Voy. Tallemant, t. III, p Sgi
5. Voy. dans l'Esloile, p. 4i2-4i3, le récit delà représentation donnée le 26 janvier 1607 et des incidents qui 8*en sont suivis.
6. Voy. Petit de Julleville, la Comédie et les Mœurs, p. 344» n-
333 LE TnÉATRR FRA?ÏÇAfS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
c(u*eiicore, de deux maux élisant le moindre, nos représentations tragiques et comiques ^ sembleraient tolérables» mais qu'une farce garnie de mots de gueule gâte tout, que d'une pluie contagieuse elle pourrit nos plus belles fleurs. Ah 1 vraiment, pour ce regard je passe condamnation. Mais à qui en est la faute P A une folle superstition populaire, qiii croit que le reste ne vaudrait rien sans elle et que Ton n'aurait pas de plaisir pour la moitié de son argent -. Dès à présent, nous y renonçons et protestons de l'ensevelir en une perpétuelle oubliance, si vous le voulez ; elle ne nous sert que d'un faix insupportable et préjudiciable à la renommée. En cas que je puisse dire avec vérité que la plus chaste comédie italienne soit cent fois plus dépravée de paroles et d'actions qu'aucune d'icelles, et que notre patrie nous soit beaucoup plus marâtre qu'aux étrangers par ce sinistre jugement '. »
I. Les représentations comiques n'étaient déjà pas bien chastes, comme on peut le voir par l'esquisse que trace l'orateur d'une comédie destinée à rendre chacun « sage sans scandale aux dépens d'autrui ». Nouv, imaginations, p. 65 (^du loisir^ Ce qu'on appelle ici comédie n'est qu'une sorte de farce plus longue et plus relevée.
a. Au xvi« siècle déjè, l'auteur d'une moralité pieuse (/'^om me justifié par Foi) s'exprimait à peu près dans les mêmes termes : « Communément après tels dialogues (les moralités) on joue quelque farce dissolue, n'estimant rien le tout, si la farce joyeuse n'y est ajoutée. » (Petit de JuUeville, la Comédie et les Mœurs,
3. Nouv. imaginations, ja. iig-iao (en faveur de la comédie). Après Bruscambille, Guillot Gorju plaide de nouveau la cause de la farce, mais en avocat trop sûr de la connivence de son juge : « Si la comédie n'était assaisonnée de cet accessoire, ce serait une viande sans sauce, et un Gros-Guillaume sans farine... Ce qui suit la comédie peut être plus proprement appelé le tableau des actions humaines ; si par hasard on y représente quelque chose qui choque la modestie, combien les actions en effet sont elles plus odieuses, dont les comédies ne sont que le tableau ? Et GuiUot Gorju s'en rapporte à ses critiques, savoir s'ils tiendraient leur argent bien employé, s ils n'âtaient servis de ce plat à la fin pour
L ORGANISATION DES SPECTACLES 9a3
Comme le public ne pouvaiL nier la corruption du thé&tre italien ■, et comme )) n'avait garde d'accepter la peu sérieuse proposition de Bruscambille, la farce continuait â prospérer, ei les comédiens continuaient à recommander aui spectateurs leurs petites pièces gaillardes, capables de faire rire jusqu'aux larmes et pleurer en riant, et de leur fendre délicalement la bouche comme Corifice d'un four banal*.
Ce n'était pas encore assez pour les spectateurs, et la mesure de ia facétie ne leur paraissait pas comble. Il fallait encore terminer lo spectacle par une chanson; Gaultier Garguille la chantait donc avec un succès immense, et ni les pages ni les laquais n'auraient permis qu'il y manquât ^ Que valaient ces chansons de Gaultier Garguillel* Il est facile de le constater en parcourant le recueil que ce farceur en a publié lui-mËme, et qu'Ëd. Fournier a réim*
la bonne bouche, qui est proprement, après une ample collation, une boite de drsg^s ou de confiture.'' » Ce qui suit eat iégèremeot ironiijue, ou témoigne d'un changement fort important : « Que s'il j a quelque cbosc de licencieui dans son action, il ne soumet à ta censure des dames, dont il respectera toujours les jeux aussi bien que les oreilles, n Apologie de Guiltol Gorja, p. 33-lj {lojeiinetez).
1. En 1577. le Parlement disait au sujet des pièces des Celosi, qu'elles o enseignaient r que paillardise et adult&res et ne serraient
Ïiia d'école de débauche k la jeunesse de tout sexe da U ville de tris a. Arm. Baschet. les Coin, liai., p. 7^ a. Fantaisies, p. i4S et 307. Les frères Parfait ont reproduit une « farce plaisante et récréative nde l'Hâte! de Bourgogne, t. IV, p. 354-a64 '-" Hencoittre de Turlupm en l'autre monde..., 1637. nous donne les titres de trois autres : la Malle de Gaultier; le Cadet de Champagne; et Tire la corde, j'ai la carpe. (Gaattier Garguille, p. a^o.)
3. Dans son Testament... {chansons, p. i53). Ouulticr Garguille fait des legs plaisanta en faveur de Guitlot (i<irju. k è la charge qu'il s acquittera loua les jours de comédie d'unu chanson
Îiie Je dois ï perpétuité aux pages et aux laquais. 1 '^ ' ' ' ÉTg. y peut p '■ ■ -" '
it prétendre >. Tai^ avait tdité les ohanso
l'organisation des spectacles !ia5
isait entendre pendant les entr'actes*. Elle « était
c flûte et d'un tambour, ou de deux méchants violons
;lus », dit Perrault 2; et Perrault n'exagère guère, car
.ère n'avait d'abord que trois violons ', et l'on n'arriva
issez tard à en avoir six. La place qu'occupaient ces
siciens n'est pas bien connue * ; quelle qu'elle fût, l'effet
la symphonie ne pouvait être que médiocre.
V^oilà ce qu'étaient les représentations à la veille de l'âge
ssique ; voilà ce que les comédiens appelaient pompeu-
nent a une honnête récréation, un modeste passe-temps
^ur, tromper l'oisiveté, un exercice délectable qui invite
s plus rustiques âmes à chérir et caresser la vertu ^ ».
a pièce sérieuse, à laquelle seule, à la grande rigueur,
•ouvaient s'appliquer de tels éloges, ne passait qu'à la fa-
eur de cet accompagnement grotesque et moins louable :
1. Le moyen âge employait déjà, çt certains théâtres emploient encore Is^xiusique de la même façon, pour faire prendre patience aux spectateurs. Voy. Petit de Julleville, les Mystères, t. I, p. a5i. — Dans un prologue de ses Facecieuses Paradoxes ^fos 16-18). Bruscambillc analyse une prétendue Comédie du monde ; et à la fin de chaque acte revient ce commandement : Sonnez, violons.