‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 3 sur 62 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

et dût venir spontanément se subordonner. Cousin nous disait avec le flegme de l'orgueil : « Rien n'est méprisable comme les faits, je les méprise; » et on applaudissait; on n'avait ni doute ni hésitation sur la valeur de cette affirmation colossale. Guizot cherchait à nous ramener de notre empyrée sur la terre et à nous faire oublier nos ambitions sans règle, sans limites et sans corps pour la plus pressante et la plus nécessaire des réalités; il nous criait: « Enrichissez-vous 1 » On le couvrait d'outrages; on lui faisait honte avec le souvenir des temps héroïques où tout était fier, surtout la pauvreté. Nous n'avions pas encore appris que l'homme est un singe perfectionné. Notre grand poète chantait sur sa harpe :

L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieuz.

Et la conscience d'une si noble origine nous enflait sans cesse jusqu'au dithyrambe. On n'eût point osé nous dire alors : « La force prime le droit. » Nous n'aurions pas compris une maxime aussi impertinente ; nous eussions été capables d'y répondre par cet autre axiome qui nous paraissait, celui-là, très sensé : « Le droit mène le monde ; le droit prime la force. » Oui, nous étions assurés qu'un jour, l'an d'après au plus tard, nous aurions établi dans l'univers le règne du droit absolu, le droit partout, le droit pour tou-

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