LES DÉPENSES ET RECETTES
diens, de songer à Tarmée d'employés qu'un théâtre met aujourd'hui en mouvement, et Ton ne peut même pas s'en tenir aux renseignements de Chappuzeau : « Chacun des deux Hôtels en est pourvu d'un beau nombre, dont les gages montent à plus de cinq mille écus payés très exactement* ». Mais il fallait toujours à la troupe des violons, un décorateur, un copiste, d'autres gens encore, dont les gages devaient lui paraître trop élevés.
Pour couvrir de tels frais et ceux que leur causaient les représentations, les comédiens auraient dû pouvoir compter, ou sur un public fidèle et nombreux, ou sur de libérales protections. Mais les confrères de la Passion ne leur avaient cédé ni l'un ni l'autre de ces avantages ; c'était aux nouveaux venus à les acquérir» tâche longue et laborieuse, dans laquelle les gênaient encore de nombreuses et im-^ portantes concurrences.
La plus redoutable était celle des comédiens étrangers et surtout des Italiens'^. De 1699 à 1624. il vint à Paris au moins huit troupes italiennes, dont la plupart y firent un long séjour. Appelés par Henri IV, Marie de Médicis, Anne d'Autriche, qui négociaient leur arrivée avec le
I. P. aa4. Chappuzeau distingue (p. a3i-a45) les hauts officiers, non payés parce qu'ils font partie de la troupe : trésorier, secrétaire, contrôleur ; et les bas officiers ou gagistes : concierge, copiste, violons, receveur au bureau, contrôleurs des portes, portiers, décorateurs, assistants, ouvreurs de loges, de théâtre et d'amphithéâtre, chandelier, imprimeur, afficheur.
3 . On ne sait rien d'une troupe anglaise signalée à Paris en i6o4. (A.. Baschet, les Comédiens ital., p. loi, n.) Des Espagnols, qui débutèrent k la porte Saint-Germain le 37 octobre 161 3, ne réussirent point. (Voy. Malherbe, lettres des 27 oct. et 24 nov., t. III, p. 35o et 358.) Quant aux soi-disant Grecs qui jouaient dans lîle de la Cité en 1627, voy. ci-dessus, chap. 11, p. 68.
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quoi il y en a beaucoup à Paris qui y prennent plaisir ^ . » Nous avons vu comment le succès d'une troupe italienne, d'ailleurs inconnue, avait forcé Valleran à quitter l'Hôtel de Bourgogne en iSgg. Quel tort ne durent pas lui faire par la suite des troupes fameuses comme les Accesi ou celle d'Arlequin ^ !
Enfin les Italiens partaient, et nos comédiens respiraient . un peu. Mais. ni la cour ni la ville ne se trouvaient pour cela réduites à leurs seules représentations. La cour avait les siennes, aussi luxueuses que celles des comédiens étaient simples et misérables ; elle avait ses ballets, qui longtemps à l'avance occupaient tous les courtisans, et qui étaient dansés avec le plus grand apparat^. La ville avait les représentations que donnaient parfois d'autres comédiens français.: Laporte en 1609 et 16 10, Claude Husson en 1610 et i6i4, Le Noir en 1625 et 1629, d'autres encore. Gomme les Italiens, Husson et Le Noir, à deux reprises, jouèrent à l'Hôtel de Bourgogne à côté même des comédiens royaux ; et l'on devine combien grand fut le dépit de ceux-ci, combien fut précaire leur situation, lorsque Le Noir, en 1626, occupa seul l'Hôtel de Bourgogne, pendant qu eux-mêm^s erraient à la recherche d'une salle.