PHYSIONOMIES DE THÉÂTRE
a LA FUITE D'ULYSSE »
OÙ sont les sources vraies de l'opérette? Qui a inventé Topérelte et le genre héroï-comique?
Les uns disent : C'est celui-ci, et les autres : C'est celui-là. On cite Crémieux, Halévy, Meilhac. Il y a des érudits qui se prononcent pour Scarron et le VirgiL travesti; quoiqu'on ne trouve pas dans le Virgile ira vesti ce je ne sais quoi d'épique qu'on remarque dans la marche des dieux d'Oî^hée aux Enfers ou dans la scène des rois de la Belle Hélène, et sans quoi l'opérette perd sa haute saveur. Quelques-uns évoquent le nom de Lucien. Moi, je n y vais pas par quatre chemins ; j'ai une opinion radicale ; le seul et unique inventeur de l'opérette, c'est Homère en personne; le même génie primordial a créé d'une part Tépopée, de l'autre le genre héroï-comique et l'opérette.
Je n'en voudrais pour preuve que le cinquième chant de VOdyssée, que je relisais ces jours derniers. Le poète y conte la séparation d'Ulysse et de Calypso. Mais oui, vraiment, c'est une opérette I Mercure,
Galypso et Ulysse, ce coquin d'Ulysse au cerveau plein de manigances, icoXufATî^^àv OSuff^suç, sont des héros tout taillés d'avance — dût Tombre de Paul de Saint-Victor en frémir — pour le théâtre des Variétés» Il n'y aurait rien, ou presque rien, à changer au dialogue, rien aux sentiments et aux gestes des principaux acteurs de la large idylle de VOdyssée,.i^Q\ir en tirer Topérette dans toute sa fantaisie et dans tout son réalisme.
Gela pourrait s'intituler : la Fuite d'Ulysse.
Aujourd'hui que l'on soigne tant le décor au théâtre, le décor serait charmant, si on l'arrangeait tel que le dessine Homère. Sur le premier plan, à gauche du spectateur, une fontaine qui jaillit eDtre les peupliers et à l'ombre d'une vigne chargée de fruits; à gauche, la grotte fraîche et friande où pendant si longtemps, chaque nuit, Ulysse etCaiypso^ dit le vieil Homère,
Je ne traduis pas; cet Homère est d'une crudité et en même temps d'une grâce!... Au fond de la scène, on verrait une molle prairie, émaillée d'aches et de violettes, que caresse le flot salé; derrière la grotte» des pans et des déchirures de roc^
BOXàBE ET L OPÉRETTE. 323