FAVART, SARAH BERNHARDT ET PERRIN
Royer reçoit, avant de quitter TOpéra, le Roland de M. Mermet ; M. Emile Perrin le joue : succès foudroyant. Beaucoup de gens proclament que nous avons un second Meyerbeer. M. Emile Perrin reçoit, avant de quitter l'Opéra, la Jeanne ^Arc du même M. Mermet; M. Halanzier la joue; patatras! Voyons encore: M. Carvalho, au théâtre Lyrique, met en scène le/'aM^^deM. Gounod, et il appelle à Paris mademoiselle Nilsson. M. Bagier, au théâtre Italien, devine et met en lumière des artistes tels que Naudin et mademoiselle Krauss, sans compter la Patti. Le premier se ruine. Le second est mort, il n'y a pas longtemps, dans la détresse. Agissant à coup sûr, M. Emile Perrin, tout bonnement, recueille à FOpéra le Famt révélé par M. Carvalho, et tout tranquillement il engage, l'un après l'autre, Naudin, Nilsson, la Krauss, les grands artistes devinés ou produits par M. Carvalho et M. Bagier. Tout Paris court à l'Opéra applaudir la Krauss, Nilsson, Naudin, et il semble que ce soit à l'Opéra qu'on ait représenté Fau&t pour la première fois. Exemple encore : M. Edouard Thierry reprend Hemani à la Comédie, vers la fin de l'empire. Succès sans doute; mais succès seulement convenable, malgré tout ce que l'esprit d'opposition pouvait alors ajouter à l'admiration pour le génie de Victor Hugo. M. Perrin monte Hemani à son tour en des circonstances bien moins favorables : c'est une série de triomphes et d'apothéoses. Les petits amis de mademoiselle Sarah nous disaient : « Hein? Ce que c'est pourtant que la différence de Sarah d'avec Favart ! »
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Et le raisonnement paraissait plausible I Mademoiselle Sarah est aux montagnes Rocheuses : les recettes d'Hemani n'ont pas baissé de vingt-cinq francs. Tout cequi perdrait un autre que M. Perrin glisse impuissant sur M. Perrin insensible. Le désir du repos le prive de Régnier ; des infirmités précoces lui enlèvent Bressant ; il congédie Ârnould-Plessy ; Sarah s'envole ; Favart, le cœur brisé sous d'incessantes humiliations, se sépare du théâtre qui fut sa gloire : qu'importe? Chaque soir, on fait salle comble et recette maximum.
L'argent n'est pas tout. M. Sarcey le dit et j'en suis d'accord. Ce vil argent est pourtantsi nécessaire dans un théâtre I Quand M. Perrin se retirera, je vois d'ici le nouvel administrateur en fonctions. D'abord il assiste à la débandade des abonnés du mardi et du jeudi. Pas grande perte pour l'art I dira M. Sarcey. Oui ; mais pour la caisse ! Ensuite, à la première tragédie qu'on monte, la feuille de location reste à moitié blanche. « Bon celai dira M. Sarcey. La subvention est faite pour pourvoir à ces accidents. » Oui; mais bientôt quels cris dans le public et dans les journaux contre le nouvel administrateur, qui aura cependant cent fois raison contre les journaux et le public! Qui sait si H. Sarcey lui-même ne se plaindra pas d'être assis trop à Taise aux sermons de Roxane et de Mithridate? Ah ! j'aimerais bien voir quelquefois Bérénice à