PRÉFACE. XXI
Je n'ose assurer qu'en me permettant de juger les deux époques contraires, 1852 et 1830, j'aie gardé l'impartialité du juge et que je sois resté sans ressentiment ni faveur. Quand le coup d'État de 1851 a saisi la France toute vive, j'avais vingt-quatre ans — c'est le moment qui décide de la vie — et j'étais professeur public; je ne puis oublier combien le système légal de 1852 a lourdement pesé sur les gens de ma génération, de mon éducation et de ma profession, comme il nous a durement liés. Au contraire, l'époque de 1830 ne me rappelle que les jours dorés de mon enfance et l'heureuse activité d'esprit de ma première jeunesse. J'ai eu en ce tempslà deux écoles entre lesquelles j'ai été également partagé, le régiment et le collège royal. Ce qu'ils étaient alors, je ne suis plus assez éloquent ni assez poète pour le pouvoir bien dire. Je n'ai point à me plaindre du collège et des maîtres excellents que j'y ai rencontrés à Dijon et à Louis-le-Grand ; mes deux professeurs d'histoire. Wallon et Gaillardin, surtout mon professeur de rhétorique P. -A. Lemaire, m'ont muni pour la vie. Je rends grâces pourtant à l'humble condition de mon père et de ma mère et à leur pauvi^eté prudente qui ne m'a pas permis d'aborder avant l'âge de douze ans révolus, les études systématiques du collège. Ils m'ont ainsi laissé le