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anglais qui avaient fait plusieurs fois le tour du monde ; et puis, des congrégations de toutes couleurs, des pénitents bleus, blancs, noirs et roux, portant en procession, sur leurs épaules, la statue en or massif de Notre-Dame. Quelle ouverture sur rUnivers ! C'est ainsi que le spectacle infiniment varié de la vie, d'une vie toujours changeante et toujours la même, formait mon ignorance. Et cela ne valait-il pas bien Técole primaire gratuite et obligatoire ! Je me défiais de l'école, je m'en défie toujours. Elle dessèche et elle épuise le sol cérébral par ne point vouloir le laisser jamais en friche.
Jusqu'à onze ans, le théâtre et la lecture m'ont tenu lieu d'école. Le premier livre que j'ai eu entre les mains, vers la sixième année, c'est les Fables de Floriariy avec les deux idylles bibliques de Ruth et de Tobie. Ce livre publié, je crois, pour la première fois, en 1792, était encore, vers 1833, en toute sa fraîcheur dévie et de vogue. Composé au siècle des lumières, selon les meilleures traditions des siècles de goût, il semble tout imbibé de l'esprit de Voltaire et de l'âme de Virgile. L'agrément, l'innocence, la vivacité, la facilité et la sagesse en font un livre admirablement accommodé à la première enfance, et il peut rester le compagnon de l'homme mûr qui^ parmi les complications et les froissements
IXVI PRÉFACE.
de la vie, s est gardé un cœur simple. J'ai lu aussitôt après une traduction de V Odyssée et un choix de paraboles et de récits avec images, extraits des livres saints; puis les Contes de Perrault et les petits romans du chanoine Schmidt qui m'envoyaient des bouffées de Rhin et de Danube ; enfin le Télémaque et Robinson Crusoé. A la même époque, le théâtre de Voltaire et celui de Corneille me sont survenus par volumes dépareillés; j'ai connu Sertorius^ Rodogune et Héraclius longtemps avant de savoir que le Cid^ le Menteur ^i Polyeucte eussent été écrits, Tancrède et Zaïre, bien avant de me douter qu'il y eût Mérope.Fovt peu de temps après ¥ Odyssée^ j'ai lu la Jérusalem délivrée; et à peine au sortir de Télémaque, V Histoire ancienyie de Rollin, aujourd'hui bien délaissée et qui aurait dû pourtant rester toujours un manuel de l'enfance, tant l'attrait puissant du récit y réalise et y vivifie les vieilles légendes égyptiennes, syriaques «t aryanes ; tant elles font de ces fables et poèmes la plus vraie et la plus instructive des histoires! L'ensemble de ces ouvrages, dont la pluparl «ont des chefs-d'œuvre, semblerait avoir ét< dressé exprès et après de longues méditations, pour former la base d'une solide éducation 'Classique. Ils se sont présentés à moi pour U première fois comme des ouvrages de rencontre
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L'occasion me les a fournis comme elle m'en eût pu fournir de tout opposés et de tout contraires. Ils couraient la caserne. Le chef de musique possédait dans sa petite bibliothèque TO^/y^s^e et V Histoire ancienne. Il possédait aussi Turquéty ; j'eus la chance qu'il me prêta plutôt V Odyssée. Un caporal corse me parla au contraire avec dédain de V Odyssée^ et il m'indiqua la Jérusalem délivrée y bien plus fortement intriguée, disait-il; et il me récitait dans leur langue les beaux versdu septième chant, Herminie au maquis :
Jntanto Erminia, infrà Comhrose piante
Un sergent de grenadiers chevronné, qui était, je ne sais comment, Hollandais et conscrit de 1812, ne voyait au monde, après le grand Napoléon, que Voltaire et Tancrède. Quand il se mettait à. déclamer ou à hurler
A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !
il semblait qu'il fût encore à Leipzig et qu'il eût à ses trousses ces gueux de Saxons, traîtres et. défectionnaires. Au régiment, on est classique ; alors du moins on l'était. Il est probable que c'est une tradition qui remonte loin. Je pense à ce soldat de l'an 1750, qui étant de faction à la Comédie et entendant la Gaussin dans Béré • nice se minait de sensibilité au point qu'il laissa tomber son fusil de ses mains. Je pense aussi