valeur, refondue en 1820 par José Fernandez-Guerra, qui l'appela Aller contre le vent ; V Amour est tout intrigue et les Femmes sont des diables^ attribué par quelquesuns à Figueroa, qui pourrait bien avoir mis la main au dernier acte. Et encore : les Tromperies d'une tromperie ou r Imbroglio d'un papier; D'abord T Honneur! Ce que peut P Appréhension ; Dans la plus grande impossibilité on ne perd pas l'espérance ; Comment se vengent tes Nobles (c'est le Témoignage vengé de Lope) ; les Juges de Castille ; la Confusion d'un Jardin.

Comment se vengent les Nobles perfectionne le drame de Lope, surtout au point de vue des sentiments : c'est ainsi que Moreto supprime de la pièce le trait des trois princes accusant leur mère d'adultère. Les Juges de (V/v////^ reproduisent scrupuleusement les usages, le

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langage môme de la Castille ancienne : l'œuvre présente celte originalité d*être écrite en style du temps. La Co/ifusion (run Jardin est aussi compliquée qu'une comédie d'intrigue de Caldéron : Tauteur, qui substitue d'ordinaire à ces imbroglios parfois fatigants une grande simplicité, tirant l'intérôt de la nature comique des situations ou môme de l'exposé des ridicules, a voulu montrer qu'il pouvait, s'il lui plaisait, être aussi fertile d'imagination.

Au reste, il prend toutes les formes et ne néglige ■aucun genre. Celui où il réussit le moins, à part quelques œuvres de grande allure et par-dessus toutes le Vdillant Justicier^ c'est le drame héroïque. Mais il n'a pas <l'égal dans la comédie de fiyuron, 11 a écrit beaucoup <le pièces de saints^ quelques-unes fort curieuses.

La division générale comprend : les comédies profanes et les comédies dévotes (ou sacrées) ; puis les autos, bals, entremets et mascarades.

A toutes les pièces que j'ai citées, je joindrai quelques autres de ces diverses classes.

Une des plus jolies comédies « morales » de Moreto (qui est des rares auteurs espagnols préoccupés de moraliser) a pour titre Industries contre finesses : on y loue le naturel du style, la grâce du dialogue et le choix heureux du sujet, renouvelant une fois de plus, mais <le façon personnelle, le vieil adage : « Le malheur est la pierre de touche de l'amitié. » Une autre comédie de Moreto, le Meilleur ami est le Roi, reprend un peu le môme thème, et toutes deux en rappellent une troisième de Tirso, VAmoiir et V Amitié.

Le Licencié Vidriera, tiré d'une nouvelle de Cervantes, où plus d'un auteur chercha fortune, est une iiutre comédie morale (comme encore la Conscience

même accuse^ laFebitc Aixadie et la Force du Naturel). Ce Licencié, dont la folie consiste à se croire de verre, avait posé réellement pour Cervantes dans la personne d'un savant allemand à qui le trop de lecture avait tourné l'esprit. 11 paraît que le môme genre de démence fournit également à Moreto un modèle vivant ; la fragile personne était une femme, Nicole du Plessis, sœur du cardinal de Richelieu, femme du marquis de Brézé, maréchal de France, et de qui Taliénation fit parler beaucoup les Madrilènes, en Tan 1641. (Ne faut-il pas rapprocher de ces faits le mot de Trissotin voyant ce n lourdaud » de Lépine choir à terre, au mépris des lois « du centre de gravité » ? Bien lui prend de n'être pas de verre! Trissotin et Philaminte avaient lu Cervantes, et il ne s'était guère passé plus de trente ans entre la folie de la sœur du Cardinal et la représentation des Femmes Savantes.)

Dans la Conscience même accuse, où le méchant, croyant rester impuni, est à la fois juge et bourreau de lui-môme, il y a un trait qui ma toujours étonné, en tant que conception de l'époque. (Telle, dans le Don Juan de Molière, la scène du P«/^iv^, excédant la pièce.) Le duc de Parme fait visiter son palais à Carlos, le légitime possesseur dépouillé (mais qui ne se découvre pas). Celui-ci admire les tableaux, les tentures d'art. Ils parviennent dans une salle plus riche, et le duc veut avoir l'impression de son hôte. « J'ai remarqué, en entrant ici, une foule couverte à peine de haillons, la chair visible à travers les trous, répond Carlos. — Je vous demande ce que vous pensez de cette tapisserie. — Je pense... qu'il n'est pas juste que les murs soient si bien vôtus, quand les hommes vont en loques. »

Le Secret entre deux Amis semble très digne de notre attention ; malheureusement le manuscrit a été telle-

ment altéré qu'il est impossible d'en juger la dernière partie. La Négresse par honneur^ pièce aussi folle que son titre, mais vigoureuse, et Sans honneur pas de vaillance ont de belles scènes. La Force de la Loi (encore un Séleucus de Syrie) olfre de Ténergie et de l'intérêt.

Quelques pièces de Moreto sont très bizarres, déjà par le titre, qui veut toute une explication.

VÉnée de Dieu (o\\ le Chevalier du Saint-Sacrement)^ c'est Luis de Moncade, à qui la fiancée du roi de Sicile, Doua Gracia, a demandé de l'enlever le soir de ses noces, à Barcelone. Mais, près du palais, Luis voit une église qui brûle ; il se précipite dans les llammes, et sauve la boîte qui contient les hosties consacrées. (Tel Énée emportant son père Anchise hors de l'incendie de Troie : d'où le nom de la pièce.) Ce divin sauvetage donne au mariage le temps de se conclure ; le couple royal s'embarque pour Syracuse, et Moncade le suit. Alors, des aventures insensées.

Le beau^ en narjeant^ est de savoir garder son linge ^ dicton sur les termes duquel joue Rogero, ambassadeur du Dauphin de France Richard (?), donne lieu à une action bien singulière. A la fin, le prince, jaloux de Rogero, a résolu de le noyer dans l'étang de Fontainebleau. Il l'invite à se baigner ; mais l'ambassadeur a été prévenu ; au moment où il va entrer dans l'eau, paraissent brusquement des domestiques en armes. Le Dauphin s'étonne, et Rogero répond par le proverbe, titre de la comédie.

Les Frères les plus heureux ou les Sept Dormants, pièce mi-religieuse, mi-profane, « de miracles et de magie », est l'histoire de sept frères chrétiens, murés, sous l'empereur Décius, dans une grotte. Us y dorment deux cents ans, et quand on débouche l'entrée, ils s'imaginent, le démon aidant, ne s'éveiller qu'après une

seule nuit. (On voit que Tauleur américain de Rip n'a rien inventé.)

11 y a dans la liste des œuvres de Morelo deux ou trois comédies burlesques, Escarraman^ les Aventures (lu Cid, qui ne doivent pas être de lui: ces parodies trahissent plutôt la main de son ami Cancer, dont ce genre était le triomphe. Au reste, on a longtemps attribué à Moreto des pièces auxquelles il est étranger: le Marquis du Verger (Marqués del Cigarral), l'original du Don Japhet iF Arménie de Scarron, porte dans tous les dictionnaires biographiques le nom de Moreto, bien qu'il soit d'Alonso del Castillo de Solorzano.

De môme, Aristomène le Me.ssênien (ou Dêlirrer sa patrie du tribut) est d'Alfaro. La l'acjon dont est traité ce sujet, cru de Moreto, vaut d'C'tre rapportée.

Aristomène, voyant que sa dame Fénix fait partie du tribut hont(»ux que Messène paie à Lacédémone, conduit le cortège. Mais on enlève Fénix pour la mener au roi Spartiate. Aristomène livre bataille aux ravisseurs et ne doit la vie qu'à l'infante Aurore (!) ; il est surpris « dans les jardins », et le roi le fait précipiter au fond d'un gouffre. Il en découvre la sortie, cramponné à la queue d'un renard ; l'un tirant l'autre, ils s'échappent par une grotte attenante au puits où il fut jeté, retrouve ses soldats et sa maîtresse, et finalement rend à Messène la liberté.

Le Fils de Marc-Aurèle, inscrit par erreur au catalogue du théâtre de Moreto, a pour auteur Zavaleta. La Comtesse de lielflor doit être rendue à Lope de Véga, et sous un titre plus célèbre, car ce n'est rien moins que le Chien du Jardinier,

Autres confusions:

Parce que Moreto fut baptisé dans l'église de San Ginès, à Madrid (sur les mômes fonts que Quevedo),

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on a supposé qu'il avait une part dans San Ginè.s^ qui a trois pères, Cancer, Roseto et Martinez. Enfin la ressemblance des noms Moreto et Moreno a fait croire ijue le premier fut Tauteur du drame la Plus véritable copie du meilleur original ou Doha Antonia Jacinta de Navarre : restituons-le à Sanz y Moreno.

Une pièce est demeurée très populaire, bien qu'elle ne soit pas des meilleures du poëte, les Eacapades de Panioja. Zorrilla en a fait une refundicion^ sous le titre la Meilleure raison^ c'est répée.

Environ 20 comédies (la plupart « de santos »), parmi celles qui sont restées de Moreto, sont écrites en société avec d'autres auteurs. Les noms qui reviennent le plus souvent dans ce groupe sont: Matos, Cancer, Villaviciosa, Avellaneda, Rosete, Martinez ; on y trouve encore Caldéron, Relmonte, Diamante, Sagrodo et Ambrosio Arce de los Reyes.

J'ai mentionné aux chapitres de ces poètes ces différentes collaborations. La place où le nom de Moreto est inscrit indique généralement laquelle des trois journées lui échut (et, de fait, cette journée est toujours très supérieure, surtout comme style) ; ce n'est jamais la première. Il se réserve le dénoûment de la Force du Naturel^ pièce écrite avec Cancer (refondue, de nos jours, par Breton de los Herreros, sous le titre le Prince et le Vilain)^ et celui de Notre-Dame de V Aurore et de Faire le Remède de la Douleur^ œuvres issues de la même collaboration. Pareillement, il se charge (laissant à Matos le reste) de la dernière partie du Prince prodigieux et du Meilleur couple des Douze,

Quand ils sont trois, et qu'il y a Cancer, celui-ci ouvre presque toujours la marche. Ainsi, dans V Adultère pénitente^ la seconde journée revient à Moreto, et

à Malos la troisième. Pour la Brute de Babylone^ c'est Moreto qui a la dernière (Matos la seconde), la première restant toujours à Cancer.

Dans S'opposer aux Étoiles^ Matos est au début, Martinez au milieu et Moreto à la fin ; au contraire, il laisse à Caldéron la conclusion de la Feinte Arcadie, que commence probablement Cancer.

Comme toutes les pièces de beaucoup de mains, la Vie et la Mort de Saint Gaétan {San Cayetano) est des moins bonnes de Moreto : ils sont six, et notre poêle fait passer devant lui les cinq autres, Diamante, Villaviciosa, Avellaneda, Matos, Arce.

Avant de quitter les « comédies profanes », je signalerai un second « Dmitri espagnol ». (Lope de Véga nous en a présenté déjà un.) Le Prince persécuté^ où Moreto se trouve entre Belmonte et Martinez, est Taventure de « l'empereur de Russie Juan Basilio » (Ivan Basile) et de (( Demetrio », aventure très célèbre en Espagne à une époque où Thistoire de Russie y fut à la mode.

Au premier rang des coinedias de santos est San Franco de Sienne (ou le Laïque du Crtr/7?îen), de Moreto seul.

Coups de couteau et coups d*épée, enlèvements, violences, désordres, les rues de Sienne, la nuit, ne retentissent que des méfaits de Franco, bandit rué à travers la ville, tel hors de sa chaîne un fauve. Mais, comme TEusebio de Caldéron, ce malfaiteur a une dévotion particulière, et il n'entend pas qu'on en méprise Tobjet: c'est la Vierge du Carmen, dont il porte le scapulaire, et qui plus tard sauvera son âme. Mais avant d'arriver là, quel tourbillon de folies!

Lucrecia, persécutée par un frère qui la veut marier contre son gré, donne rendez-vous sous sa fenêtre à celui qu'elle a choisi, Aurelio. C'est Franco, doublé de

son inséparable Dalo, qui s'y trouve. La suivante, Lesbia, dans l'ombre ne les reconnaît pas, leur passe le coffret à bijoux, et, telle Dofia Sol, Lucrecia descend. Elle ne fait pas la 'remarque, comme la nièce de Ruy Gomez de Silva, que « ce n'est point son pas », que « ce n'est point sa voix » ; bref. Franco et Dato enlèvent les deux jeunes filles.

Après diverses aventures. Franco, lancé à grand train sur la pente de li'Enfer, se sent arrêté brusquement, appelé par quelqu'un d'invisible, et il entend cet avis ou cet ordre : « Va jouer, et en perdant tu gagneras. » II vient au tripot, joue, et coup sur coup perd tout ce qu'il possède. Il joue un à un ses habits. Il perd, et veut continuer. « Tu n'as plus rien, »lui répliquc-t-on. Franco se dresse : «J'ai encore mes yeux ! je les joue... Et malheur à qui refuse l'enjeu : je lui arrache les siens du visage ! » Le moyen de résister à une invitation faite de la sorte ! l'enjeu est accepté : il perd. Alors, Franco est renversé comme par un coup de tonnerre ; il crie sous la souffrance d'une brûlure, et se relève, aveugle. Dans sa détresse, il invoque Marie : une voix lui répond, et guidé par elle il se met en marche vers la pénitence et l'expiation.

Le reste ressemble beaucoup à S(m Gil de Portugal^ ainsi qu'on le verra au chapitre de cette pièce. Les luttes contre le péché, rextériorisation du mal et du bien, la conscience infernale sont les idées qui s'y développent, apportant aux dernières scènes un caractère de haute gravité ; San Franco y proche la miséricorde de Dieu, l'efficacité du repentir, la vanité de la vie. Au rebours de San GiL c'est Franco, le séducteur, qui sauve Tâme de la femme séduite, et le drame se termine par la rédemption de Lucrecia, dans une magnifique apothéose religieuse.

398 LE TBÉATRE ESPAGNOL

UAffi(/fèrp pénitente (avec Cancer et Matos Fragoso) est rhistoire de Sainte Teodora.

Teodora, éprise de Philippe, est mariée contre son inclination à Natalio, riche habitant d'Alexandrie. Une nuit, Tamant disgracié éloigne le mari de sa maison, et, avec Taidc du Démon, entre dans la chambre de Teodora, use d'elle à son plaisir, et, immédiatement après, abandonne sa complice, qui, affolée, craignant la vengeance do Natalio, s'habille en homme et se sauve dans un monastère. Le roi des Ténèbres l'y poursuit, la fait chasser pour do faux délits, afin de l'amener à la désospéranco. Mais elle se réfugie dans une grotte et s'y livre à la pénitence. Son séducteur, errant par la montagne où il s'est fait bandit [hanflolero)^ parvient jusque-là. Teodora l'éclairé et change son âme ; puis, avertie que sa fin terrestre est proche, elle retourne à son couvent, et y meurt, assistée par les anges, d'une si glorieuse mort que son mari, qui la cherchait en quête de vengeance, Tadmire plus que tout le monde.

Dans la Bête de Rabfjlone, des trois mêmes auteurs, je cueille cette phrase : « Mange bien ! dit Alcacer à Nabuco, attaché par une chaîne. On va te promener do ville en ville. Veux-tu qu'on te mène à Madrid, avec l'ours et le petit singe ? »

laisser nn royaume pour an aatre (ou les Martyrs de Madrid), avec Cancer et Villaviciosa, nous expose comment un certain Enrique pourrait devenir le Grand Turc s'il épousait, sans se nommer, ime Sultane, et comment il préfère être empalé, afin de rester fidèle à sa dame et à son Dieu. Sujet de romance.

Sainte Rosa da Pérou, la dernière pièce de Moreto, est sa meilleure comédie sacrée après San Franco de Sienne, Il la laissa inachevée, et elle fut terminée par Don Pedro Francisco do Lanini y Sagrodo.

Un gentilhomme pauvre de Lima, Gaspar de Flores, allait marier sa fille Rosa à Juan de Tolède, cavalier aussi noble que. riche. Mais voici qu'à la signature du contrat la jeune fille déclare qu'elle a fait vœu de chasteté. Le père et le fiancé respectent cette pieuse résolution, et Rosa, sans sortir de la maison, se consacre dès ce jour au. Christ. Ce n'est point Taffaire du Démon. Furieux de voir triompher la Sainte sur cette terre péinivienne où il régna jadis en maître absolu, il allume au cœur de Juan une flamme impie. Juan, poussé par le Malin, décide de tuer le vieux Gaspar et de violer la jeune religieuse. Mais Rosa, au moyen de divers miracles, déjoue les tentatives de son ex-fiancé, le convertit au Ciel, et finit par imiter le Rédempteur, en mourant sur la croix.

Deux autos, seulement, portent le nom de Moreto. Dans sa Collection des Autos Sacrnmentales^ Eduardo Pedroson'a pas admis le Grand Palais — qui est, du reste, de Rojas — mais il a fait place à. la Grande Maison d^ Autriche.

Sans doute, Wiclef ne se nommait pas Hugo, et il ne put propager son hérésie avant de naître ; saint Ladislas n'épousa point sainte Marguerite, et ils ne descendaient pas de Rodolphe de Habsbourg, attendu qu'ils vivaient au xi* siècle, soit deux cents ans avant cet empereur. Mais la Grande Maison d'Autriche n'est pas moins pour cela une œuvre très digne d'être connue. D'abord, par sa valeur propre, et ensuite parce que Moreto n'y a pas voulu de personnages allégoriques. Les autos de Caldéron sont souvent de pures Moralités : voyez, par exemple, dans la Vigne du Seigneur, le tableau des interlocuteurs au complet : L'Etoile du Soir, la Malice, le Père de Famille, son Fils,

l'Étoile du Matin, Isaïe, Jérémie, la Gentilité, le Judaïsme, la Synagogue, Tlnnocence, Deux Jeunes Garçons, Deux Enfants, la Foi. Moreto ne met pas en scène des abstractions, mais des figures réelles. Le Démon et les Rois Mages viennent seuls se mêler à l'histoire. Peu à peu l'auto s'éloignait de lancienne forme, se confondait avec la comédie sacrée ordinaire. Moreto a donné dans la Gran Casa do Aiistria une note originale, et il a tiré des scènes fantastiques du Démon de grands et dramatiques effets.

Cette liste des œuvres de Moreto, oîi l'on aura reconnu quelques succédanés de San Gil^ dus aux mêmes collaborateurs, so termine par des piécettes de peu d'étendue, mais composées avec un art charmant.

Parmi les loas, entremets, bals et mascarades, la Mariqirita se distingue par la gaîté et la franchise ; les Galères de V Honneur^ le Porteur d'Eau, les Sorcières, le Coupe-Figures [enivemeis pour la Nuit de Saint-Jean), les Châteaux, la Loa de Jean Grenouille, le Roi Don Rodrigue et la Cava (mascarade), Lucrèce et Targui n (baile), et quelques autres sainètes ont fait de Moreto le rival du Tolédan Luis Quifiones de Benavente, le fameux « entremesiste » : il convient de restituer à celui-là les Morts Vivants, indûment prêtés à Don Agustin.

Cette rare souplesse de talent a fait apprécier ainsi Moreto par un critique français (M. Eugène Baret) :

« Imaginez Molière ajoutant au Misanthrope Cinna et quelques-uns des meilleurs vaudevilles de Scribe. «

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