‹ Le théatre français avant la période classiqueChapitre 80 sur 140 · Vie de Molière, (dans Fournel, Curiosités, p · texte numérisé non relu

Vie de Molière, (dans Fournel, Curiosités, p

4. Apologie du théâtre ^ p. 84-85. Ajoutons, pour être juste.

LES ACTEURS ET LE PUBLIC tgS

Cependant, à la date où s'arrête notre étude, les comédiens de THôtel de Bourgogne commençaient à s'attirer de grands éloges. Rotrou disait, de sa tragi-comédie de Cléagénor et Dorisiée : oc Elle doit les principales parties de sa beauté à ces incomparables acteurs, qui fardent si agréablement les plus laides choses, et qui ont mis la comédie à si haut point, qu'elle est aujourd'hui le plus doux divertissement du plus sage roi du monde et du plus grand esprit de la terre * » . Mais Cléagénor et Doristée avait été jouée vers i634, et Bellerose et sa femme, M^^" Beaupré et Valliot avaient f u jouer dans cette pièce. Hardy avait été moins heureux. Si, pour faire jouer ses tragédies et ses tragi-comédies, il avait rencontré des acteurs ne manquant ni de dispositions ni de moyens, en revanche la cour seule avait paru les écouter avec quelque plaisir ;

quo, dès i6i5. Bruscambille parle tout autrement que nous de la déclamation et du jeu de ses camarades. Peut-être ses éloges sont-ils tout relatifs. « Je m'ose promettre, dit-il, que vous ne verrez point notre troupe ombragée de ces comédiens de la nouvelle crue, qui, d'une voix croassante, et d'une action contrefaite et déréglée, offensent la vue et louïe des assistants. Notre scène ne sera point profanée de ces dagues de plomb en fourreaux d'argent ; car si les acteurs, ou par une bienséance qui leur est particulière, ou par une belle apparence, vous donnent quelque pointe d'appétit, leurs paroles vraiment françaises, qui suivront de près l'action, seront plus que suffisantes de vous rassasier l'esprit et chatouiller 1 oreille. La naïveté, formée sur le patron même do la nature, sera fidèlement observée en nos représentations ; ces graves enjambées à la castillane n'y trouveront point de place ; une prolation à la pédantesque, dont la plupart de ces avortons de Roscie s'empêtrent la langue, sera retranchée et réduite à tme douce prononciation et liaison de paroles, qui donnera une merveilleuse grâce au vers. . . Pour ce qui regarde le récit des vers et le mérite d'iceux, nous aurons pour critiques censeurs un tas de poétastres, plus propres à reprendre qu'à bien faire... » Facecieuses paradoxes (En faveur de La scène, prologue prononcé à Rouen).

I. Avertissement de Cl, et D., i635 (dans les fr. Parfait. t. IV, p. 486-487).

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le >rai public n'avait d'oreilles que pour la farce, et, pour les accents tragiques, la salle de THôtel de Bourgogne n'avait pas d'écho.

Parlons des représentations qui se donnaient dans cette salle ; voyons comment elles étaient annoncées et préparées.

La plupart des auteurs avancent qu'il y avait trois représentations par semaine à l'Hôtel de Bourgogne ^ c'est-àdire qu'ils acceptent comme exacts pour le commencement du siècle les renseignements donnés par Chappuzeau et d'autres pour une période postérieure. Rien ne prouve qu'ils aient raison.

S'il fallait admettre que, dès lors, les représentations se donnaient toujours à jour fixe et en nombre fixe, il serait plus naturel de supposer que ce nombre était de deux: on aurait ainsi une transition entre l'usage de 1097, qui était de ne jouer d'ordinaire qu'une fois par semaine^, et celui de 1660, qui était de jouer trois fois. En iGii, où les comédiens français étaient seuls à l'Hôtel dé Bourgogne, Iléroard cite six visites que leur a faites le roi : trois sont du mercredi, trois du dimanche.

Seulement, j'ai bien peur qu'en demandant trop de régularité aux Valleran et aux Robert Guérin, on oublie qu'ils étaient à plusieurs égards les vrais successeurs des Confrères et qu'ils étaient obligés de suivre en partie leurs errements. Comme eux, ils jouaient parfois des pièces en plusieurs journées : Théagène et Car idée en avait huit ; Pandoste,

I. Fr. Parfait, t. IV, p 2 ; V. Fournel, les Contemporains de Molière^ t. I. p. xxvm; etc.

a. Voy. ci-desBus, chap. n, p. ^3 et 45.

LES UEPIIÉSENTAÏIONS 196

Parthénie, qui se jouaient encore vers 1633, en avaient deux. Comment représentaient-ils de telles œuvres ? En ouvrant leur théâtre trois fois ou deux par semaine ? Cela est-il possible ? Et se figure-t-on aisément une représentation de Théagène qui ne se serait terminée qu'au bout de dix-sept jours ou de vingt-cinq ? Évidemment non ; des pièces construites, à la façon des mystères étaient représentées comme des mystères, pendant plusieurs jours de suite ; après quoi, le jeu fini, les acteurs se reposaient pendant un temps plus ou moins long, en rapport avec la durée de leurs fatigues, et laissaient se reposer les spectateurs. Telle est Thypothèse que le bon sens parait imposer ; plusieurs passages de Bruscam bille la confirment. Tandis, en effet, que la plupart de ses prologues forment un tout et ne nous apprennent rien sur le jour où ils ont été prononcés, quelques-uns sont intimement liés à un prologue voisin, et ont été prononcés un jour avant ou après lui ; il y avait donc des prologues en deux journées, pour accompagner des pièces en deux journées, et nous en trouvons même un en trois journées, qui accompagnait quelque œuvre perdue. « Hier, messieurs, la conclusion de notre paradoxe fut...», tels sont les premiers mots de la seconde partie ; et en voici les derniers : « A demain la conclusion et Tacquit de notre promesse^ ».

I. P. 107 et 140 des Fantaisies de ^ruscambiiie. Le lecteur nous permettra -t- il de citer les titres des trois journées : « Paradoxe tfu un oet est quelque chose de corporel, — Qu'un pet est spirituel, — Qu'un pet est une chose bonne. » — Voy. encore le prologue en deux journées qui porte ces titres : n Autre paradoxe sur le cocuage, — Suite »,p. 120 et i34- On lit dans cette dernière : « Hier, nous fimes preuve, en ligne tant directe que collatérafe, que...: j entends aujourd'hui vous montrer... », p. ia5. - Les Fantaisies contiennent aussi, p. 261- 283, un Discours de l'amour et de la vorité divisé en trois parties ou prologues ; encore ces trois parties ne sont- elles que le commencement d'une série plus longue, ainsi que le prouve

Si les jour» de spectacle pouvaient beaucoup varier, il n'en était pas de même des heures. Le mauvais éclairage et le peu de sécurité des rues de Paris, d'autres raisons encore obligeaient les comédiens à commencer et à finir leurs représentations dans l'après-midi. Aussi les Confrères, au XVI* siècle, avaient-ils commencé les leurs à une heure, puis à trois heures, et, le la novembre 1609, une ordonnance de police enjoignit à leurs successeurs de comuiencer à deux heures afin de finir avant la nuit, c'est-à-dire à quatre heures et demie en hiver*, un peu plus tard sans doute pendant l'été. Ce règlement resta officiellement en vigueur pendant tout le siècle, et les affiches annoncèrent toujours le spectacle pour deux heures précises ; en réalité, il alla se retardant sans cesse, mais peu à peu et bien lentement, puisqu'on ne le commença vers cinq heures qu'à la fin du règne de Louis XIV '^, Gomment faisait-on à l'Hôtel de Bourgogne vers 1 620 ou i63o ? Sans doute comme faisaient les troupes de campagne, et comme font encore souvent nos théâtres provinciaux ; on commençait à l'heure prescrite, si le nombre des spectateurs le permettait ; sinon. Ton attendait jusqu'à ce que l'impatience des premiers venus, ou la peur

cette fin de la troisième : « En dépit de tous ceux-Jà qui disent quomnia s^incit amor^ je vous commande de venir demain en classe pour écouter attente ce que je dirai de contrario veritatis ejus, et que Ion n y faillq^oint. sur peine de payer la bagarre. Valete et Plaiidite. » — Voy. Nous^elles* imaginations, p. 62-65 : Du loisir (apologie du théâtre) ; p. 65 71 : Des accidents comiques (suite du discours précédent).

1. Delamare, Traité de la police, t. I, p. 4o4 ; Félibien, t. II. p. 1025. — En Espagne, les représentations commençaient de même à deux heures en hiver, à trois heures en été (Damas- Hinard, § 2, p. 1829 ) En Angleterre, ie spectacle commençait l'après-midi, à une heure, d'après Royer, Ilist. univ. du th., t. II, p 4i4 ; à trois heures, d'après Gervinus, Shakespeare^ t. I, p. 116

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