scène et la crainte de la fatigue ou dit malaise
Je le demande encore : en quel nombre seront-ils dans le public, ceux qui se plaindront de payer au quart du prix de la feuille, où sont inscrits les noms des acteurs, la certitude d'échapper à toutes les souffrances qu'on va chercher aujourd'hui dans nos salles?
Mais, dira-t-on, ce qu'il est possible d'obtenir dans un hôpital, est peut-être impraticable dans un théâtre ? Je ne voudrais cependant pas faire de cet opiscule une suite d'arides descriptions d'appareils, et l'on m'en saura gré si j'y parviens.
Qu'ont fait MM. Thomas^ Laurens et Grouvelle à Lariboisière pour atteindre au résultat que j'ai dit? Ils ont construit en sous-sol des appareils mécaniques, qui insufflent, dans les salles des malades, de l'air préparé d'avance à la température convenable et partout où ils voulaient que cet air aboutît, — derrière la tête des lits placés le long des murs, — ils ont ménagé des bouches d'évacuation. La
èëtile pressîaii âë rînstrfllatîôn s1itfi( à taha Sortir Vait pë,v t^§ orifices réglés tfâTaflfcë et la ventilatiODi est ainsi àssufée ddiis (ific extrême régularité.
Y fir-t-il un s^al èmpêcheûieufi à ce qiï'Û en gôit ainsi datis liiie salle de spèfctâcle? N'est-ce paâ cette solùfîofi même que j'ai pr^-^ conîsée? L'âîr, pré pâté d'avarice^ instillé à ravdnt-sôèné, tratersaut la salle ddni^ tôtis lefs sens pour flllei' sortît aîii orifices d'évacua-^ tion toêfiiagés sous les banquettes de l'opchestre, du parterre et de la partie basse postérieure des logés ^ le trajet forcé qu'il effectaeta pour sortit* par ces bouchés', li'assurèra-t-î} pas, comme pour les malades de l'hôpital modèl^^ une répartition gétiêrale et régulière mv les speèlirteurs? Ne leur procu^ rera-t-iï pas atissï^ d'aillefirs,- une teftipérature constante et homogène? L'âir ainsi sera partout d'égale densité, et touiès les conditions d'une
1. Rien n'empêchera de préparer un appel complémentaire dans les canaux éxtémarâ à la salle où débaucheront les sorties d'air.
bonne et prompte distribution du son seront remplies, comme cela ne s'est encore vu nulle part, si, d'un autre côté, les précautions d'agencement architectural de la salle et d'emploi de matières convenables ont été prises.
Un pareil résultat obtenu, que resterait-il donc à faire pour constituer une salle parfaite relativement à nos besoins? Je ne crains d'entraîner personne à la suite d'une erreur, en disant qu'il n'est pas un architecte de mérite, qui n'y parvienne sûrement par la simple application des excellents principes contenus dans le livre de M. Lâchez*, et par l'utilisation de la disposition, que l'on trouvera dans le traité de M. Cavos'. Cet auteur propose d'établir derrière chaque loge un salon, semblable à ceux qui existent en petit nombre dans quelques-uns de nos théâtres. Il trouve à cette disposilioQ l'avantage réel de pouvoir réserver le bois , matière essentiellement vibrante, pour la construction de la paroi qui
1 . Acoustique et optique des salles de réunions publiques. t. Traité de la construction des théâtres.
enceint la salle et supporte les loges, tout en garantissant les dégagements par un mur de maçonnerie, qui limiterait l'incendie de la salle, si le feu y prenait. J'y trouve surtout l'avantage d'accroître le confortable des spectateurs, qui vont au spectacle en société ou en famille, résultat qu'on ne saurait poursuivre d'assez près, fut-ce au sacrifice d'un excédant de dépenses dans la construction.
Avec la soif de théâtre que nous avons, ces capitaux seront sûrement bien placés.
Cependant, puisque j'ai déjà plusieurs fois avancé cette idée de l'accroissement nécessaire des dépenses à la charge du locataire de théâtre, la question de V éclairage trouve naturellement ici sa place.
J'ai déjà condamné le lustre comme moyen de ventilation. Il n'est pas moins inapplicable comme source de lumière. Tout un public, celui des galeries hautes, subit la chance de ne pas voir du tout la scène, que lui cache ce volumineux objet placé au centre même de la salle; de partout on est gêné par l'é-
clât de ce foyer lumineux, lorsqu'on regarde en face de soi à une certaine hauteur. Ces inconvénients graves sont loin d'être compensés par la grâce et le goût avec lesquels quelques lustres ont été composés. Aussi, leà signale-t-on depuis longtemps. Sans y t*emédier nulle part encore , on a proposé de répartir, en grand nombre, parmi les spectatours, de petits foyers de lumière. Mais cette solution, partiellement appliquée à quelques théâtres, a le défaut d'éblouir, dans toutes les directions, les regards qui doivent au contraire pouvoir se reposer partout stir des points éclairés , non sur des points lUfiaîneux .
Il n'y a vraiment qtfuïie manière de dîs^ posef* dans nos salles un éclairage? drtîfieiel qui ne soit pas, en mêtne temps, une soiirôê de lumière et une obstruction à la vue. C'est de placer le foyer lumineux hors de portée dèà rayons visuels ; c'est de ïe monter à la partie haute du vaisseau, au-dessus de toutes lès directions iutéresè;ées de ces relyoïïs. Métis alors,
quilt^tiil la pal'lie centrale, qui l^équidistançait de toits les spectateurs, il va perdre de son efficacité pour ceux dont on l'éloigné. Il faudra donc qu'il gagne assez en puissance pour que partout la lumière reste suffisante, abondante même. C'est là que réside Taccroissement de dépense nécessaire à l'amélioration de l'éclairage. Il y a mieux, c'est que ce relèvement est en concordance avec Tefficacité de la ventilation que j'ai décrite; c'est que, pour obtenir cette marche régulière de ventilation, il faut en isoler le courant d'air qui doit alimenter le foyer de lumière, et, à cet effet, enfermer ce dernier dans une enveloppe continue rattachée au plafond. 11 va de soi que cette enveloppe doit être transparente. La combustion du gaz se fera ainsi complètement en dehors de la salle, et l'on pourra, alors sans inconvénient aucun, brûler dans les combles des gaz carbures, malgré les odeurs qu'ils peuvent produire. 11 en résultera une économie motivée ; car on ne peut se dissimuler qu'à cause de son intensité l'éclai-
rage surélevé ne doive être onéreux. Si, en effet, ou devait placer, au plafond même, le foyer lumineux, la distance au parterre doublant à peu près, il faudrait quadrupler * la puissance du luminaire. En sorte que la dépense quadruplerait aussi; et, par exemple, au lieu d'une dépense actuelle de 30 francs par soirée', il faudrait compter 1 20 francs, tandis que l'emploi du gaz carburé ne coûterait que 45 francs environ ^ Le double avantage qui vient d'être indiqué, ne paie-t-il pas largement cet excédant de dépense journalière. Toutes les places seront meilleures, et, 100 places, sacrifiées aujourd'hui pour la vue de la scène, redeviendront bonnes. Leur plus-value couvrira donc, et au-delà, les sacrifices à faire. Reste en
1. On sait que la quantité Ho lumière, émise pour produire le même effet à des dislances differ^nt'^s, croît comme le carré des distances.
2. C'est à peu près le cas de l'Opéra , où le lustre porte 148 becs.
3. La carburation du gaz peut permettre de quadrupler la puissance d'éclairage en accroissant la dépense dans le rapport de 30 à 42.
(Mémoire de Henri Peligot à la Société des ingénieurs civils.)
gain net Taérage , la température convenable et le son assuré partout.
Quelle objection subsiste donc sur ce point?
La timidité ou TinsuARsance de l'architecte? La réponse est elle-même une question. Y en a-t-il un seul, dont l'habileté ne soit avide d'aborder la diflBculté d'un pareil arrangement, dût-il rompre en visière avec une vieille coutume du public et des directeurs de théâtres, pour lesquels ce gros éclat fatigant du lustre, à la partie moyenne de la salle, est encore une séduisante compensation à l'encombreinent qu'y rencontre la vue? Quelle meilleure bonne fortune pour un artiste qu'un motif qui ne lui permet de copier personne?
Après l'étude de ces points importants dans l'avenir du théâtre qu'irais-je dire des sièges, des tentures, des couleurs, des peintures, des sculptures, à l'aide desquels on peut donner à l'intérieur de nos salles le confortable nécessaire à une attention longtemps assise et le caractère d'ensemble, de gaieté, de lumière qui convient à ces vaisseaux? Je n'ai rien à
enseigner à cet égard aux hommes qiii portent le même titre profes8io^nel que moi. I|s aont souvent aux prises avec cette question du confortable qu'il faut toujours suivre de trùs près, mais dont le succès ne se jpanifeste en forme de goût que par la minutieuse observation des plus petites aptitudes de pog poses et de nos gestes habituels dans ces poses. Ils savent aussi appeler, inspirer et guider dans un cercle, qui a ses limites tracées d'avance, les grands arts quelquefois tributaif^es de l'architecture. Ils sont convaincus qu'il ne faut jamais oublier de rendre important, avant tout, l'ornement principal d'une salle de théâtre : le public, avec ses toilettes infiniment variées. Ils sont habiles encore à utiliser l'benreuse opposition de la sévérité de teuue des hommes, occupant le bas des salles, avec les vêtements éclatants des femmes dans les loges. Mais ce temps-ci est fécond en succès sous ce rapport. Quelques habitations de grand goût en font foi. Les teintes neutres, les nuances rompues sont des fonds que nouç re-
cherchons tous on de tels cas. Ils sont difficiles à trouver, mais ils n'excluent pas la richesse, et ils permettent souvent une grande distinction alliée à beaucoup de finesse. Une peinture à tons niariés, prétendant beaucoup moins au mérite réel de l'illusion matérielle, qu'au vftg^ue çntraînemept de l' (esprit vers l'incertain idéal de toute chose relative à l'art djB la scène et à ses œuvres aimées; une sculpture peu absorbante des lumières, refouillant de légers bas-reliefs, poursuivant la reproduction de l'image des maîtres du théâtre, compositeurs ou interprètes, mais laissant en oubli les lourdes saillies de la ronde bosse, concurrence malheureuse aux vivantes figures du public; l'or échangeant l'aigre crudité d'un éclat, trop promptement souillé par la poussière, contre l'harmonieuse et riche neutralité des bistres : voilà quelques-unes des ressources familières à l'architecte, et dont cet artiste usera pour revêtir agréablement les surfaces verticales libres de la salle et pour intéresser l'œil au vaste champ de la coupole, sans at-
téniier l'efficacité des dispositions propres à la conservation et à la bonne répartition du son. Voilà ce qui complète l'esquisse générale d'un vaisseau, dans lequel, je le répète, l'art possède aujourd'hui l'entière possibilité d'assurer au spectateur, quelle que soit sa place, un séjour confortable, au milieu d'une atmosphère saine et tempérée, l'audition parfaite de Tacteur, la vue facile et gaie d'un public nombreux et l'accès suffisamment étendu du regard sur la scène.