FAVART, SARAH BERNHARDT BT PERRIN
de THéliconl ceux qui, vers 1830, se sont figuré qu'ils inventaient et créaient de toutes pièces la poésie romantique dans un pays où nous possédions déjà le Menteur^ Psyché^ Amphitryon et son prologue, Don Sanche, Don Juan, le Barbier de Sévillel Ils en ont inventé seulement le décor extérieur et le cliquetis.
Mademoiselle Favart a cruellement expié, sous M. Perrin, sa longue domination sous M. Thierry. Celui-ci, dit-on, ne savait pas lui résister. Doux et de mœurs réglées, il semblait qu'il se fût fait de mademoiselle Favart une sorte de Madone de Tart qu'il honorait d'un culte tout intérieur et pour qui il tremblait sans cesse de concevoir quelque sentiment plus brûlant dont la pure religion a horreur pour ses déesses. Elle s'apercevait bien de cet état d'esprit d'un fort honnête homme et d'un homme de beaucoup de goût. Ce n'était pas pour elle une raison de lui ménager les prétentions, les réclamations et les assauts. Elle a été le tyran de la Comédie-Française. Elle y absorbait les créations. Elle en fermait, tant qu'elle pouvait, les portes. Pour introduire à la Comédie quelque artiste supérieure dont le talent ravissait Paris (entre autres madame Victoria Lafontaine), il fallait un acte d'autocratie ministérielle ou que l'empereur lui-même s'en mêlât. Qui sait si cette hégémonie de Favart n'a pas été l'une des causes de la chute de M. Edouard Thierry, qui certes n'admirait pas trop s8l prima donna, mais qui laissait à cette admiration trop d'empire sur lui? Le nouveau pou-
voir directorial inauguré en 1871 ne mit pas légalement mademoiselle Favart à la retraite ; il la mît réellement en retrait d'emploi. D'autres régnèrent et brillèrent. Quelles tortures morales elle a subies pendant dix années I Qui n'a pas eu affaire à des &mes de comédienne ne s'en doute pas. Quand par-ci par-là on l'autorisait à paraître sur la scène, elle jouait en conscience, mais du bout des lèvres et du bout des gestes; on ne sentait plus l'artiste qui lutte avec la salle, l'embrasse de plein, l'enlève ou la terrasse ; elle semblait désormais sans ressort, elle dont le talent n'a été qu'une conquête de la volonté et du courage. Elle s'est à la fin lassée des dégoûts dont on l'abreuvait. Elle a dit adieu à la Comédie ; l'Odéoa s'est dépêché de l'engager. M. Sarcey remarquait, il y a quelques mois, que la semi-inactivité de mademoiselle Favart l'a démodée. Bien des gens ne lui trouvent plus que des restes. Ils font, je crois, erreur. Ces restes-là, en tout cas, sont des restes de Bassompierre. On le verra bientôt à l'Odéon.
Enfin, la Comédie-Française garde mesdemoiselles Baretta, Bartet, Lloyd, etc. C'est gracieux et gentil sans doute. C'est bien menu. Mademoiselle Croizette est comme une ample étoffe qui est restée à peu près à l'état écru. Il n'est guère que madame Samary, de la maison Brohan, qui roule dans son sang des traditions de grand art. Encore met-elle aux rôles de soubrette un laisser aller et un sans-gêne qu'elle aurait tort de persister à prendre pour une des qualités de l'emploi.
FAVAnT, SADAH BERNHARDT ET PEnniN 353
Une clameur s'élève de nouveau contre M. Emile Perrin. Il y a de nouveau anguille sous roche contre lui.
Le feuilleton que M. Sarcey vient de faire tomber sur la tète de messieurs les comédiens ordinaires de la République et qui a fait tant de tapage dans Landerneau coïncide avec une lettre bien curieuse adressée aux journaux par M. Doucet, de TAcadémie française. M. Doucet rectifie le bruit qui a couru, qu'il avait demeuidé et obtenu la succession de H. Perrin. La lettre de M. Doucet établit trois choses : 1® qu'un secrétaire perpétuel de l'Académie française ne peut plus former d'ambition qui ne soit au-dessous de lui ; 2* et par conséquent, que le secrétaire perpétuel actuel ne demande rien à personne; 3® que d'ailleurs personne, probablement, ne songe à lui rien offrir» Diantre I c'est ce dernier membre de phrase qui sent terriblement l'anguille. Oh! sous roche! tout à fait BOUS roche! Mais une véritable anguille! Personne n'offre rien; si quelqu'un offrait quelque chose, ce serait peut-être à voir.
Le parti républicain ne manque pas d'hommes compétents, entre autres M. Sarcey et M. Henry Fouquier, qui seraient en situation de recueillir l'héritage de Mv Perrin, si celui-ci se retirait. Le voudront-ils? L'héritage sera lourd pour bien des raisons diffé-
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rentes : à cause des qualités rares et de rexpérience que possède M. Perrin ; à cause du nouvel esprit dont il a animé les comédiens ; à cause de son bonheur^ qu'il emportera avec lui. Nous avons expliqué plus haut à nos lecteurs le caractère de la révolution que M. Perrin a opérée au Théâtre-Français. On peut trouver un administrateur général d'assez grand goût pour comprendre la nécessité de la contrerévolution dont M. Sarcey a esquissé maintes fois le sage programme, d'une volonté assez énergique pour Topérer malgré les grincements de dents des comédiens et les pleurs des comédiennes, qui verront d'abord leurs profits baisser. On peut aussi trouver un administrateur général qui, sans être doué des qualités propres à M. Perrin, en aura d'équivalentes, avec le même dévouement de toutes les minutes à son œuvre, avec la même absorption complète dans les devoirs de sa fonction. Mais le bonheur de M. Perrin, ce bonheur qui ne s'est jamais démenti et qui fait tout réussir I Voilà ce qui est introuvable I Une tâche à accomplir bien plus rude que celle de M. Perrin ! car on n'aura plus sous la main la troupe complète et adonnée aux bonnes règles que M. Edouard Thierry avait léguée à son successeur — et pas le bonheur de M. Perrin I
En quoi consiste donc et d'où vient donc ce bonheur proverbial de M. Perrin? Est-ce que cela peut se savoir et se définir? Mais ce bonheur est certain; on le touche du doigt à chaque instant, dans la longue carrière du célèbre directeur. Exemple : M. Alphonse