Nasse, stances en tète de Théagène et Cariclée
4* Guillcbert, en tête du tome IV.
modifier sur ce point. L'esclavage que Hardy a subi toute sa vie, on tend aujourd'hui à croire que Théophile et Rotrou eux-mêmes Tont subi, pendant plusieurs années*.
Citons quelques pages, d'ailleurs curieuses et caractéristiques de l'état du théâtre, qu'on a souvent empruntées au Page disgracié, cette autobiographie du poète Tristan l'Hermite. La scène se passe au LouVre, et Tristan» tout jeune encore, mais déjà joueur et souvent aux prises avec le sage précepteur qui voulait l'assagir, est page du non moins jeune Henri de Bourbon, duc de Verneuil, un fils naturel d'Henri IV qui, en 1608, âgé de sept ans, a déjà été pourvu de l'évêché de Metz :
« Ma gentillesse m'acquit l'amitié de beaucoup de gens, et entre autres d'une troupe de comédiens, qui venaient représenter trois ou quatre fois la semaine devant toute cette cour, où mon maître tenait un des premiers rangs. Il me souvient qu'entre ces acteurs, il y en avait un illustre pour l'expression des mouvements tristes et furieux : c'était le Roscius de cette saison, et tout le monde trouvait qu'il y avait un charme secret en son récit. Il était secondé d'un autre personnage excellent pour sa belle taille, sa bonne mine et* sa forte voix, mais un peu moindre que le premier pour la majesté du visage et l'intelligence. J'aimais fort ces comédiens, et me sauvais quelquefois chez eux, lorsque j'avais quelque secrète terreur et que mon
précepteur m'avait fait quelque mauvais signe Un
jour que j'avais eu quelque démangeaison aux poings et que je les avais frottés un peu rudement contre le nez d'un jeune seigneur de mon âge et de ma force, mais non pas de mon adresse, je m 'allai sauver parmi le cothurne.
I. Les associations d'auteurs et d'acteurs étaient alors plus ré« pandues qu'on ne l'a cru. D'après la Bosco-Rohertine, Boisrobert, après la mort de son protecteur Richelieu, se serait associé au farceur Gilles le Niais (voy. Éd. Fournier, Le théâtre fr, au xv!» et au xviie s,, p. 55i).
lOO LE THEATRE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
C'était un jour que les comédiens ne jouaient point, mais ils ne pouvaient toutefois l'appeler de repos : il y avait un si grand tumulte entre tous ces débauchés, qu'on ne s'y pouvait entendre. Ils étaient huit ou dix sous une treille en leur jardin, qui portaient par la tète et par les pieds un jeune homme enveloppé dans une robe de chambre, ses pantoufles avaient été semées avec son bonnet de nuit dans tous les carrés du jardin, et la huée était si grande que l'on faisait autour de lui, que j'en fus tout épouvanté. Le patient n'était pas sans impatience, comme il témoignait par les injures qu'il leur disait d'un ton de voix fort plaisant, sur quoi ses persécuteurs faisaient de grands éclats de rire. Enfin je demandai à un de ceux qui étaient des moins occupés que voulait dire ce spectacle et qu'avait fait cet homme qu'on traitait ainsi. Il me répondit que c'était un poète qui était à leurs gages, et qui ne voulait pas jouer à la boule, à cause qu'il était en sa veine de faire des vers; enfin, qu'ils avaient résolu de l'y contraindre.
ce Là-dessus, je m'entremis d'apaiser ce différend, et priai ces messieurs de le laisser en paix pour l'amour de moi ; ainsi je le délivrai du supplice. Et lorsqu'on lui eut appris qui j'étais, et qu'on lui eut rendu son bonnet et ses mules, il me vint faire des compliments comme à son libérateur et -à une personne dont on lui avait fait une grande estime. Tous ses termes étaient extraordinaires, ce n'étaient qu'hyperboles et traits d'esprit nouvellement sorti des écoles et tout enflé de vanité. Cependant la hardiesse dont il*débitait était agréable et marquait quelque chose d'excellent en son naturel. »
Ici les deux éditions du roman, qui ne se distinguaient précédemment que par des variantes peu importantes, se séparent d'une façon complète. Celle de 1667 termine le chapitre par un passage peu important : le poète des comédiens s'y plaint de l'humeur pillarde de ses confrères.
dont Tun lui a récemment dérobé un sonnet* ; celle de 1643 continue en ces termes : « Dès que nous fûmes entrés en conversation, après avoir gagné une allée où nous pouvions parler plus tranquillement, il me récita quelques vers qu'il avait composés pour le théâtre et d'autres ouvrages où je trouvais plus de force d'imagination, que de politesse. Après l'avoir longtemps écouté, je lui en dis de la façon des plus grands écrivains du siècle, et je les fis sonner de façon que ce poète provincial les admira ; mais il feignit d'admirer beaucoup davantage la gentillesse de mon esprit et flatta si bien ma vanité, que je fis dessein de lui rendre quelque bon office auprès de mon maître, dès que je serais rentré en grâce. Je fus ému à m'employer en sa faveur par d^ux motifs, l'un par l'estime que je faisais de son humeur, l'autre par une compassion que j'avais de sa fortune, ayant appris d'abord qu'on lui donnait fort peu d'argent de beaucoup de vers ^. »
Ici la clef du roman nous donne l'indication suivante, selon nous fort contestable : « Le poète des comédiens, Alexandre Hardy, lequel a mis au jour un grand nombre de pièces de théâtre, qu'il composait au prix de trois pistôles la pièce ^. »
Nous retrouvons le même personnage dans un autre chapitre ; et, comme il importe d'en savoir assez pour découvrir son vrai nom, il nous sera peut-être permis de citer encore :
« Le poète des comédiens, ayant appris que j'étais rentré en grâce auprès de mon maître, ne manqua pas de me venir voir, afin que je le lui fisse saluer, comme je lui
I. Sur cette variante, voir Bernardin, Tristan, p. 5a, n., et le Page disgracié, éd. Diétrich, p 58, n.
a. Le Page disgracié, ch. ix : La première connaissance que le page disgracié fit avec un écolier débauché qui faisait des vers, p. 87 à 96 de la i*"* éd., 54 à 60 de la a®.