I] y a 4,900 places à I Opéra
En effet, ces 100,000 mètres cubes, qui sortent par la cheminée du lustre proviennent, pour les neuf dixièmes^ de la scène, et, pour le dernier dixième, de bouches distribuées dans la salle, sous les banquettes du parterre et au pourtour des loges. En sorte que, sous l'influence du lustre, qui détermine un courant dans sa cheminée, il se produit à la partie centrale de la salle une colonne d'air ascensionnelle composée de veines fluides , venues en grande partie de la scène, et qui montent directement jusqu'à l'orifice de sortie, sans avoir bénéficié en rien au public. — En sorte que, si l'on pouvait teindre en couleur éclatante toutes les particules d'air mises en mouvement dans nos salles, on verrait constamment une masse compacte et colorée embrasser toute l'ouverture de la scène et s'avancer au-dessus du parterre jusqu'aux 2/3 environ de la profondeur de la salle, en s'infléchissant et se rétrécissant pour aller verticalement s'engager dans la cheminée du lustre. Cette masse d'air coloré serait rejointe par quelques linéaments.
partant de points irgulièrexnent épars dans la salle et se confondant dans le courant vertical. — On pourrait encore se figurer la marche isolée que je cherche à peindre, en imaginant une immense draperie très-lâche, qui serait clouée en haut à la demi-circonférence postérieure de la couronne du lustre et suivant deux lignes courant sur le plafond ou la coupole de la salle jusqu'aux deux angles supérieurs du manteau d'arlequin. Les lisières latérales de cette même draperie s'attacheraient ensuite sur les arêtes verticales de l'ouverture de la scène, tandis que le bord inférieur en aurait été fixé à la rampe. La capacité de cette large enveloppe, raccordant la scène et frisant la tête des spectateurs du parterre, donnerait une idée assez vraie de la place, de la marche et de l'importance du courant ventilateur principal. Quelques cordages partant des bouches réparties autour du parterre et des loges, et rejoignant, sans tension, la draperie dans sa portion verticale , compléteraient ce tableau saisissant, et figureraient
à peu près exactement la valeur et la di- FeetioQ des mince» courants qui traversent utilement les espace» occupés par les spectateurs.
C'est ainsi que s'opère l'énorme et insuffisante veutilation de toutes nos salles de théâtre* C'est ainsi que pénètrent, traversent et s'échappent, en deçà des places occu-^ pées, de grandes quantités d'air mises en mouvement sans profit pour la pureté et pour la températurq de l'atmosphère respirée par les spectateurs
Faut-il, après cela, s'étonner que tout le monde soit si mal à son aise au théâtre ; que l'hiver on y ait mal à la tête et souvent froid aux pieds; que l'été, on y étouflFe partout?
Non, mais il faudrait condamner l'architecte, si, prévenu désormais d'un pareil état de la question, il ne préparait une solution qui fut un remède au mal constaté. Est^il en me*sure de le faire ? On s'en convaincra plus loin.
Mais auparavant, je veux constater toutes las conséquences de la mauvaise répartition
de l'air dans nos salles de spectacle. Elles sont curieuses et je parlerai de la distribution du son dans ces vaisseaux.
On cite à Paris quelques bonnes salles sous le rapport de l'audition ; mais on en cite aussi beaucoup oii l'on entend mal presqu'à toutes les places un peu éloignées de la scène. Eh bien , si Ton fait abstraction du jugement comparatif, qui porte à considérer comme bonnes les meilleures de nos salles, si l'on examine de près les choses, si l'on parcourt dans tous les points et dans une même soirée la salle de l'Opéra , qui passe pour la plus parfaite, on est frappé de la différence de clarté avec laquelle la voix du chanteur parvient aux diverses places et surtout aux diverses hauteurs. Cette différence est excessive, et, quoi qu'on en ait dit, il y a de nombreux endroits où l'on entend très-mal, il y en a d'autres où Ton entend parfaitement, et ceuxlà sont quelquefois très-éloignés de la scène. Je citerai la loge affectée aux élèves du Conservatoire (5* rang). Assurément, on sait
l'influence heureuse que la forme du vaisseau et la nature des matières, qui le ferment, exercent, en pareil lieu, sur la répartition régulière du son. Je n'apprendrais, d'ailleurs, rien à personne, en m'étendant sur la nécessité d'employer les matériaux susceptibles de vibrer dans une salle de musique , de restreindre à la capacité utile le vaisseau fermé, en l'abritant sous une calotte en arc très-surbaissé , d'éviter les anfractuosités des surfaces ainsi que les étoffes absorbantes, et je serais en désaccord avec tout le monde si je ne reconnaissais qu'en général ces conditions sont à peu près complètement remplies dans la salle qui m'occupe. Je constate donc ce point, et c'est cette constatation même qui m'amène à rechercher à l'Opéra une autre cause au vice que j'ai reconnu. Cette cause ne peut s'expliquer par la grande capacité de la salle : on entend aux points les plus éloignés. Elle ne s!élucide pas plus par les fortes et fâcheuses saillies des grands ordres architecturaux, qui divisent le vaisseau en
quatre sections verticales égales : on entend bien aux lieux qui paraîtraient les plus gênés sous ce rapport. Mais tout autrement satisfait se trouve l'esprit, quand il se reporte aux mouvements d'air si tranchés expliqués plus haut.
Pour quelques faits simples reconnus par la science et rappelés ici. on ne m'accusera pas d'abuser du langage scientifique, langage que j'ai, d'ailleurs, banni de cet écrit, mon discours ne s'adressant pas particulièrement aux hommes spéciaux, et mon but étant d'intéresser à l'amélioration du théâtre les intéressés du théâtre : le public qui en jouit et les personnes qui l'exploitent. La question est très-simple.
Tout le monde sait que le son ne se transmet pas dans le vide; qu'il se transmet dans l'air, par des ondulations sphériques analogues à celles que produit, à la sur-r face, de Teau un corps solide qui y plonge; qu'il se transmet inégalement dans des milieux atmosphériques de densités diverses ;
qu'il so transmet mieux dans un air dense que dans un air rare. D'un antre côté, chacun sait bien mieux encore, et par sa propre expérience, que, dans un courant d'air violent, la voix porte dans le sens du vent et remonte difficilement la direction contraire. Qui de nous, enfant, dans ces jeux qui sépareilt la jeunesse en deux camps éloignés, n'a souffert par des vents violents , d'une communication impossible de paroles, Jes unes arrivant clairement au but, les réponses restant absolument empêchées. Ces phénomènes simples et frappants nous créent cette conviction générale qu'un courant d'air entraîne le son, en entraînant les couches d'air vibrantes qui le portent.
Je reviens au théâtre , à l'Opéra.
Est-ce que, avec les conditions de ventilation que nous savons maintenant exister dans ces édifices, est-ce que l'acteur ou le chanteur ne jette pas sa voix dans un courant d'air ascensionnel, qui va droit ou presque droit à la cheminée du lustre? Est-ce que ce cou-
rant ne sort pas de la salle par le plus court chemin, en parcourant l'espace central du vaisseau et assez loin des spectateurs? Eh bien, n'y a-t-il pas dans ce fait une explication claire de l'inégalité et de l'incomplète distribution du son dans la salle? Veut-on, d'ailleurs , que je confirme cette déduction par une observation locale ?
Quand j'ai commencé l'étude qui motive ce travail , j'ai voulu me rendre un compte exact de la manière dont la voix se distribuait dans les salles; et, dans ce but, j'ai assisté à tout un acte àiHerculanum assis sur le bord de la rosace à jour qui couronne le lustre à la base de la cheminée. A celte hauteur extrême, qui ne m'éloignait pas moins de 21 ou 22 mètres du chanteur, non - Sieulement j'entendais le chant, mais les paroles du souffleur wenoieni très-souvent jusqu'à moi et avec une intensité assez grande pour me gêner dans l'audition du morceau. Je n'avais jamais, à aucune place, entendu aussi complètement la voix de cet utile auxiliaire de nos artistes.
J'imagine que personne ne me fera l'objection que, si ce que j'avance est la vérité, si la ventilation entière passe autre part qi;e sur les spectateurs, si les courants d'air entraînent la voix, on ne doit entendre l'acteur d'aucune des places de la salle.
Il n'y a rien d'absolu dans les phénomènes de la nature de ceux que j'observe. Le raisonnement seul, qui les poursuit pour les constater, est absolu et doit l'être. En réalité toute la ventilation ne se fait pas par la cheminée du lustre; il y a de l'air, qui de la scène, va sortir par les très-nombreuses portes des loges et des entrées du parterre et de l'orchestre. En réalité, le courant principal, dans son mouvement ascensionnel, n'empêche pas que les ondulations sonores ne se transmettent aux couches, qui restent stationnaires autour des spectateurs asphyxiés. Mais.il n'en subsiste pas moins que la ventilation par le lustre est une cause de déperdition considérable du son et un obstacle énergique à son égale répartition. Et si nous joignons à cette
conclusion, que la température est forcément inégale dans les difiFérentes parties delà salle, toujours par suite de l'inégal mouvement de Tair; qu'il fait beaucoup f>lus chaud au siège des spectateurs qu'ailleurs; que l'air y est en conséquence moins dense , nous voyons que le son doit moins bien pénétrer dans ces régions, et nous avons, je crois, assez de Inolifs graves (et j'en omets), pour condamner et bannir de nos salles le mode de venlilation^ qui y est actuellement en usage.
Je rappelle ces motifs :
La ventilation par le lustre est un mouvement d'air produit en pure perte,
Qui n'aère pas le spectateur;
Qui ne permet pas de lui assurer une température convenable et régulière ( résultat qu'on ne peut obtenir que par un renouvellement d'air porté à une température réglée dans le voisinage des places occupées) ;
Qui est un double obstacle à la répartition égale du son :
1*" Par le courant, qui entraîné direc-^
tement hors de la salle les couches d'air que la voix de l'acteur met les premières en vibration;
2* Par les différences de densités qu'elle entretient dans Tatmosphère de la salle ( conséquence de la répartition inégale de la température).
Alors 4 que faut-il faire?
A peu près le contraire de ce qui «e fait. Il faut :
1® Renoncer à l'idée séduisante, mais erronée et surannée d'utiliser la chaleur du lustre pour renouveler l'air de la salle*;
2° Organiser un courant d'air suffisant, régulier, uniforme, également réparti sur tous les .espaces occupés par les spectateurs et toujours porté à la température la plus agréable et la plus saine; dételle sorte, qu'en tout
4 . Je dois la première idée de cette disposition à un habile (constructeur d'appareils de chauffage et de ventilation, M. Vïor génieur d'Hamelincourl, qui me Ta indiquée, il y a plusieurs mois.
temps et en toutes ses parties, la salle soit maintenue dans un état atmosphérique tel, que le thermomètre et le baromètre y marquent simultanément les mêmes degrés :
3** A cet effet, disposer ce courant de manière que Tair vienne de la scène, pénètre dans la salle en s'épanouissant régulièrement de tous côtés, puis s'échappe derrière les spectateurs. Cet air, passant ainsi forcément et insensiblement à travers le public, serait un véritable et fidèle distributeur de température convenable et de son^ la température, haute en hiver, basse en été, prise aux bouches béantes sur les montants de L'a van tscène , le son venant du même point de départ, la scène. Il va sans dire que les bouches d'introduction d'air seraient en communication avec les calorifères ou les prises d'air frais selon la saison.
4" Pourvoir au mouvement assuré de l'air, soit à l'aide de machines insoufflantes ^OM^^^oni cet air dans la salle et le forçant à s'échapper par les bouches de sortie, soit par une aspi-
ration fonctionnant an delà do ces l)oiiclies, soit par les deux moyens simultanément;
5° En tous cas, réglementer l'ouverture des bouches de sortie avec un soin tel, que le débit soit absolument égal à tous les orifices, y * Mais est-ce que tout cela est réalisable ?
Qu'on ne s'effraye pas de ces longs paragraphes. Ils ne sont que la traduction ordonnée de conditions complètement remplies déjà dans la pratique. Je n'ai, d'ailleurs, rien inventé, je ne suis le père d'aucun système et je ne cours à la piste d'aucune satisfaction d'intérêt engagé dans telle ou telle entreprise attirée vers l'application du théâtre. Par nature aussi bien peut-être que par profession, je itecherche ou j'applique les vérités acquises à l'art du constructeur là où je les trouve, là où elles font défaut et, aussi, j'enseigne l'extension possible de leur utilité. C'est ce que j'essaye ici. Peut être ai-je quelque raison de penser que j'échappe par grâce d'état, aux causes qui donnent ordinairement la fièvre
de Forrenr. Peut-être aussi, parla mêmegrâc^, ai-je le droit de tenter de me soustraire à une autre erreur, trop rarement condamnée : ne pas dire le bien qu'on a vu, d'où qu'il vienne.
S'il en pst ainsi, jo pyis {.éiftoigner avec quelque raison d'être écouté.
Il y a en France, à P^ris, wn établissenjeflt qui devrait faire l'admiration dn wonde entier? nop par la valeur d'art qu'il port^ iosprite siir son front de monument, mai 3 par la piarfaite salubrité,, dont une ventilation artificielle a pourvTiî les poînbrpuses s^Uies, qui y 3ppt afFfectées au ^oulag(Bjpent des malades. JI s'agit ipi de l'hôpital t^Çtrihoisière\ Uafts cet Jîôpital plus de 300 malades, répartis e^j neuf salles d'égale capacité, bénéficient chacun d'un fenouvellemeut régulier d'air, qui ifliîsurp 100 mètre§ çubfîs par heure Cette atmosphère cou-
\. L'hôpital Lariboisière peut recevoir 612 malades, hommes et femmes, dans les 6 pavillons qu'il comprend; mqis il n'est ici (jueition que des 3 pavillons de jirpito affectés au sorvip^ dps hommes et desservis par d( s appareils de ventilation et de chauffage, exécutés sur les plans resullant du mariage (J'un projet de JJîif, Thojpas et Ljiiirpns et d'Mi) p^|:^j^J de J^. GrpqvpHe.
rante est toujours saine et maintenue à une température convenable; en hiver elle est chauffée; eu été elle est prise, à la tête d'un clocher assez haut, pour être relativement fraîche. Ce régime luxueux d'air pur, qui décuple et plus la quantité, que la science avait, jusqu'à ces dernières années, assignée à la consommation de l'homme, fait des salles de l'hôpital Lariboisière. un modèle de salubrité artificielle d'autant plus curieux, qu'il se montre à travers les conditions les plus ingrates : la maladie, les remèdes, les pansements. Les odeurs insupportables , produits ordinaires de ces lieux de souffrances, ont complètement disparu. L'air est pur au milieu des miasmes de la maladie, et plusieurs de nos hôpitaux sont maiatenant pourvus des mêmes avantages.
Et, ce résultat excellent , sait- on à quel prix on l'obtient?
Chaque mètre cube d'air de ventilation chauffante ou rafraîchissante, y compris l'intérêt et l'amortissement du capital engagé dans la construction des appareils , coûte à
radministration de Lariboisière 0^,000207, soit 21 centmillièmes \ Mais, dans cet établissement, les dispositions locales sont aussi défavorables que possible à l'économie , à cause de Téloignement excessif des insuffla-leurs; et, cela est tellement vrai que, pour d'autres hôpitaux plus récemment ventilés avec des conditions locales moins difficiles, ce chiffre est descendu à 9 centmillièmes (0^,00009) ^ J'adopte ce dernier prix et je
1 . Ce prix très-bas du mètre cube d'air de ventilation se lie pourtant à une dépense annuelle qui, pour chaque malade de Lariboisière, s'élève à 180 francs. Cette dépense excessive fait grand honneur au sens et aux efforts philanthropiques de notre temps, mais elle ne saurait être un entraînement vers l'application théâtrale. Elle est, d'ailleurs, spéciale à la ventilation des malades, ventilation de traitement, continue, permanente et tout exceptionnellement énergique. On voit plus loin quelle différence économique sépare cette dernière de laérage parfait des salles de spectacle.
Les chiffres qui précèdent sont extraits du rapport fait par MM. Emile Trélat et Henri Péligot à l'iidininistration de l'Assistance publique sur les avantages respectifs des deux systèmes de ventilation et de chauffage établis en concurrence à l'hôpital Lariboisière.
S. Étude des appareils de chauffage et de ventilation établies à l'hôpital Necker, par G. Grassi.
l'applique à une ventilation très-largement suffisante pour de grandes assemblées où la santé ne fait pas défaut. Voici ce que je trouve.
Dans un théâtre , le séjour d'un spectateur, auquel on fournirait avec certitude une atmosphère toujours saine, alimentée par un renouvellement de 50 mètres chaque heure, et une température toujours agréable, coûterait, par soirée de 5 heures, 0^,00009 x 50 X 5 = 0^0225. Mais je veux prévoir que la nécessité de faire fonctionner des appareils à marche intermittente sera une cause d'accroissement sensible dans les dépenses. Cette prévision extrême inscrit ici une dépense doublée de (0^,045) quatre centimes et demi.
Je le demande : quelle administration de théâtre, si elle y réfléchissait, hésiterait un instant à augmenter, à aussi bon compte , le nombre de ses spectateurs, attirés désormais par le double intérêt du spectacle et du bienêtre qu'on y trouverait, au lieu d'être, comme maintenant ,- tiraillés entre le désir de la