‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 17 sur 62 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

avaient prévu trop de vin pour pas assez de tonneliers ou de tonneaux; les futailles en perce bordaient le chemin; pour un sou par tête, le sou du roi, on puisait à volonté dans ces fûts impatients d'être vidés; la Fraternité, fille de la Joie et de l'Abondance, régnait pour une heure sur un point imperceptible du globe, entre de braves gens qui ne s'étaient jamais vus et ne se reverraient plus jamais. Ou bien, après une longue route poudreuse, à travers les plants d'oliviers, on apercevait tout à coup, au bas de la côte, la mer bleue léchée d'un soleil ardent; ou plutôt c'est moi qui la découvrais splendide et inconnue, et je criais: La mer, la mer! avec le même débordement de joie toute neuve, qu'un mousse de la Pinta avait dû jadis crier : Terre, terre! en voyant surgir du sein de l'Océan, les verdures diaprées de San;Salvador. Et pendant que la troupe faisait pause, je distinguais vaguement un grand port dont la place était indiquée par un fouimillement de pointes de mâts innombrables ; et les anciens contaient autour de moi que nous allions rencontrer là des gens de toute race, débarquant chaque jour de tous les points du globe, des Turcs polygames, des Nègres, desFanariotes, des Italiens, des Syriaques, des Papalins, des Bédouins prisonniers de guerre, des matelots ponantais, des capitaines de navire

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