‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 23 sur 62 · XXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE

moment-là. Ma tête s'exalta. Je devins comme fou. Un jour, après une représentation à'Atar- Gull, je me sauvai de chez moi; j'avais dix ans; je partais pour la Nigritie afin de soulever et d'armer les nègres contre leurs persécuteurs ; on me rattrapa au village voisin. A Paris, pendant que je suivais le collège, je ne fus pourtant pas privé de théâtre. Les circonstances firent qu'en mainte saison, cette source inépuisable d'émotions, d'instruction et de réflexions me resta largement ouverte. Quand je n'avais pas mieux, j'avais le Petit-Lazari où le parterre coûtait cinq sous. De vrai, je puis dire que j'ai fait mes classes moitié à Louis-le-Grand, moitié à Feydeau, au cintre, et à l'Odéon. De 1840 à 1848 rOdéon avait pour directeur Auguste Lireux. Ce n'était pas un homme ordinaire.

11 avait le goût ; il l'avait cultivé, il l'avait sûr, il l'avait ouvert et large. Par malheur, ou plutôt par malheur pour lui, par bonheur pour moi à qui manquait l'argent, Lireux était réduit à subsister d'industrie. Il répandait à profusion dans le quartier Latin les billets blancs censés gratuits. On s'en procurait, on les présentait au contrôle, et il fallait payer, selon la place qu'on avait choisie, une surtaxe inattendue qui variait de 25 à 75 centimes. On pouvait se plaindre de ce procédé inusité d'encaissement ; mais la surtaxe était

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