‹ Le théâtre et les MoeursChapitre 58 sur 62 · FAVART, SARAH BERNHARDT ET PERRIN · texte numérisé non relu

FAVART, SARAH BERNHARDT ET PERRIN

Lecouvreur le seul drame où Sarah Bernhardt n'a pas besoin de faire l'effort de se figurer qu'elle est une autre qu'elle-même. Elle y parait accomplie, non parce qu'elle y est comédienne, mais parce qu'elle ne Test plus. Pas si bêtes, les Américains! En mademoiselle Sarah, dont ils sont fous, ce qu'ils admirent, c'est la créature plus que terrestre qui est la première entre les personnes de son sexe. Ces êtres rudes, polybarbus et virginaux, qui représentent en ce moment dans l'humanité le suprême masculin, ne peuvent s'étonner assez qu'il vive sous le soleil une femme qui ait tant de grâce et de souveraineté dans la démarche, tant de flamme pure et de passion dans les attitudes, tant de chasteté dans le geste, une voix si désorganisatrice du cœur de l'homme. Ils se soucient bien des tragédies qu'elle joue et si elle est ou non tragédienne !

Mademoiselle Favart l'est. Mademoiselle Favart possède toutes les ressources et toutes les règles de l'art du comédien.

Elle s'est élevée lentement et par une longue patience. De 1865 à 1870, il s'en fallait de bien peu qu'elle n'eût atteint le sommet de son art. Il s'en fallait pourtant de quelque chose, et je crois bien que ce quelque chose n'eût jamais été tout à fait franchi, quand bien même, depuis 1872, la direction

actuelle de la Comédie n'eût pas comme jeté au rebut cette admirable artiste. Au moins il ne lui manque presque rien, quand presque tout manque à telle ou tel de ses camarades dont les jolies brebis de Panurge du mardi font fracas. Elle pouvait être à son gré Célîmène ou Arsinoé, Andromaque ou Hermione, Mérope ou Phèdre, héroïne de Musset ou de Moi i ère. Si on l'eût mise au Marivaux, elle y eût balancé Plessy. Lui donnait-on Paul Forestier, un drame familier et superbe? Elle Tenlevait sans lui faire quitter terre. Lui donnait-on Julie, une esquisse psychologique touchante et enveloppante, mais scéniquement un peu maigre? Elle s'y prenait si bien que tout y semblait large et proportionné. Que je regrette donc qu'on ne l'ait jamais vue, il y a dix années, faisant Bérénice à côté de Delaunay faisant Antiochus L Comme il lui eût dit :

Je vous cherchais longtemps, errant dans Césarée, Lieux charmants où mon cœur vous avait adorée!

Et comme elle lui eût répondu :

Adieu I servons tous trois d*exemple à l'univers De Tamour la plus tendre et la plus malheureuse Dont il puisse garder lliistoire douloureuse !

Ce 'serait là des délices I Avec Delaunay, elle a quelquefois joué le Menteur : elle y était d'un enchantement tout romantique. Car, qu'ils étaient donc, eux aussi, énervants et agaçants, 6 dieu du Pinde et

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