Henr^ Meilhac
contentement de la mère. Mais cela est-il bien possible? Est-ce ainsi que va le cœur humain? est-ce ainsi que va la vie? est-ce ainsi que peut aller le théâtre? Cette rivalité d'une mère et d'une fille, quand elle a une fois éclaté, quand elle est devenue publique, quand les passions qui en sont la source se sont accusées avec aussi peu de ménagement que cela a lieu. dans Fabienne , se termine-t-elle jamais autrement que par d'affreux déchirements ou par quelque transaction plus affreuse encore? Et si un auteur dramatique prétend ne tirer d'un sujet éminemment tragique ou éminemment sinistre qu'une sorte de pastorale de salon, plus ou moins touchante ou plus ou moins innocente, peut-on dire qu'il est maître de son drame et qu'il le développe selon la nature réelle du sujet?
Nous n'osons parler de la leçon morale qui se dégage de la plupart de ces pièces. Quelque disposé qu'on soit à admettre que l'art a son domaine distinct de la morale, il y a une vérité hors de doute, c'est qu'il existe en littérature des œuvres saines et des œuvres malsaines, tout aussi bien que des œuvres accomplies et des œuvres médiocres. Cependant une œuvre n'est pas nécessairement corruptrice parce qu'elle contredit les principes ordinaires de la morale ou qu'elle les omet, et elle n'est pas nécessairement salutaire parce qu'elle nous rappelle ex professa à la pratique de nos devoirs habituels. Une œuvre est «aine ou malsaine surtout par l'impression qu'elle nous laisse dans l'esprit et dans le cœur. En appli-
quant ce principe, combien, parmi les succès des années qui viennent de s'écouler, pourrons-nou* compter d'œuvres complètement salutaires? Morales, nos comédies le sont toutes. Ce n'est pas seulement de la tirade spirituelle et émue que nos auteurs abusent un peu, c'est encore de la tirade vertueuse- Cependant tout choque Thonnèteté, tout révolte la conscience dans ces pièces si ambitieusement morales* Rien n'est plus fâcheux au théâtre que le spectacle du vice sans la passion, et les vicieux qu'on nous peint, au lieu d'être victimes de leurs mauvais penchants, les exploitent devant nous avec une tranquillité, une impudence et un bonheur intolérables» Qu'est-ce que c'est par exemple qu'un auteur qui prétend Ûétrir le vice et qui finit tout doucement une comédie dirigée contre les coureurs d'aventures et le» chasseurs d'amour illicite par le bucolique tableau d'un Lovelace suranné devenu soudain le plus fortuné des beaux-pères, et par l'idylle du vice vieiQi s'abritant au nid de la jeunesse innocente? Quel spectacle peut nous paraître plus humiliant pour la société où nous vivons, et nous rabaisse nous-mêmes avec plus de certitude, si nous le supportons d'un esprit paisible, que celui d'une famille dissoute par le luxe^ Favidité, les mauvais exemples, oii Je père, les fils,, les filles, le mari, la femme, échangent entre eux les injures brutales, font assaut de mépris et quelquefois d'ignominie, supputent sur la mort les uns des autres^ et continuent à vivre ensemble comme si de rien n'était? Mais si parmi ces personnages il n'en est pas
un seul à qui il reste une lueur de dignité et de bon sens pour contenir, dominer ou expulser les autres, si les enfants ne savent plus respecter, si le père ne sait plus commander ou maudire, et si, derrière tout ce monde charmant, Tauteur, qui le fait mouvoir, incapable d'indignation, incapable de pitié, ne songe qu'à jouer et à s*amuser, c'est au spectateur à faire justice de ces mœurs odieuses et triviales. Au contraire, le public d'aujourd'hui s'y délecte, et il s'y délecte en toute sécurité, sous prétexte qu'en fin de compte l'auteur conclut contre le vice et que les principes restent saufs. Eh ! qu'importent les plus belles et les plus sévères conclusions, quand, le long du chemin qui nous y mène, le sens moral s'altère et la délicatesse morale se flétrit? Craignons à la fin de prendre pour la haine du vice ce qui ne serait que la conviction réfléchie et froide des inconvénients du vice ! Gardons-nous de croire que nous nous sommes remis à aimer nos devoirs parce que nous nous sommes efl'rayés sur le péril des situations irrégulières !
C'est pourtant là ce qu'a pour objet de nous persuader une des comédies les plus caractérisques de ces dernières années, le Supplice (Tune Femme. Ce drame sobre ne tombe sous le coup de presque aucune des critiques générales qu'on est en droit d'adresser au théâtre contemporain. Malgré des invraisemblances auxquelles on ne songe qu'après réflexion, et quoique toute la pièce pèche par la base, la vulgarité du personnage d'Alvarez et de sa liaison avec Mathilde, la conception est d'une simplicité classique; l'action,
rapide et conséquente à elle-même, se déroule suivant les meilleurs préceptes de Tart ; la situation, vigoureusement ramassée, est à la fois claire et forte, et, si les caractères sont trop dominés par la situation, trop absorbés en elle pour qu'il ait été possible de leur donner du relief, du moins aucun de ces personnages ternes et effacés, qui ne valent et ne vivent que par les rapports légaux et sociaux qu'ils expriment, ne s'inflige à lui-même de démenti puéril durant le cours du drame. Mais l'accent profond de l'honnêteté, où est-il? mais le cri du repentir, le vrai cri de l'âme, quand l'entendez-vous ? Chez cette femme écrasée sous le poid« de sa faute, la douleur et la honte du supplice supporté pendant sept années parlent seules. Quelle sécheresse I quelle dureté I Et cette morale d'airain, ce serait toute la morale I Au fond, il ne s'agit'pas ici de nos devoirs, il s'agit des nécessités du mariage et des retours vengeurs de la loi sociale. De tels exemples peuvent rendre plus sages et plus prudents ceux qui les reçoivent, ils ne les convertissent point. L'impression morale dans le Supplice d^une Femme est mesquine autant que l'émotion dramatique y est forte. J'ai peur, si je pense à Indiana et à Valentine après Mathilde, de trouver plus de vertu dans les sacrilèges défis jetés par les héroïnes de madame Sand au mariage que dans la soumission où la femme de M. Dumont se décide à rentrer, de guerre lasse, uniquement pour se soustraire aux fascinations assommantes de M. Alvarez. Et j'ai peur aussi pour cette cause que la leçon soit perdue, même comme simple
leçon de sagesse. Quelle femme déjà entraînée par la passion ne pourra se dire avec quelque apparence de raison qu'après tout elle a rencontré mieux qu'Alvarez et qu elle vaut mieux que madame Dumont?
Indianal Valentine ! Lélia! quels noms venonsnous de prononcer ! et quels souvenirs avons-nous évoqués I Chose singulière et bien digne de fixer l'attention du philosophe qui observe les vicissitudes de nos sentiments et de nos idées I ce qui nous perdait il y a trente années, c'était l'excès de passions généreuses qui ne voulaient point subir le frein vulgaire le la loi ; c'étaient les rêves d'une poésie splendide qui ne voulait point s'emprisonner dans les devoirs terre à terre de la vie domestique ; c'était une soif insatiable de l'idéal qui nous soufflait la révolte contre toutes les réalités de la vie; c'était un besoin d'être sublime que rien ne satisfaisait, si ce n'est l'orgueil qu'on éprouvait à fouler aux pieds, au nom de quelque sentiment supérieur, les obligations les plus sacrées qu'imposent le monde, la société et la famille. On mettait alors la vertu tout entière dans les beaux sentiments dégagés des préceptes positifs ; pourvu qu'on eût conscience d'admirer ce qui était grand et héroïque, sans trop se soucier de pratiquer ce qui était bien, on se trouvait toujours assez honnête, et l'on ne s'apercevait point que les plus profonds précipices sont voisins des cimes les plus ardues. Ces grands désordres d'imagination ont fait place peu à peu à un goût implacable de l'ordre. L'idée nette et claire qu'il faut observer l'ordre, parce que l'ordre se venge
I6t OU tard de ceux qui le violent, est la plus haute conception de la vertu où puissent atteindre les moralistes de rheure présente. C'est de la vertu légale, précise et concrète qui ne vaut pas mieux, qui vaut beaucoup moins que le genre de vertu trop éthérée et trop en essence où les poètes de la génération de 1830 prétendaient hausser les âmes à travers toutes les violations possibles du code pénal. Je ne hais pas le code, j'aime surtout un code moral; mais je ne Taime que vivifié par les sentiments nobles et délicats. S'il fallait à toute force choisir entre le mysticisme romanesque d'autrefois, qui nous égarait si terriblement hors des sentiers réguliers de ce monde, — et la vertu selon le code, la vertu qu'on se démontre à soi-même par formule algébrique, — mon choix serait fait. Il y a dans Tun la foi sans les œuvres, il y a dans l'autre les œuvres sans la foi, et ce n'est pas seulement la théologie qui a raison de mettre la foi au-dessus des œuvres, et déjuger l'action de la grâce supérieure à l'action de la loi.
Au fond de la morale, un peu trop pratique, dont le Supplice dune Femme nous recommande la stricte observation, au fond des scènes de satire violente que nous retracent M. Sardou et les auteurs dramatiques de son école, au fond de l'art tel qu'on Tentend et qu'on le pratique actuellement, on trouverait un même phénomène qui est le fait saillant de l'histoire de notre société depuis quinze ans : le développement outré de l'esprit positiviste. Dureté des cœurs, brutalité des mœurs et des œuvres de l'imagination, rétré-
cissement des idées philosophiques, vulgarité des maximes morales, tout nous vient de là et tout nous y ramène. Le romanesque et le chimérique (et qu'est-ce que la vie sans un peu de chimère et de roman?) ont fui pour ne plus laisser derrière eux que le respect superstitieux des réalités tangibles et des nécessités palpables. On surprend partout la trace de ce triomphe trop complet de la sagesse positive sur la poésie. Et, cette année même, pourquoi ne le dirions-nous pas? le dernier des chantres de l'idéal, le plus fidèle jusqu'ici aux dieux vaincus, le plus populaire et le plus aimé parmi les écrivains qui savent encore de temps à autre faire descendre le ciel sur la terre, M. Octave Feuillet, n'a-t-il pas trop rendu les armes à l'esprit impérieux du jour? vous qui nous contiez naguère, au milieu de tant de larmes, le Roman dun jeune Homme pauvre, qu'avez-vous fait sous ce titre séduisant, la Belle au Bois doj^mantj si ce n'est transporter à votre tour au théâtre le panégyrique du jeune homme riche et du jeune homme pratique, auquel appartient désormais le globe? Eh quoil il y avait quelque part, dans le monde enchanté de votre imagination^ une sœur jeune et brillante de Maxime de Ghampcey et de mademoiselle de Porhoët. Fière et chaste fille de la Bretagne expirante, elle n'aimait que l'honneur et l'orgueil de son nom ; elle appartenait tout entière à ses hymnes, à ses aumônes, à ses ballades, à la généreuse inutilité du bon vieux temps; elle haïssait l'argent et le travail productif; tout For du Pérou ne
l'eût pas décidée à subir une atteinte à la moindre des croyances, au moindre des préjugés qu'elle avait reçus de ses pères ; bref, elle était tout à fait telle que vous seul savez les faire, chimérique et adorable. Et, quand déjà le cloître l'avait recueillie et lui donnait Fasile suprême qui lui convenait, loin du siècle et de ses marteaux,, vous êtes allé Tarracher à l'église et à Dieu, pour la jeter dans les bras de ce forgeron de Morel! Blanche de Guy-Ghâtel reniant Tidéall jamais le tu quoque n'aura été plus à sa place. De toutes les victoires que l'économie politique, armée du code de commerce, a remportées depuis quelques années dans le domaine des lettres et ailleurs, la plus étonnante,, la plus inattendue, est certainement celle qui a mis à ses pieds, avec Blanche de Guy-Ghâtel, Marguerite, Bellah, Sabine et madame de Palme. A Dieu ne plaise qu'en signalant ce caractère trop peu remarqué d'une œuvre où M. Octave Feuillet a mis, d'ailleurs, beaucoup p/lus qu'on ne le croit et qu'on ne l'a dit des séductions ordinaires de son talent, nous prétendions ranger la Belle au Bois dormant dans le groupe des comédies brutales; autant vaudrait marier le Turc et Yenise. Rien ne jure plus que le caractère et le tempérament de M. Feuillet avec les peintures à la mode. L'auteur de la Belle au Bois dormant garde sa place à part; mais, dans la place écartée où il se tient, les préoccupations qui dominent le théâtre contemporain sont venues le chercher, et notre devoir d'historien était de relever dans le dénouement de S9 pièce un spécimen curieux des influences qui
envahissent, sans qu'ils s'en doutent, les esprits les plus élevés et les plus droits.
Faut-il cependant exagérer la portée de ces influences? Chacun des amis de l'art délicat nous ■opposerait à l'instant le nom de M. Octave Feuillet lui-même. Il serait injuste de méconnaître qu'il reste des écrivains qui soignent patiemment leur talent et lui interdisent les victoires faciles, achetées au prix <iu scandale, comme il en est d'autres qui, s'ils s'engagent en quelque tentative hardie et contestable, n'y sont du moins poussés que par une témérité d'artiste <iésintéressé. Sans parler de telle comédie de mœurs ou de caractère qui, malgré la tristesse du sujet, eût mérité d'être mieux accueillie du public lettré, quel- •ques-unes des meilleures traditions de notre scène se retrouvent en d'agréables tableaux de genre, tels que le Second Mouvement^ de M. Edouard Pailleron, et les Révoltées, de M. Gondinet; c'est l'esprit aisé et inventif de Scribe, c'est la verve et la bonhomie de Picard, avec le don des vers en plus. Qui ne se sent rafraîchi lorsqu'il passe des duretés ordinaires <ie nos comédies à ces légères satires des communes faiblesses du cœur humain? Le drame domestique nous a donné également plus d'une œuvre, sinon tout à fait irréprochable, du moins étudiée et sympathique. Sedaine n'a point fait assez école parmi nous; madame Sand, qui a porté au théâtre un esprit de sérénité et de paix trop étranger à beaucoup de ses romans, ne rencontre pas autant d'imitateurs, de disciples et d'émulés que nous pourrions le souhaiter.
Et cependant quelques-uns de nos jeunes auteurs s'aperçoivent et sentent que, du côté de la tragédie et de Tidylle bourgeoise, il y a bien des filons d'or à suivre, bien des diamants à extraire et à polir. Il n'est pas rare que, dans une pièce dont l'idée première a. été empruntée à ce fonds de mœurs' dures et de mauvaise compagnie qu'il est, à ce qu'il parait, impossible d'éviter, on rencontre tout à coup une physionomie originale, heureusement esquissée, des émotions honnêtes, des traits d'une moralité pathétique et presque austère, des mouvements vrais, un ton mesuré^ un dénouement à peu près concluant,, tout ce qui enfin, transporté en un sujet qui n'aurait pas le tort d'évoquer les souvenirs les moins purs et les images les plus tristes, pourrait produire une œuvre élevée ou à tout le moins satisfaisante. Encore une fois nous ne fermons pas les yeux à de tels, mérites; mais des épisodes isolés et rares ne sauraient, modifier le jugement général que nous inspire un ensemble de phénomènes continus. L'accueil favorable qu'un public trop restreint est toujours disposé à faire à certaines œuvres délicates et consciencieusesne nous console qu'à demi des spectacles funestes oui la foule s'habitue de plus en plus à courir. Le succèsmême qu'obtient en ce moment le Lion amoureux, et qui rappellera enfin, nous voudrions l'espérer, la. CkHnédie-Française à ses devoirs et à son vrai caractère, ne suffit pas pour nous rassurer sur l'avenir de notre théâtre. Ce succès a beau avoir écUté à la, manière de ces coups de foudre qui viennent quelque-
fois dissiper les vapeurs malsaines de l'atmosphère : il y a des ébranlements passagers qui ne purifient l'air que pour un jour ou deux. A peine la première représentation du Lion amoureux finissait-elle que le drame Héloise Paranquet, d'ailleurs émouvant et humain en quelques-unes de ses parties, mais qui nous ramène trop, comme d'autres pièces contemporaines, à la religion et à la poétique du code, venait de nouveau éveiller chez nous des impressions bien mêlées.
Il serait temps que tous ceux dont l'exemple, la parole ou les actes peuvent faire autorité prissent le parti de s'inquiéter de la contagion de brutalité, de sécheresse et de violence qui s'est emparée de notre littérature. On ne nous persuadera point que la comédie forte ne subsiste qu'à la condition de braver toutes les bienséances et de briser toutes les barrières. La force est justement ce qui manque le plus aux crudités de la scène actuelle. Un style robuste, une trame serrée et ferme, un caractère vicieux développé avec audace, vigueur et suite, sont peut-être plus difficiles encore à rencontrer présentement au théâtre qu'une pièce d'une moralité saine et d'un effet irréprochable. Nous croirions plutôt que c'est faute de puissance que la comédie actuelle, ne sachant comment échapper à la platitude, se jette dans la grossièreté et l'excès : encore est-il çà et là des auteurs particulièrement favorisés de la muse qui trouvent le moyen d'être à la fois outrés et ternes. A vrai dire, cette dégradation à froid n'est pas seulement le fait des écrivains qui
LES AiOBURS ET LE THÉÂTRE EN 1865. 209
nous en offrent le tableau et qui Texploitent dans l'intérêt de leur renommée ou de leur fortune. Chacun en est complice, chacun doit s'en accuser : le public d'abord, qui paraît se complaire plus particulièrement aux spectacles les plus violents et les plus informes ; les directeurs de nos premières scènes, qui ne savent pas en défendre les traditions et en maintenir l'honneur; la critique, qui perd par des éloges excessifs et inconsidérés des écrivains désormais célèbres, dont elle a bien fait d'encouragerles débuts, dont elle a tort de ne pas redresser le talent déjà mûr; le gouvernement lui-même, qui, mal informé par des agents dénués ou d'expérience ou de goût, place quelquefois d'une façon bien singulière ses distinctions et ses faveurs et couvre de son patronage de bien étranges chefs-d'œuvre ; nos lois préventives enfin, dont Faction lente et sûre a peu à peu abaissé le niveau des intelligences et finira, si l'on n'y prend garde, par ruiner l'esprit public. Cependant la plus forte part de responsabilité dans ces spectacles injurieux pour notre société incombe encore aux spectateurs qui s'y pressent. On les cingle au visage, ils applaudissent. On les dissèque tout vivants, ils frémissent de plaisir. On les ravale au-dessous de la brute, ils ne se sentent pas d'aise. On insulte à leur jugement en les traitant comme des gens capables de tout croire et de tout accepter, ils acceptent tout avec enthousiasme, ils croient tout avec béatitude. In servitiûm ruuntj ils se précipitent tête basse dans les plus niaises crédulités. Observez la salle pendant la
SiO lE THÉÂTRE ET LES MQKURS.
représentation d'une pièce à succès. S'il y a sur La scène une femme aimable occupée à tenir paisiblement à son seigneur et maître des discours tels que le mari le plus débonnaire devrait en bonne justice et préalablement à toute explication la jeter par la fenêtre, c'est précisément les maris qui crient bravo avec le plus de conviction. Si un fils rompu à l'aritbmétigue s'entretient avec son père d'intérêts communs sur le ton d'un chevalier d'industrie qui traiterait avec un loup-cervier, c'est les pères, et après tout d'honnêtes pères de famille, pères honorés de fils respectueux, qui sont les premiers à se pâmer et qui s'écrient : « Comme c'est attrapé ! » Et n'allez pas au moins, vous, homme de goût, vous permettre un léger murmure quand un trait cynique, lancé avec certitude par une main qui ne tremble pas, vient vous atteindre en pleine poitrine. Tous vos voisins ouvriront des yeux surpris et se demanderont de quelle province arrive ce novice qui réclame justement aux plus beaux endroits. Ces dispositions du public nous effrayent, nous Tavouons, plus que tout le reste. Rien ne donne mieux la mesure des inclinations d'une société que les mœurs qu'elle supporte ou qu'elle recherche au théâtre, alors même que ces mœurs ne seraient pas réellement les siennes. A ce signe, il est permis d'affirmer que l'esprit et Je caractère national subissent en ce moment chez nous une altération sensible. La cause en est sans doute plus haut qu'au théâtre, mais c'est le théâtre qui démontre avec le plus de clarté et qui permet
d'apprécier avec le plus de certitude Teffet produit» Arrivée à ce point où Téclipse momentanée du goût et de l'esprit est si évidente, une société doit faire son examen de conscience ; mais ceux qui sont en possession de la gouverner, de la diriger et de l'administrer, ont peut-être aussi k s'interroger sérieusement sur l'usage qu'ils ont fait de leurs pouvoirs, surtout si ces pouvoirs^ pendant une longue période d'années, ont été à peu près illimités. Nous avons accusé et nous accusons principalement le public ou une notable portion du public, parce que c'est en lui que réside la source de toute force réelle, parce qu'il est, dès qu'il le veut,, souverain juge et souverain maître, paurce que,, surtout en matière de littérature et de goût, aucune domination ne s'établit et ne dure, s'il ne la soutient de sa complicité effective. Dans un pays tel que la France cependant, les lois et les formes sous lesquelles se manifeste l'autorité de l'État ont toujours pu beaucoup pour exciter l'opinion ou la paralyser. Elles peuvent aujourd'hui plus que jamais. Il noussemble donc difficile d'absoudre notre système légal des mauvais penchants du public et de mettre hors de cause, lorsque nous nous inquiétons des vices du théâtre, les principes d'après lesquels s'exerce l'action administrative. Si le public s'humilie, coname à plaisir,, devant les mortifiantes peintures que lui apporte la littérature du jour, c'est qu'il a pris l'habitude de s'humilier dans les mille liens dont il est enlacé par les règlements en vigueur, et c'est qu'à chaque effort
que nous voudrions faire pour nous hausser le caractère et le jugement, nous rencontrons devant nous l'obstacle déprimant d'un décret préventif quelconque. Si la critique littéraire est sans force, c'est que la critique politique elle-même, à quelques exceptions près, a été contrainte de s'affadir et de s'énerver sous la pression administrative. Dès lors, le ton d'une critique littéraire sincère jurerait trop pour être supporté et pour être efficace avec celui de la critique politique. Quiconque voudrait garder sa franchise d'allures et dire nettement ce qu'il pense de la pièce du jour, du romancier qu'on reçoit dans les bonnes maisons, du dramaturge sans style qui passe en carrosse sur nos boulevards, regardé avec admiration par la foule, tandis qu'un écrivain de mérite se consume dans la pauvreté et l'obscurité, — quiconque aurait cette audace serait signalé dans la mollesse générale àl'animadversion de tous comme un puritain incommode et comme un misanthrope tourmenté d'un âpre besoin de dénigrement ; on le tiendrait à la lettre pour une peste publique. Si enfin les auteurs dramatiques eux-mêmes ne nous servent que des satires sans art de la vie privée la plus infime ou des pièces à grand spectacle, c'est que, sur le chemin qu'ils ont choisi, on ne rencontre point la censure. Quoique beaucoup de bons esprits, tout en souhaitant une autre organisation de la censure théâtrale que celle qui fonctionne en ce moment, jugent cette institution indispensable,même dans J'état de liberté, il est vrai de dire que la censure devient aisément capricieuse
et peut gêner ce qui est bon, en laissant passer ce qui est mal, quand on ne se sent pas une liberté suffisante pour discuter ses arrêts.
Ainsi, de quelque côté que l'observateur tourne ses regards et quelque sujet qu'il examine, quand c'est un sujet d'intérêt public, il est amené à toujours souhaiter le même remède à des maux en apparence divers. C'est une plus grande liberté politique, consacrée par les institutions, qui, en donnant aux mœurs plus d'élévation, arriverait par un effet indirect à corriger la licence du théâtre. Beaucoup de lois qu'on a promulguées, il y a une quinzaine d'années, dans l'intérêt delà société, de l'ordre, de la religion, de la famille, du principe d'autorité, n'ont pas réussi cependant à sauver le respect des notions essentielles sur lesquelles sont fondés et l'ordre social et l'ordre domestique. On demande d'ordinaire la réforme de ces lois bien rigoureuses au nom d'un parti ou d'une théorie politique. Nous venons de relire les œuvres de notre temps, et cette réforme salutaire, nous serions tenté de la demander aujourd'hui au nom des mœurs françaises et de l'esprit français.
{Hevue des Deux Mondes, !•' féTrier 1SC6.)
L'Étincelle et Pendant le bal tiennenMjaffîchg^^à la Comédie-Française. On prépare au môme"théâtre le Monde où l'on s ennuie, qui passera ce mois-ci; le public littéraire et le public lettré s'occupent assez vivement de la pièce avant qu elle soit représentée: ce qui n alîeu que pour des auteurs favoris. M. Edouard Pailleron, Fauteur du Monde où Von s'ennuie et de fÉtincelte, a aujourd'hui quarante-six ans. Il possède un bagage fourni. Il est au plein de son développement. Voici l'heure ou jamais de l'arrêter au passage et de porter sur lui un jugement d'ensemble.
C'est vers 1860 que l'on a commencé à répéter son nom. En vingt années, de 1860 à 1880, il a écrit deux volumes de vers et il a fait jouer à l'Odéon, à la Comédie-Française et au Gymnase, treize comédies, drames ou proverbes, dont huit en vers et cinq en prose, dont quatre, plus amples, en trois et quatre actes et à peu près tout le reste en un acte. Vingtquatre actes en vingt ans; c'est, pour parler le jargon
technique, « une production » suffisante. Elle n'a pouiv tant rien d'excessif, étant donnés les mœurs et usages littéraires du temps présent. M. PaiUeron n'écrivait pas pour vivre, il n'a pas été obligé de se presser.
M. Pailleron est entré dans la vie par la porte d'ivoire. Il a eu toutes les fortunes. Sa famille était plus qu'aisée. Quand il eut vingt ans, un père barbare le destina au notariat. C'a été là de tout temps pour les futurs poètes le stimulant classique.
C'est ea vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur,
si son astre, au sortir du collège, n'a pas d'abord fait de lui un clerc de notaire ou d'avoué. M. Pailleron fut donc clerc tout le temps qu'il fallait pour goûter le charme poétique de ne l'être plus, mais pas plus longtemps. La Revue des Deux Mondes accueillit ses premières rimes, TOdéon sa première pièce. Le Parasite, un acte envers, fut joué au cours de l'automne de 1860. Les trois interprètes en étaient mademoiselle Debay, les délices du lieu, Thiron, alors en toute sa verve, la fringante et spirituelle Delahaye, une Brohan, une Samary, qui trop tôt pour l'art a disparu dans le mariage. Ce ne fut pas un triomphe, ce fut au moius un succès. M. Pailleron^ entre temps, avait publié un premier volume devers, aujourd'hui épuisé, les Parasites, que je n'ai pu me procurer et relire, mais je me souviens qu'on y pouvait remarquer plus de personnalisme dans l'observa-
lion du moiide et de son train qu'on n'en attend d'ordinaire d'un jeune homme à qui tout s'est trouvé facile. Dans le Parasite , la fantaisie et un rayon du ciel de Grèce; dans les Parasites, la réflexion et le mouvement ; que d'heureuses promesses I M. Pailleron avait vingt-six ans. Il était de relations agréables, élégant de maintien sans fadeur d^élégance,heau de la même beauté et de la même grâce de poète qu'eurent aussi en leur jeunesse Alfred de Musset et Alphonse Daudet. Il se maria brillamment, à l'heure propice et, ce qui est le grand point, dans son propre monde. L'alliance contractée par lui le faisait gendre de l'un des souverains littéraires du siècle. Attaché à la première de nos Revues, joué à l'Odéon, déjà sollicité par la Comédie-Française, marié à son goût et suivant les convenances, il avait jeté à temps les assises de sa vie.
Il avait aussi donné à son esprit toute la bonne substance qu'y peut donner, par l'étude, un poète comique. Ce qui est l'attrait de M, Pailleron pour un historien et un juge classique deslettres, c'est qu'entre tous ses émules du théâtre contemporain, il est imprégné des traditions moyennes de notre littérature et des mœurs moyennes de notre pays. Dès ses premiers pas, on sentait en lui ce qu'on peut appeler un homme du répertoire; l'ancien et le nouveau lui étaient également familiers. Çà et là, il troussait le vers comme Gresset ou Regnard; il savait son Musset et son Marivaux ; il s'était rompu aux procédés de Scribe ; il était tout nourri des premiers poèmes
dramatiques d'Augier ; il n'avait même pas négligé en ses années d'apprentissage Picard ni Andrieax.
M. Pailleron a-t-il l'étoffe d'un maître? on ne peut encore en décider. Il est à tout le moins un disciple heureux des maîtres. Et qu^on ne croie pas que ce soit peu de chose I
Rien, nous l'avons dit, ne pressait M. Pailleron. La grande faute de sa vie^c'est qu'il s'est encore trop ^téj
M. Pailleron n'a pas, à ses débuts, labouré une fois pour toutes sa langue et son esprit du rude travail qui esctirp^ les pierres et les mauvaises herbes pour pénétrer aui? sucs nourriciers. Il résulte de là qu'il est resté trop longtemps sans style ; qu'il n'a façonné son vers que bien lentement ; qu'il ne s'est pas encore fait aujourd'hui une prose qui soit bien à lui. De là vient aussi qu'il s'est plus attardé qu'il n'est convenable dans l'imitation et dans les reprise» d'idées déjà traitées par d'autres. Si M. Emile Augier n'avait pas écrit la Ciguë, M. Pailleron probablement n'eût jamais pensé qm Parasite, Il se souvenait de Gabrieile lorsqu'il composait Hélène « tragédie bourgeoise », el je ne pense pas qu'il ait pu se dissimuler que, dans les Faux Ménages, madame Armand remplit à l'égard de son dis Paul et de la pauvre Ësther, exactement
EDOUARD PAILI.6R0N. Sl^
le même rôle que M. Duval, dans la Dame aux Camélias, à Tégârd de son fils Armand et de la malheureuse Marguerite Gautier. Je sais bien qu'en dépit de toutes les lois féodales, que les jurisconsultes nou& fabriquent sur la propriété littéraire et artistique, le droit inaprescritiblè^'ï poète est de prendre où il le trouve lefKèine sur lequel il modulera ses variations. Nous, public, nous ne lui demandons rien que de dépasser et d'enrichir ce qu'il imite. Tel n est pastoujours le cas de M. Pailleron. Il a bien choisi se» modèles, il n'a pas assez complètement dégagé son talent propre.
En son fond de nature, ce talent est de fine qualité. Il est bien français. M. Pailleron a l'imagination légère et déliée. Le Second Mouvement, V Autre Motif, V Étincelle, le Monde ou Von s amuse. Petite Pluie, etc.^ reposent sur des idées trouvées, qui sont spirituelles et justes. Ces bons bourgeois de Louviers, qui recueillent d'enthousiasme la fille de leur bienfaiteur, qui tout de suite méconnaissent les qualités de la modeste orpheline, précisément parce qu'ils l'ont recueillie, qui la trouvent d'abord un peu trop sans fsiçon, puis gênante, puis envahissante, puis intolérable; ces deux jeunes mariés, dont aucun tête-à-tête ne rassasie l'amour goulu qu'ils ont l'un pour l'autre et qui, dans la solitude où ils sont allés cacher leur bonheur, rencontrent, au bout de six mois, la monotonie, les querelles et les plans de procès en séparation; ce Machiavel de la galanterie, qui, cherchant dans une réunion
mondaine le secret d'une intrigue amoureuse dont il a intérêt à connaître Théroïne, se dit : « Je vai& raconter devant toutes ces dames assemblées, sans nommer personne, une histoire d*amant résolu à rompre, et celle dont Téventail s'agitera, ce sera celle-là! » Et tous les éventails s'agitent; cette jolie veuve à qui Ton demande toujours son cœur et jamais sa main; ce ne sont pas de ces sujets qui font époque dans l'histoire du théâtre. Ils se tiennent dans les vraies limites du monde et de la nature humaine. L'âme tout entière est dans l'un de ses replis; il n'est que de le développer avec aisance. C'est à quoi M. Pailleron s'entend de façon supérieure. Il possède la véritable adresse, celle que l'on n'aperçoit que par ses effets. Il fait courir son idée vers le dénouement à travers les vicissitudes les plus naturelles et les plus attachantes. On est amusé, on rit, on s'attendrit. On n'a sous les yeux que d'honnêtes gens, d'honnêtes cœurs et des mœurs toujours décentes. Et, au bout de tout cela, on gagne encore quelque chose à la réflexion. On reconnaît que ce qu'on était disposé à prendre pour une simple bluette renferme en soi beaucoup de sens et qu'on a eu comme une maxime de Yauv^nargues ou de Ghampfort, inise en scèjiè et débitée en dialogue.
Mais le style ! mais la saveur du vers I mais le ton de la prose! Ah I comme ici l'on regrette que M. Pailleron ne se soit pas plus efiforcé après l'aisé début du Parasitel
Nous possédons de lui, un volume de vers. Amours et Haines, qu'il a publié en 1869, quand il était déjà lancé en pleine carrière. On y surprend bien sa mol* lesse de travail. M. Pailleron est poète; ce ne serait pas la peine de s'occuper de lui s'il ne l'était pas. On peut donc recueillir dans ce volume une demidouzaine de pièceStJ|uisont inspirées et où l'accent ni le mot ne font (^^illanpè à l'inspiration. Les trois pièces, r Accusé f IcuSSorte, Celles-là, réunies sous le nom d'Histoires tristes, nous révèlent en M. Pailleron, avec une source première de philosophie qui ne s'est point tarie, une faculté d'ironie, concentrée et pathétique, dont on ne retrouve guère la trace dans son théâtre. Les cruautés indifférentes de la nature et de la société y palpitent. Dans le tableau d'un prétoire de police correctionnelle, tous les détails sont d'une réalité pittoresque et âpre :
Un Christ au-dessus cl*enx regardait tout cela;
Eu face, tout debout, rhomme se tenait là.
Son mouchoir à la main pour cacher sa figure; C'était un pauvre diable à la tète un peu dure ; Il avait Tair stupide et sombre, il parlait bas; Il était sous le coup de cet écrasement De démentir des gens ayant fait leurs études !
Cela est tout ensemble vu, imaginé, exprimé. Je
recommande également au lecteur les pièces Au Bal^ la Tombe, le Jardin, fusées . fébriles de sentiment mondain ou sensations de la vie de tous les jours, comme celles-ci :
Je passais... J'entendis, de la route poudreuse, Que derrière le mur on riait aux éclats, Et je poussai la porte. — A travers les lilas, Voilà ce que je via dans la maison heureuse ;
Et par ce beau soleil flottait sur tout cela, Je ue sais quoi d*ému que le printemps apporte; J'entendis le Bonheur murmurer : « Je suis là. » Et je sortis rêveur — en fermant bien la porte I
Mais je cite la fleur.
La majeure partie du volume (idylles légères, graves et mélancoliques, écrites en strophes variées) ne contient que des amours sans flamme et des haines pâles, des à-peu-près de mélancolie et d'allégresse, des -choses presque senties et pas du tout rendues. On est d'abord alléché par le sujet : la Hêtrée, les Brames^ la Belle Gelée, V Hirondelle, le Rhône. Ce sont là des moments de la nature, faits pour le poète! De tels titres, tombant sous nos yeux, dans un de ces nids d'acide carbonique que nous appelons à Paris un beau troisième sur une belle ayenue, nous communiquent soudain les mêmes élans vers Têtre qui agitaient Charles Bovary, dans sa chambre d'étudiant de Rouen. «... En face, au delà des toits, le grand ciel pur s'étendait avec le soleil rouge se couchant.
EDOUARD PAILLEROH. 223
Qu'il devait faire bon là-bas I Quelle fraîcheur sous la hêtrée I Et il ouvrait les narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne, qui ne venaient pas jusqu'à lui... » Hélas 1 il nous faut vite refouler nos élans. M. Pailleron non plus ne fait pas venir jusqu'à nous les bonnes odears de la campagne.
Qu'il soit ému lui-même de ses idylles, je le crois volontiers; son émotion un peu superficielle ne sait pas réfléchir l'objet qui la cause et en fixer l'image en quelques traits simples, vibrants, précis. Parcourons ensemble, cher lecteur, la Belle gelée prise pour type. M. Pailleron commence par lancer assez bien son impression d'un jour de décembre :
Ch&Q8on aux dente, bâton en nain, Du talon frappant le chemin, A travers la bise et le givre, S'en aller par vaux et par monts, Bavant le ciel à pleins poumons, C'est vivre J
Mais tout de suite il s^échappe. Il va, il va, il va. Cela ne lui fait rien pendant qu'il y est, d'aller jusque vers le pôle :
Ver« ce p61e étemel aimant Où rayonne éterneilement L'aurore.
Ah I quand le soleil rit sur la gelée blanche dans la prairie de Marne, entre Ghelles et Lagny, ou sur le givre qui pend a,ux branches dépouillées des arbres,
dans les bois de ChavîUe, de Carnelle, d'Écouen, et que l'on est poète, et que Ton est peintre, et que Ton est absorbé du regard comme de Tàme en ces heures choisies, on s'en va bien penser au pôle et à son aimant!
L'excès voulu de la sensation n'en est ici que la pauvreté. Je ne parle pas de l'arbre, dont M. Pailleron fait <( un lutteur qui s'est mis nu » ni <$ du torrent glacé qui a l'air d'un gladiateur^». Des images outrées, des allégories, des paraboles, des prédications morales^ il n'est pas de procédé auquel M. Pailleron ne recoure, devant son paysage, pour essayer de nous en faire voir ou sentir quelque chose. Vain recours! Richesse impuissante des strophes et des rimes, trop vite acceptées comme elles viennent! On voudrait voir avec le poète et par le poète, le chêne qui s'élève solitaire au milieu du pré jauni par les ardeurs de l'été ; on ne le voit pas. On voudrait sentir la brume qui sort vivifiante du sein du fleuve, qui amollit les contours de tout ce qui se voit, qui fond en de magiques transparences les plaines et les monts, les maisons et les arbres, les citadelles sur la hauteur et les villas sur la rive; on ne la sent pas. On voudrait aspirer le beau jour d'hiver clair et sec qui pénètre les moelles de santé contente et de force; on ne l'aspire pas. Avec trois petits mots en pareille occasion, Uhland, Mathison, Bums, Leopardi, disent tout. Et H. Pailleron, aussi, quand il veut! Mais peut-on vouloir se donner tant de mal!
C'est avec la même indifférence dans la constmction
de la phrase et la même résîgnati(fti^ï*à-pe u-prè ji dans Texpression que M. Pailleron a abordé le théâtre. Son vers dramatique est resté — jusqu'à la tragédie à' Hélène^ ou tout au moins jusqu'aux Faux Ménages^ — d'un sans-gêne dont il est à peine croyable qu'avec son goût inné de l'élégance, il ne se soit pas aperçu. Rien de serré ni de caressé; à tout moment, le cours de la proposition interrompu pour amener plus commodément la rime et pour marquer la césure à la bonne franquette; de sorte que des couplets de six ou huit vers ne sont qu'une suite de propos entrecoupés et de mots jetés en interjection. C'est de la prose rimée; et encore cette prose est-elle fade et relâchée. Je veux bien qu'on se passe de style au théâtre. Peu m'importe le style, pourvu que le drame, la composition générale, la fable et les caractères procèdent et se comportent de telle façon qu'ils me saisissent et m'enlèvent et ne me laissent pas le temps de remarquer si la langue parlée par les personnages en scène est ou non suffisamment dégrossie. Avec M. Pailleron, il m'importe beaucoup. Son tour d'esprit et d'imagination le porte de préférence vers les sujets fins et délicats, où le spectateur s'aperçoit trop que sa jouissance est incomplète et troublée, quand le style manque. Vous peignez des travers et non de larges passions comiques, des nuances du sentiment et non des éclats de l'âme, des sensations de plaisir et de tristesse, et non la grande joie qui déborde ou la violente douleur qui sanglote; vous cherchez pour vos drames bourgeois des situations
héroïques qui ne sont pas celles que nous présente communément la vie ; vous invoquez la Fantaisie et elle vous suffit, dût-elle ne vous fournir que Tétoffe d'une scène? bref, vous ne filez que For précieux et la soie subtile. La soie et Tor demandent un travail achevé. Dès qu'elle n'est point parfaite, la trame en paraît rude et terne, encore que semée par places de quelques chatoiements.
La perfection, née du style et de l'expression, voilà ■ce qui manque à tous ces agréables tableaux de genre, ie Mur mitoyen, le Second Mouvement y le Dernier Quartier, Petite Pluie, l'Autre Motif, V Étincelle, qui sont tous d'une conception générale si adroite et presque tous d'une invention si nette. Tous nos lecteurs ont présent à la mémoire le joli petit acte de rÉtincelle, qui roule sur une méprise du sentiment : madame de Rénal ne croit pas qu'elle aime Raoul de ■Géran et Raoul de Géran croit qu'il aime Antoinette. La pièce mérite son nom. Elle étincelle, en son cours, de verve, d'esprit et de rapidité. Cependant prenons une scène, la plus charmante et la mieux filée de toutes, celle où Raoul cherche, comme il le dit, à faire jaillir l'étincelle du cœur d'Antoinette. Celle-ci, insouciante, gaie, rieuse, demande à Raoul, san» tenir autrement à le savoir : « Qu'est-ce qui prouve qu'on aime et qu'on n'aime pas, là î » Trouvez-vous que la réponse de Raoul vaille bien la peine d'être faite?
« Ah î quand on aime, on ne rit plus, on pleure et
Ton s'étonne d'être heureuse. On est inquiète, anxieuse tourmentée, mais Ton se sent minutieusement et délicieusement vivre. Il y a quelqu'un que Ton fuit et que Ton cherche, que Ton appelle et que Ton redoute, qui vous obsède et qui vous charme, quelqu'un qui habite votre cœur, qui remplit votre pensée, qui hante vos songes, qui vous a chassée de vous-même et s'y est installé en maître... 'c'est lui... etc. »
Tout cela n'est pas mal, je n'y contredis pas, surtout avec ce que Delaunay chargé du rôle de Raoul y ajoute du sien. Mais, quand il s'agit de ces recherches du cœur, quand il s'agit d'un sentiment dont il existe déjà cent et cent analyses divines et qu'on peut décrire divinement cent et cent fois encore, il nous faut de l'exquis ou il ne nous faut rien. On peut faire du demi-Scribe ou du demi-Sardou, on ne fait pas du demi-Musset ou du demi-Marivaux.
Hélèney tragédie bourgeoise en quatre actes (1872) et les Faux Ménages , comédie en quatre actes (1869) sont les deux ouvrages les plus considérables de M. Pailleron, au moins par l'étendue et la gravité du sujet choisi. M. Pailleron les a écrits l'un et l'autre «n vers. L'un et l'autre ont plus de style ou portent i'empreinte de plus d'effort vers le style que ses
précédentes esquisses de nos travers et de nos troubles de cœur ; en revanche, ils ont moins de fonds solide. M. Pailleron n'y parait pas aussi capable de saisir de plein les sujets forts que le faisaient espérer quelquesuns de ses vers de jeunesse, ni aussi capable de les développer selon les lois de leur genre que le faisaient attendre sa fertilité de ressources et sa science de , mise en œuvre. C'est un malheur pour M. Pailleron qjï Hélène rappelle en son objet moral Gabrielle, et qu'en lisant les Faux Ménages on ne puisse pas ne pas se souvenir de la Dame atix Camélias, L'ampleur et la sûreté des œuvres mères fait trop ressortir la marche incertaine des œuvrer dérivées.
Lorsque M. Dumas oppose à la passion de deux jeunes gens, pour Ten écraser, les lois et les préjugés de la société, il choisit une situation simple dont on voit tous les jours des exemples, et les phases qu'il en met en saillie sont toutes des phases nécessaires. Armand Duval est taillé sur le patron de l'un quelconque des jeunes hommes de son temps ; il y a des traits de Marguerite Gautier dans toutes les aimables créatures que leurs fautes, la soif de vivre ou leurs malheurs ont condamnées au même genre d'existence ; elle est un type général, et cependant elle vit de la vie individuelle la plus jaillissante et la plus intense. Esther et Paul, dans les Faux Ménages, ne vivent pas ; ils ont l'allure de mécanismes arbitrairement construits; leur aventure est toute spéciale; deux ou trois scènes sont fortes, deux ou trois mouvements sont
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humains, le reste sort de la logique et de la vérité. Lorsqu'au début d'une période nouvelle de développement pour la littérature, les opinions et les mœurs, M. Emile Augier s'est proposé de réagir contre les passions idéales de l'âge précédent, lorsqu'il prétend obliger les plus romanesques à reconnaître tout ce qui se cache de poésie saine dans le mariage, tout ce qui s'y déroule de progrès actif et doux vers le bonheur, lorsqu*il veut écrire pour l'épouse l'apothéose systématique de Tépoux, il prend le plus banal des mariages assortis et le plus ordinaire des bons maris. Un avocat trop occupé, une femme délaissée à proportion de ce que le mari travaille davantage pour la prospérité commune, Fun à la ville, parmi ses dévorants soucis, l'autre seule aux champs, parmi les ivresses de la perfide nature; voilà le drame. M. Pailleron, dans Hélène y nous conte une foule d'histoires qui ne sont jamais arrivées ; si bien que le médecin Jean et sa femme Hélène, plus héroïques que Gabrielle et Julien et même plus pathétiques, s'emparent beaucoup moins vivement de notre esprit. M. Pailleron n'entre pas, comme M. Augier et M. Dumas, dans le large courant de la poésie et du drame, parce qu'il ne reste pas comme eux dans le large courant de la nature et de la vie sociale réelle.
Ici, comme dans ses comédies légères, l'adresse de M. Pailleron est extrême à faire surgir les incidents et à les faire accepter par le spectateur. Mais il y en a trop et de trop inattendus. Avec la tragédie d'une
situation sociale, comme dsins les Faux Ménages, avec deux beaux caractères, défendant l'honneur et la félicité du mariage contre les conséquences d'une* faute, comme dans Hélène, qu'avons-nous besoin de tant d'événements? Us dissipent l'attention et il faudrait au contraire la fixer sur un point unique.
Je n'ai d'ailleurs, je l'avoue, que défiance pour des ititres collectifs comme les Faux Ménages, et pour la méthode de drame qu'ils supposent. Cet usage de nous offrir sur la scène une collection simultanée de variétés, appartenant à la même espèce, n'est sans doute pas né d'hier : témoin les Précieuses ridiculH. L'abus qu'on en a fait ne date guère que de nos jours. Peu de pièces démontrent mieux que les Faux Ménages les vices du genre. La série de médaillons que dessine l'auteur et qui représentent de vrais faux ménages, ne sert qu'à encadrer un sujet principal qui n'est presque pas un tableau de faux-ménage, •qui est une aventure d'inclination contrariée. Avec les faux ménages accessoires, qui sont du domaine du Taudeville, nous tombons bien au-dessous du niveau habituel des choses; nous nous élevons bien au-dessus avec l'inclination contrariée d'Esther et de Paul, qui est belle et vertueuse; tout le long de la pièce, nous sommes réduits à nous demander ce qu'a voulu au juste peindre l'auteur, si c'est le désordre des passions oul'héroïsmedelafemme régénérée ou l'admirable folie •d'une âme droite et chaste, pour qui le monde n'est rien, ou les représailles brutales de la loi sociale. En tout
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cas, il n*a ni dressé la caractéristique du faux ménage dans ses traits universels, ni décrit une variété particulière de l'espèce ou une espèce saillante du genre. Ajoutons que M. Pailleron n*est point à Taise avec les mœurs vicieuses, et qu'il n'est pas plus fait pour prendre en leur exacte mesure les dérèglements que les fougues sublimes. Sa main si adroite s'alourdit quand il y touche. Il est possible qu'il existe quelque part des abrutis tels que le comte Ernest des Faux Ménages ou de jeunes gentlemen^ aussi inconscients dans leur coquinerie que M. René de Rive à' Hélène, Mais il faudrait nous les expliquer. Tous deux sont inexplicables dans les conditions où nous les produit M. Pailleron.
M. Pailleron veut-il enfin se préparer à produire un chef-d'œuvre complet? Veut-il savoir comment on s'y prend pour incarner un ensemble de circonstances réelles dans un caractère vrai et un personnage vivant? Teut-il se donner une bonne leçon de style et goûter en sa franche éclosion la langue du vers? Il n'a pas besoin de chercher plus longtemps ses modèles hors de chez lui. Qu'il relise le second acte de VAge ingrat et qu'il se récite chaque matin à lui-môme deux ou trois répliques du Chevalier Timmeaul
C'est la perlede son écrin, le Chevaîitr Trumeau]
C'est le régal le plus friand qu'on ait servi depuis longtemps à ceux qui sont de la pure France. Palsambieu I Voilà enfin parler français 1 Avec Penrfan^/e bal, qu'enlèvent si lestement mesdames Reichemberg et Samary, le Chevalier Trumeau est le dernier en date des ouvrages de M. Pailleron, tous les deux en une seule scène. A Pendant le bal, je préfère de beaucoup le Chevalier Trumeau, que M. Pailleron, je ne sais pourquoi, n'a donné à aucun théâtre. Pendant le bal n'est encore que le plus réussi des à-peu-près de M. Pailleron ; ce gentil caquetage sur le bal n'en rend pas toute la fièvre délicieuse. Dans le Chevalier Trumeau, il y a plus qu'une conversation en vers ; il y a une action pressée et vive, une ravissante petite comédie de l'éternel féminin ; les alexandrins y sont de la bonne facture, l'expression créée, le mot en sa place. Depuis le cri de révolte d'Isabelle, qui nous transporte tout de suite dans l'empire éthéré du caprice.
Et moi, bien aux regrets de dire : « Non mon père !...»
jusqu'à sa languissante capitulation :
Ah! vilaine Marton, ce sera bien ta faute!
c'est tout le pétillant langage de la fantaisie comique ; c'est une pluie rafraîchissante de vers robustes, de vers alertes, de vers pleins, de vers imagés, de vers distillés et perlés. Tout porte. Avec .chaque seconde
naît un mouvement nouveau du cœur et de l'esprit, et avec chaque mouvement de l'esprit ou du cœur, s'élance le vers subit et insolent, qui vous a un air de gloire, comme s'il savait et comprenait lu i-mêmp qu'il est on ne peut mieux pris en sa taille de souple acier.
Le second BiCiederAge ingrat a aussi jailli d'un seul jet. La comtesse Julia Wacker est vivante, frappante et au juste point. Elle a bien encore un léger tort ; c'est d'être née près de deux ans après la miss Clarkson de M. Dumas, et de traiter le commandant de Sauves, comme son illustre atnée traite le duc Maxime de Septmonts. IX est dit qu'à chaque sillon où M. Pai!leron met le pied, il se lèvera un vol de réminiscences. Mais, Julia Wacker ne fût-elle qu'une transposition de miss Clarkson, la transposition a été, cette fois, exécutée de main d'ouvrier. D'autres avant M. Dumas et sa miss Clarkson, avaient déjà esquissé quelques traits de la physionomie de l'étrangère à Paris {les CurietiseSy Dora, etc., etc.). D'autres, après l'énergique condensation de M. Dumas, avaient le droit de revenir sur un type général qu'il a spécialisé en le colorant de romanesque. La comédie de M. Dumas, en effet, perd beaucoup de sa portée au moment où l'on s'aperçoit qu'elle n'est plus que l'épilogue des aventures d'Atar Gull et de l'oncle Tom. Le grand avantage de M. Pailleron sur ceux de ses contemporains qui se sont proposé avant lui de dessiner ou dépeindre l'étrangère à Paris, c'est de n'avoir pris de l'étrangère que ce qui est l'étrangère même. Nul n'a
marqué d'ane psychologie plus spirituelle ni mis plus vivement en relief la nature de ce brillant parasite, le .genre de ferment qu'il a apporté dans les mœurs françaises et comment il les désorganise.
M. Pailleron n'a rien tourné au noir; ce n'est plos depuis longtemps son goût. Il n'a pas cherché la vigueur; ce n'est pas son génie, et il n'eût rien créé d'aussi vigoureux que miss Glarkson. Il est cependant allé bien au vrai des choses et bien au fond. Julia Wacker est-elle Anglaise ou Américaine? qui le sait ! Que faisait-elle Tan dernier à Madrid et que fait-elle cette année à Paris ? Allez le demander à Rome I N'estce qu'une Célimène ? Est-ce une baronne d'Ange? Estce pis ? Ce serait tout bonnement une fort honnête personne, quakeresse, épiscopale, méthodiste ou unitarienne, venue en Europe pour se distraire des «aints dimanches de Philadelphie, que nous n'en «erions pas surpris. Ce vague et cet indéterminé, que 41 'a pas miss Clarkson, mettent le sceau à Julia Wacker. lis combinent en elle la double dose propor- •lionnellede vérité et de poésie qui fait qu'un caractère emplit toute la perspective de la scène. Si la comédie •de VAge ingrat, au lieu d'être dispersée entre deux ou trois actions et une vingtaine de personnages qui sollicitent tous une part égale d'intérêt, se trouvait concentrée autour de la seule Julia Wacker, si celle-ci était le personnage générateur des trois actes de la pièce, au lieu de jouer dans le second un rôle épisodique, mal annoncé par le titre, M. Pailleron aurait •enfin traité en maître l'un des grands sujets de corné*
die de caractère que fournit au poète dramatique Tétat actuel de la société parisienne. Il eût tenu son chef-d'œuyre.
Ce chef-d'œuvre, il le doit au théâtre contemporain et à sa propre renommée. Avec sa vie si heureusement et si sérieusement fondée dès le début, avec ses dons naturels qui ont trouvé si vite leur emploi, M. Pailleron, à quarante-six ans, n*est déjà pas bien excusable de ne Tavoir pas encore écrit. Nous ne serions guère excusable nous-même d'avoir tant insisté sur les insuffisances de son aimable et charmant théâtre, qui, en définitive, plaît et mérite de plaire, si nous n'étions persuadé qu'il porte en lui quelque chose d'achevé, qu'il n'a pas fait sortir et que nous sommes en droit d'exiger. Par l'effet de cette nonchalance, que nous lui avons reprochée, M. Pailleron ne se connaît peut-être pas assez luimême. Gomme il n'a pas su ce que ses reins refusaient de porter, il n'a pas su non plus ce qu'ils ont de vigueur et de souplesse. S'il s'est attaqué deux ou trois fois à des sujets qui restaient au-dessus de son niveau acquis, il n'a jamais développé complètement son originalité native. M. Pailleron n'en peut rester là. Il ne voudra pas que la postérité, quand elle fera son inventaire, soit réduite à diviser la somme de ses ouvrages en deux catégories : ceux où il n'a pas su obliger son talent à produire, en la forme accomplie, tout ce qu'il contenait, et ceux où il l'a faussé en prétendant le contraindre à donner ce qu'il ne conte-
nait pas. Après tant de tableaux spirituels et fins, auxquels manque le dernier coup de pouce de Tartiste, nous attendons l'œuvre maîtresse de sa veine. Le moment est venu avant que sonne pour lui la cinquantaine, âge ingrat pour la poésie comme pour la galanterie ; car c'est Tàge où nous dit son adieu déûnitifla compagne ailée et toujours souriante de notre vie, rimagination, qui n'aime pas plus l'approchante vieillesse que l'Amour et la Fortune.
{Figaro, 2 avril 1881.)