XIV PRÉFACE
jusqu'à présent la révolution de 1870 ait enfanté un ordre de choses qui s'oppose systématiquement à la date de 1852, comme la date de 1852 à celle de 1830 ou de 1820. Nous n'avons pas pris une direction déterminée vers des pôles nouveaux ; nous n'avons pas une règle nouvelle de nos mœurs ni une conception nouvelle de la vie ou du rêve de la vie. Les tendances vicieuses ou erronées sont les mêmes en 1889 qu'elles étaient en 1863 — sous le ministère Rouher-Duruy- Baroche. En 1863, une législation qui exagérait les droits de l'autorité publique et en étendait outre mesure la sphère, avait tout concentré en un seul homme ; elle n'avait pas pour cela créé Tordre; le trait dominant du gouvernement, ce n'était pas le despotisme, c'était l'anarchie. En 1889, une constitution qui nous a donné la république et la liberté n'a pas encore fait de nous un peuple d'hommes libres et qui soient dignes de l'être ; nous sommes toujours prêts à courir au devant du premier venu pour l'acclamer et lui crier : « Brutus, sois notre César ». Et même, si nous nous en tenons à considérer les œuvres de l'esprit et de l'art en la présente année, si nous analysons les théories de style et de composition qui ont peu à peu prévalu ; si nous regardons vers quel état final se précipite le langage français et le caractère français, nous avons peur