LES ABORDS, LES ACCÈS
L'entrée des théâtres est-elle aujourd'hui, pour ces établissements, un attrait? est-elle même une commodité, une possibilité? Accèdet-on avec facilité, à pied ou en voiture, dans ce lieu de loisir, où nous devrions si agréablement arriver ?
Le riche, qui a fixé d'avance l'emploi de sa soirée, y pénètre , il est vrai, avec une certaine aisance, à l'aide des locations. Mais, ceux que ne favorisent pas les douceurs de l'opulence, ou ceux qui subissent , pour les conduire au théâtre, l'imprévoyance même de leur fantaisie, ceux-là doivent accepter la tyrannie
de la qxieue^ ses enauis et ses souffrances : rimmobilité longue, les voisinages non choisis, l'humidité, le froid, le chaud, qui sont les attributs de cette singulière et monotone condition.
A vrai dire, l'art n'a rien à faire ici. Allez à rOpéra, aux Français, à TOdéon, vous aurez devant vous le parfait modèle du système de la queue. Mais n'impliquez en rien l'architecte dans une pareille question; sa responsabilité est dégagée en face d'un mode de perception, qui gêne autant l'application utile de son art que la satisfaction du public. Si nous voulons améliorer l'accès des spectacles, procédons d'abord administrative ment, sortons des usages et du règlement. 11 faut que l'exploitation théâtrale comprenne que, tout artiste qu'elle soit sur son domaine de la scène, elle n'est qu'une industrie et une industrie tributaire du public dans ses rapports avec lui. A ce compte, le but qu'elle doit poursuivre, c'est le public nombreux, qui crée ses bénéfices et assure le succès de ses pièces*
Elle doit en agir, comme toutes les industries, en tirant parti de toutes ses ressources. L'attrait de la scène est la principale, mais non la seule. Qu'elle étudie de près son public, elle le comprendra. Combien de gens sont empêchés d'aller au spectacle par mille considérations, qu'une organisation plus industrieuse du théâtre ferait disparaître, au sacrifice même de quelques dépenses premières, de quelques accroissements de charges journalières. Je n'ai certes besoin de placer en parallèle de cfeci les nombreuses et fines agaceries que fait incessamment à ses consommateurs la reine des industries de ce temps, la compagnie de chemins de fer. Elle résoudrait vite le point qui m'occupe, et au large bénéfice de sa caisse.
Que dirait-elle et que ferait-elle?
Elle dirait : On s'encombre à la porte du théâtre et on y souffre, parce qu'on ne peut y entrer immédiatement : cet encombrement et cette souffrance éloignent beaucoup de personnes, qui augmenteraient les recettes s'il
en était autrement. Il y a là un vice auquel il faut remédier. Ou la porte est insuflBsante, ou elle n'est pas ouverte assez tôt. Ouvrons la porte plus tôt ou faisons plusieurs portes. — Mais il faudra faire stationner les employés plus longtemps à leurs bureaux ou en avoir un plus grand nombre, et la dépense augmentera ; ou bien encore, nos contrôles, pour être moins coûteux, seront moins complets, et il y aura des fraudes. Alors comptons. Et elle compterait, au lieu de ne rien faire ; et, son expérience aidant, elle trouverait qu'il y a avantage à supprimer la queue ^qu'elle supprimerait.
J'admets, car je ne fais pas un traité d'économie théâtrale, j'admets, ce que je crois possible et avantageux pour tout le monde, que la queue soit supprimée en principe, que l'admiuistration théâtrale entre dans ces vues et qu'elle fasse appel à l'homme d'art pour appliquer cette amélioration des entrées. Que va faire ce dernier?
Au jardin, il va profiter des portes suffisamment nombreuses qui ont été ouvertes
pour le service diurne de la foule dans le square. Puis il va distribuer, autour de la galerie des repos , des entrées correspondantes aux escaliers qui mettent en communication les différents étages de Tédifice. Ces escaliers seront doubles à chaque entrée, l'un desservant le public de la partie inférieure de la salle, l'autre relui de la partie supérieure, afin de ne pas mêler dans le parcours toujours laborieux des montées, des habitudes, des goûts et des convenances diverses. Puis enfin, sur les flancs de l'édifice, à la jonction du jardin et des ailes massives et saillantes, qui font les développements latéraux de la scène, il placera deux voies d'accès pour les voitures avec vestibules de descente couverts et fermés. Ces vestibules seront en communication immédiate avec des salles d'attente et une galerie gagnant l'entrée intérieure et contrôlée du théâtre. Ou bien, suivant la même ligne et à l'aide d'une élévation sufiisante du parterre, il fera passer transversalement les voitures sous la salle, en ménageant une galerie
très- vaste pour ce passage, qui desservirait un vestibule central. De cette manière le public à voiture entre et sort sous la salle, quand le public à pied passe par le jardin. L'architecte pourrait encore faire un vestibule unique, vaste et couvert derrière la scène, comme Ta proposé M. Storez\ Mais, à tout prendre, le second moyen n'étant pas applicable partout avec des dégagements suffisants, il vaut mieux franchement préconiser la séparation du public des voitures en deux. Ce public est moins encombré ; il n'est pas obligé de parcourir à l'intérieur du monument des espaces immenses et fatigants avant d'atteindre sa place; on ne jette d'ailleurs pas le trouble dans son esprit, en lui faisant prendre la salle à l'envers et, ce qui est plus net encore, on ne coupe pas les services de la scène par celui des spectateurs.
Mais, pensera-t-on, ces entrées ne seront pas monumentales.
Dans le sens banal et perdu du mot, je l'ac-