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40 LE THEATRE FnA^'ÇAIS AVANT LA PhîRIQDE CLASSIQUE
Marchand et Bruguet, notaires, par lequel iceux compagnons comédiens promettent de représenter comédies moyennant le prix mentionné audit marché. » Que jouaient ces comédiens ? Probablement des pièces de l'ancien répertoire, mais qui, jouées autrement et mieux par des comédiens de profession, pouvaient attirer davantage le public * . Avec cela des farces : le peuple n'aurait pas pu s'en passer, et les lettrés eux-mêmes y riaient volontiers, tout en en médisant ^.
Combien de temps la troupe d'Agnan Sarat représenta-t-elle à l'hôtel de Bourgogne ? On ne le sait ; mais Agnan lui-même dut fournir sur ce théâtre une assez longue carrière, puisque une pièce des Muses gaillardes
1. G*est ce que semblent indiquer quelques vers d'une pièce des Muses gaillardes, le haut de chausses du courtisan : .
Combien de fois ta belle soie A revêtu le roi de Troie Et les cbevaliers d'Amadis, Quand Agnan à la laide trogne Jouait à l'Hôtel de Bourgogne Quelque histoire du temps jadis.
Le roi de Troie et le chevalier Amadis sont des personnages de moralités ou de mystères profanes. (Voy. les Muses Gaillardes recueillies des plus beaux esprits de ce terrfps, par A. D. B, Parisien. Seconde édition... MDCIX. Réimpression de Mertens, Bruxelles, i864. petit in-ia, p. i84-5. — On retrouve la même pièce dans le Cabinet satyrique, avec une légère variante, sous le titre de : Sur le haut de chausses d'un courtisan ^ par le sieur de Bouteroue. Voy. la nouvelle édition complète revue sur les éditions de 1618 et de 1620 et sur celle dite du Mont- Parnasse, sans date. L'an MDCCCLXIV, a vol. in-12, t. II, p. i4.)
2. « Ayant depuis cinq jours en çà conféré avec M. Agnan, qui nous est apparu embéguiné, enfariné, tel que les sots de mon royaume l'ont vu et pratiqué en notre hôtel de Bourgogne. » Ainsi lisons-nous dans une brochure, malheureusement sans date, le Légat testamentaire du Prince des sots, à M. C. d'Acreigne, Tullois, avocat en parlement... Ainsi signé : Angoulevent, prince des Sots, et scellé de cire invisible. (Éd. Foumier, Variétés historiques et littéraires, t. III, p. 354.)
LC& THEATRES DE PARIS DE l548 A l635 4l
rappelle encore son nom en 1609, et puisque Tallemant se souvient de lui dans le chapitre où il nomme les principaux comédiens français » : <c Agnan a été le premier, dit-il, qui ait eu de la réputation à Paris *. »
Ainsi des comédiens de profession s'étaient fait entendre à Paris, mafis les privilèges des confrères avaient été respectés. La tentation était grande cependant pour les troupes de campagne ou celles de nationalité étrangère de se produire dans la capitale, sans donner à de grossiers artisans une bonne partie de leur gain. Ui^e troupe italienne avait-elle cédé à cette tentation vers i583, ou avait-elle au contraire loué leur salle aux maîtres de la Passion P Nous ne savons ; mais c'est certainement à la suite de représentations théâtrales, que permission fut donnée « auxdits maîtres de faire saisir et arrêter ce qu'ils pourraient trouver appartenir à Baptiste Lazarot *, Italien, pour sûreté de ce qu'il leur pouvait devoir, à cause de demi-écu par chacune semaine qu'il leur avait été ordonné être payé par lui ^ ». En i584f une autre troupe, qui paraît française, s'était installée à l'hôtel de Cluny, près les Mathurins ; le Parlement mit bon ordre à ce scandale : il fit défenses aux comédiens « de jouer leurs comédies ne faire assemblée en quelque lieu de cette ville et faubourgs que ce soit, et au concierge de Cluny les y recevoir, à peine de mille écus d'amende * . » En i588, nouvelles troupes, l'une française, l'autre italienne : les
1. Les historiettes de Tallemant des Réaux, t. VII, p. 170» — V. Fournel (^Histoire de l'Hôtel de Bourgogne, en tête du tome I«' des Contemporains de Molière, p. xKxii)dit qu*Agnan était mort en i6i5 ; il semble qu'il le fût depuis quelque temps en 1609.
2. C'est-à-dire Battista Lazaro. Baschet ne sait rien sur ce comédien ni sur sa troupe. Voy. Comédiens italiens, p. 83-4.
3. Requête présentée à M. le lieutenant civil... et de lui répondue le la février i583. £ud. Souiié, p. i53.