‹ Le théâtre et sa législationChapitre 11 sur 57 · COMÉDIE-FRANÇAISE · texte numérisé non relu

COMÉDIE-FRANÇAISE

La Révolution, qui avait ruiné TOpéra, ruina également la Comédie-Française. Dès 1790, une loi des 11-20-21 septembre rejeta du compte du Trésor public la dépense relative aux pensions des Comédiens Français et Italiens, à la garde militaire des spectacles et aux pompes à incendie. L'année 1791 vit aussi s'écrouler, avec le monopole que la

» Loi de finances du 29 mars 1897. Il est alloue^, en outre, un crédit de 80.000 francs destiné à la location de la salle. * Même loi.

Comédie avait si jalousement défendu tout au long du siècle, les droits qu'elle possédait sur son vieux répertoire, en attendant qu'enfin elle disparût elle-même.

Deux partis s'étaient formés parmi les sociétaires, à l'image de ceux qui bouleversaient le pays: celui qui, par conviction ou par intérêt, par haine des situations acquises et par espoir de voir tomber les règlements contre lesquels se heurtait l'ambition impatiente, embrassait avec passion la cause républicaine, la cause de tous les humbles ; et celui qui regrettait l'apparat des représentations de Versailles, les pensions particulières du roi, les gratifications des grands seigneurs, les avantages inappréciables de toute nature dont jouissaient les artistes favoris de la Cour. La lutte s exaspéra pendant les représentations de Charles IX, et il faut bien avouer que les succès inattendus de Talina n'y furent point étrangers. Les représentations de Charles /A' ayant été brusquement interrompues en dépit du vœu général, et Talma ayant cru pouvoir, par une incartade qui, en d'autres temps, Teût fait enfermer au For-l'Evôque, irriter l'animation du public contre le Comité, celui-ci prononça son exclusion. Le Conseil de Ville, qui avait maintenant la direction des spectacles, ordonna à la Comédie de reprendre Talma et de poursuivre les représentations de la pièce que réclamait le parterre. Le Comité allégua, pour la forme vraiment, que les gentilshommes de la Chambre devaient seuls guider ses décisions, mais il céda.

La guerre continua, au milieu des sans-culoif Ides absurdes qui envahissaient peu à peu la scène, et, le 10 avril 1791, à la clôture de Pâques, Talma, Grandménil, Dugazon, M"" Vestris, M*'" Lange * et M"** Desgarcins quittèrent la salle du faubourg Saint-Germain pour devenir les pensionnaires de Gaillard et Dorfeuille, au Théâtre Richelieu.

Au commencement de Tannée 1793, la Comédie, ou pour mieux dire le Théâtre de la Nation, faillit être victime de la

^ M"' Lange revint peu après à la Couédie.

DBS THÉÂTRES SUBVENTIONNES 163

tyrannie de la Commune, dans l'affaire de ÏAtm des Lois K Quelques mois plus tard, une autre querelle surgit à propos de Paméla, une pièce bien innocente cependant, de François de Neufchâteau ; dans la nuit du 3 au 4 septembre, sur Tordre du Comité de Salut Public, Fauteur fut arrêté ainsi que les comédiens : Fleury, Dazincourt, M"" Contât, Devienne, Joly... Seul, Mole put échapper et trouva grâce, on sait à quelles tristes conditions ^ !

Délivrés de prison après le 9 thermidor, les comédiens retournèrent au faubourg Saint-Germain : mais ce quartier, en raison des habitudes nouvelles, se trouvait maintenant trop éloigné pour que la fortune les y suivît. La direction du Théâtre Feydeau^ leur proposa de venir alterner avec sa troupe d'opéra-comique. Ils acceptèrent, mais se repentirent bientôt, du moins ceux qui jouaient la tragédie, genre qu'on laissait à peu près de côté. Une partie de la troupe émigra vers la salle Louvois, dont le Directoire, bientôt, lit brusquement fermer les portes, ce qui provoqua une seconde tentative, mais non plus heureuse, au vieux faubourg.

En 1798, le directeur de Feydeau essaya de réunir la troupe du Théâtre de la République, où le public ne fréquentait plus, aux Comédiens français qu'il avait conservés comme pensionnaires. 11 loua la salle Richelieu et celle de TOdéon, et exploita en partie double jusqu'à ce que son entreprise eût périclité, ce qui ne tarda pas. Au mois de janvier 1799, le Théâtre de la République fut encore contraint à une clôture. Quelques-uns des acteurs, qui s'étaient déjà séparés du directeur malheureux pour se former en société à I'Odéon, s'y maintenaient tant bien que mal, lorsqu'un incendie dévasta leur spectacle, dans la nuit du 18 au 19 mars de la même année.

* Voir notre chapitre intitulé : La Censure depuis la Révolution.

^ Ibid.

3 Le Théâtre de Monsieur, en quittant les Tuileries, était venu s'installer rue Feydeau. Abandonnant bientôt le genre de l'Opéra italien, il était devenu le rival du Théâtre Favakt. Tous deux se réunirent en 1801, le 16 septembre.

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Le Directoire, à la suite de ces événements, fit de louables efforts pour reconstituer un Théâtre-Français, et l'honneur de cette initiative revient à François de Neufchâteau, alors Minisire de Tlntérieur. II avait sans doute à cœur, lui Fauteur de Paméla. d'indemniser les glorieux proscrits des infortunes que sa pièce leur avait coûtées. La salle Richelieu fut choisie. Elle fut ouverte le H prairial an VII (31 mai 1799).

En vertu d'un arrêté consulaire du 6 frimaire an XI, la Comédie-Française fut placée sous la surveillance et la direction principale d'un préfet du Palais, le matériel et la comptabilité demeurant dans les attributions du Ministre de l'Intérieur. Puis, le 28 nivôse de la même année, ledit préfet du Palais, M. de Rémusat, prit un arrêté décidant que l'exploitation serait mise entre les mains d'associés, à l'effet de quoi devait être passé un acte de société.

Cet acte, passé devant M^ Hua, notaire, le 27 germinal an XII, offre une importance considérable. En voici le texte complet:

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