‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 56 sur 62 · LE DÉGENNAT DE M. PERRIN · texte numérisé non relu

LE DÉGENNAT DE M. PERRIN

diens, et Ton ne s'en aperçoit que trop quand d'aventure ils donnent le Mariage de Figaro, le Malade imaginaire, le Misanthrope l Quelle déroute! Ils n'essayent même plus de jouer, sachant qu'ils n'y réussiront pas! Mademoiselle Samary vous débite le rôle de Toinon avec le plus dédaigneux laisser aller. Moi, Toinon? Fi! fi! Moi, une personne qui sait combien elle a de grâce et de gentillesse quand elle assiste, en qualité de miss américaine, à un mariage comme il faut! De son côté, Thiron, qui a été haut fonctionnaire contemporain dans Bataille de Dames, Thiron amortit tout le plus qu'il peut dans le rôle d'Argan. Il n'en veut pas, d'Argan ; il tâche à se donner l'air d'un préfet qui a pris médecine.

Personne ne peut demander qu'on se prive des qualités et de l'expérience de M. Perrin. Mais il est temps que l'autorité supérieure intervienne plus énergiquement qu'elle ne l'a fait jusqu'ici dans la direction et dans la discipline de la Comédie. Non point certes dans la direction et la discipline quotidiennes, celles-là ne doivent appartenir qu'à l'administrateur et au comité. Mais la Comédie est une institution d'État, et les autorités supérieures de l'État ont le devoir de préserver les principes d'où l'institution est née. C'est une partie fort sérieuse de la politique en France que la haute direction de la Comédie-

Française. Il n'est pas besoin d'un sous-secrétaire d'État ni d'un ministre des beaux-arts si cette haute direction ne réside pas effectivement en eux et s'ils n'en sont pas effectivement responsables. On nous assure que M. Perrin, à son âge et avec sa renommée, n'entend subir ni ordres ni conseils d'en haut. En estil réellement ainsi? Alors, mais seulement alors^ nous aurons le regret de dire : M. Ferry et M. Turquet n'ont plus qu'à laisser partir M. Perrin ou à partir eux-mêmes. Nous ne doutons pas que les modernes, à qui M. Perrin est si propice, ne soient prêts à élever vivement la voix en sa faveur. Il y a des morts qui ne peuvent pas parler et qu'il faut pourtant que le ministre écoute. Us s'appellent Corneille, Racine^ Molière, Regnard, Dufresny, Marivaux, Le Sage^ Piron, Gresset, Destouches, Beaumarchais, Voltaire, PoQsard. C'est pour eux que la Comédie a été fondée^ ou plutôt c'est eux qui l'ont fondée et fait vivre. On les écarte de la maison ; ils ont droit d'y rentrer. Le moins qu'en puisse imposer à la Comédie-Française» c'est de jouer le répertoire deux fois par semaine et de varier Tafflche de ces deux jours autant qu'il sera possible sans accabler les comédiens.

[Bévue Bleue, 23 mai 1880.)

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