‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 22 sur 62 · PRÉFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXI

Mîchelet. A l'École normale, Stendhal, Balzac, Charles de Bernard, Nodier, etc., me devinrent familiers, j'étudiai Guizot, Bazin, Villemain, Sainte-Beuve, et je vis et sentis que tandis que mes maîtres au collège me répétaient : « Siècle d'Auguste, dix-septième siècle ! » je m'étais élevé concurremment moi-même dans un autre grand siècle de l'imagination et de Tesprit.

Mais ce qui a été l'enchantement de mes jeunes années, c'est le théâtre. J'avais sept ans quand on m'y conduisit pour la première fois. Je ne me souviens plus si c'était à Sedan ou à Besançon. Je me souviens qu'on donnait Lestocq. Des seigneurs russes étaient sur la scène ; ilsjuraient honneur et gloire à leur patrie et la mort à ses tyrans. Derrière eux, on voyait une galerie^ de vitraux illuminée. L'orchestre jouait des pasredoublés, vigoureux et alertes ou de tendres élégies. Ce qui se développait dans le drame, c'était le complot d'un aventurier du pays de France et d'une jeune princesse moscovite, opprimée et dépouillée, qui suppliait les grenadiers de son père de la proclamer impératrice de toutes les Russies. Que de choses 1 que de costumes ! que de faits ! que d'émotions ! quel monde différent de celui où je vivais le jour! quelle envolée vers les grands rêves ! Ce fut ma vie, un ou deux soirs par semaine, à partir de ce

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