ORIGINES ET DEBUTS DE DUMAS HENRI III
On a repris Henri III à la Gaîté. Le succès de la reprise a été, le premier soir, éclatant. Il n'a pas faibli aux représentations suivantes.
Puisque je touche à Tâge de la vieillesse conteuse, qu'on me permette d'abord de recueillir mes souvenirs et de conter, fût-ce un peu longuement, le plaisir que j'ai éprouvé, la dernière fois qu'il m'a été donné de voir Henri III et sa Cour, avant la reprise actuelle. Il s'agit d'un curieux événement artistique et mondain, qu'on a rappelé plus d'une fois depuis huit jours, mais avec des détails incomplets ou inexacts. C'était le 19 mai 1862, au théâtre improvisé du manège de l'hôtel Sellière. Il y a de cela vingt ans. Les gens qui jouèrent ce soir-là purent représenter,
au naturel, la cour d'Henri III, parce qu'ils composaient eux-mêmes la plus brillante des cours. Depuis les Grandes Nuits de Sceaux, depuis les Petits Cabinets de madame de Pompadour, depuis le théâtre de Marie- Antoinette à Trianon, dont M. Adolphe Jullien vient de nous conter minutieusement l'histoire dans un livre nourri de savoir et éblouissant de luxe *, oncques n'avait-on vu une réunion plus rare de comédiens et de comédiennes. On s'était formé pour deux soirées seulement en troupe de comédie, entre gens du même monde. On voulait d'abord et surtout, venir •en aide à une œuvre digne d'intérêt, celle des Amis de V enfance. On n'était pas fâché non plus de faire valoir ses petits talents et de montrer qu'on devait porter d'un air fringant le pourpoint et les robes •esthétiques du temps des Valois. La princesse de Beauvau s'était chargée du personnage de la duchesse de Guise. Madame Abeille, qui était alors dans tout l'éclat de son élégante beauté, représentait Catherine de Médicis. La comtesse de Pourtalès avait accepté le bout de rôle de madame de Cossé ; la comtesse de Pourtalès ne faisait en ce temps-là, pour ainsi dire, que de naître au monde et à la vie mondaine. Le marquis Philippe de Mornay faisait Henri III ; le comte Grabowski, le duc de Guise; le vicomte de Magnieu, Saint-Mégrin ; Maurice Cottier, Ruggieri. Le page Arthur s'appelait Raynald de Choiseul, le même Choiseul qui exerce maintenant de hautes fonctions