‹ Le théatre français avant la période classique: (fin du XVIe et commencementChapitre 57 sur 130 · La Trag^franç., p. 262 et 2^0-2^ 1 ; mais cf. p. 3i · texte numérisé non relu

La Trag^franç., p. 262 et 2^0-2^ 1 ; mais cf. p. 3i

4. Voy. Adolphe Fabre, les Clercs du Palais, p. i53, ou Petit de Julleville, les Comédiens, p. 123.

se plaignait, dans le prologue de ses Corrivaux, qu'on accordât ce beau titre à des ouvrages qui n'avaient rien de commun avec ceux des anciens 1 . La chose fût-elle sûre, d'ailleurs, qu'elle n'en serait pas moins exceptionnelle, les deux arrêts de i58a étant les premiers et les derniers qui fassent mention de tragédies données par des clercs.

Songerons-nous aux troupes de campagne qui s'installaient parfois à Paris P Nous lisons en effet dans tous les historiens du théâtre qu'en i584 une troupe de comédiens, après avoir joué dans les provinces le répertoire des tragiques de la Pléiade, vint en donner des représentations à l'Hôtel de Cluny ; certains ajoutent même qu'elle y obtint un grand succès 2 . Gela se peut, quoique rien ne prouve ni le succès de ces comédiens, ni même leur nationalité française, et qu'aucun document ne nous renseigne sur la nature de leurs représentations 3 ; mais ils ne représentèrent que quelques jours et ne purent jouer beaucoup de tragédies. Après eux, la première troupe française que nous voyons s'installer à Paris est celle de tourtin et Poteau en i5g5. Cette date est bien tardive, et nous sayons, d'ailleurs, que le répertoire de Courtin et Poteau se composait « de jeux et farces », ainsi que de « mystères prq-

1. « Si on m'allègue qu'on joue ordinairement assez de jeux qui ont ce nom de comédies ou tragédies, je leur redirai encore que ces beaux titres sont mal assortis à telles sottises, lesquelles ne retiennent rien de la façon ni du style des anciens. Au moyen de quoi, nous voudrions bien qu'on se désaccoutumât d'ouïr et de faire tels jeux et telles malplaisantes farces et moralités, qui sont de noire cru, et que cependant on prît la patience d'ouïr une comédie toute entière, naïve et faite à l'antique. » Jean de la Taille, t. IV, p. vu.

2. Ed. Fournier, la Farce et la Chanson, p. xlviij ; fr. Parfait, t. III, p. a35.

3. Les assertions qui ont été émises sur ce sujet ont été inspirées par le lieu où ces comédiens représentaient, # au cœur même du quartier des écoles » ; c'est là, en effet, une assez sérieuse présomption.

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fanes, licites et honnêtes ». Telles sont les deux seules troupes dont il soit fait une mention précise au xvi e siècle. Peut-être y en eut-il une en i588 * : peut-être le souvenir d'une ou deux autres s'est-il perdu. Qu'importe! Les Confrères ne tardaient jamais à faire valoir leurs privilèges ; ils savaient faire plier bagage à leurs concurrents dès leurs premières représentations, sinon avant qu'ils eussent paru sur la scène. Ce n'est pas par les troupes nomades qu'ont pu être jouées les tragédies du xvi e siècle 2 .

Il ne reste qu'une chose à savoir : si elles ont paru à l'Hôtel de Bourgogne. Tout invite à répondre non. |

Tout d'abord, on ne peut songer à les y faire paraître avant 1573. Nous savons qu'à cette date la Taille parlait en termes méprisants des confrères de la Passion et de leurs pièces ; il n'y avait certes pas de rapports alors entre ces bateleurs et la nouvelle école. Et pourtant la carrière dramatique des Jodelle, des la Péruse, des Grévin, des la Taille était terminée ; Garnier publiait sa seconde pièce 3 .

Ces rapports s'établirent-ils aussitôt après i573? La chose est invraisemblable ; au moins faut-il attendre l'arrivée d'une troupe de vrais comédiens à l'Hôtel de Bourgogne, arrivée qui eut lieu cinq ans seulement après. Ajoutons que, pendant ces cinq ans, on ne voit guère de tragédies nouvelles qui aient pu être représentées : la Cor-

i. Voir plus haut, chap. u, p. 4i» et se reporter à ce même chapitre pour divers faits rapportés ci-dessous.

2. J'entends: à Paris. Dans les provinces, il est certain que quelques tragédies soi-disant classiques ont été jouées par des troupes de campagne (voy. plus bas, § 5) ; mais celles-ci les prenaient dans des textes imprimés. La date tardive à laquelle se sont formées les troupes nomades, leur petit nombre, leur peu de solidité, la rareté de leurs apparitions dans chaque ville, tout empêche qu'elles n'aient pu servir d'interprètes réguliers aux poètes de la nouvelle école.

3. Porcie est de i568, Hippolyte de i573, Cornélie de i574 ou peut-être même de IÔ73. (Voy. l'éd. Fœrster, p. xn.)

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les livres les tragédies et les comédies de l'école classique •et à les faire monter tardivement sur la scène ! . Des coupures étaient faites, et peut-être en certains cas d'étranges additions. Tant bien que mal, ces œuvres, ou soumises à l'unité de lieu ou remplies d'impossibilités scéniques, entraient dans le cadre décoratif qui servait à leurs ennemies, les pièces conçues selon l'art du moyen âge. Il est vrai que, comme « à quelque chose malheur est bon », cette transformation était facilitée par deux circonstances, d'ailleurs fâcheuses : les classiques du xvi e siècle avaient mal su cacher dans leurs pièces la diversité foncière des lieux où se passait l'action, — et les comédiens, fort pauvres, n'avaient qu'une décoration rudimentaire à mettre au service de leurs pièces, quelles qu'elles fussent 2 . Par cette mise en scène commune, qui ne convenait parfaitement

i . D'autres que les comédiens faisaient de même. Est-ce le Marc-Antoine de Garnier ou la Cléopâtre de Jodelle qui a été jouée tout à la (in du xvi° siècle dans un couvent de religieuses :' <( On lit dans une Relation : « En i5q4 ou i5q5, les religieuses que l'on appelait les Dames de Saint- Antoine, dont était abbesse M me de Thou (sœur du premier président et tante de l'historien), très honnête fille, jouèrent une tragédie de Garnier appelée Cléopâtre, où les filles étaient vêtues en hommes, pour représenter les personnages ; et les spectateurs étaient l'abbé de Giteaux, nommé La Croix, et les quatre principaux abbés, de Glairvaux, de Morimond, de Pontignyet de la Ferté. » (Mémoires pour servir à l'Histoire de Port-Royal, Utrecht, 17^2, t. II, p.' 274). » Sainte-Beuve, Port-Royal, 3 e éd. in-x8, t. I; p. 93. Cf., pour le goût du théâtre dans les couvents, G. Maugras, tes Comédiens Jiors la loi, p. 112. — Dans ses Entretiens, publiés en 1657. Balzac raconte aussi l'histoire plaisante d'un boulanger, « estimé excellent homme pour le théâtre, » qui, « tous les a ne, le jour de la Confrérie, représentait admirablement le roi Nabuchodonosor (dans les Juives) et savait crier à pleine tête :

Pareil aux Dieux, je marche... »

VI, 5. — Voy. encore ce que nous avons dit ci-dessus, p. 126, n. 1, des représentations de la Bradamanté).

a. Cette décoration rudimentaire nous est dénoncée encore par le Théagène et Cariclée de Hardy, dont la mise en scène est si

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née 1599, époque où Yalleran, qu'accompagnait Hardy r devint locataire des Confrères.

Nous pensons avoir montré que les genres dramatiques- \ du moyen âge se maintinrent à l'Hôtel de Bourgogne J pendant tout le xvi e siècle, et que le genre nouveau de la tragédie n'y put paraître avant une date assez tardive. Ne se peut-il pas, tout au moins, qu'à partir de cette date destragédies aient été jouées à côté de moralités ou de mystères ? Les Confrères ne seraient-ils pas devenus un peu tard les représentants à la fois de l'art ancien et de l'art nouveau ? — Mais quel goût ou quelle aptitude pouvaient montrer pour les pièces savantes ces confrères de la Passion, dont on nous a laissé de si amusants portraits ? En i54a, le procureur général désignait ainsi les joueurs des Actes des Apôtres : « Tant les entrepreneurs que les joueurs sont gens ignares, artisans mécaniques, ne sachant ni A. ni B, qui oncques ne furent instruits ni exercés en théâtres et lieux publics à faire tels actes, et davantage n'ont ; langue diserte, ni langage propre, ni les accents de prononciation décente, ni aucune intelligence de ce qu'ils : disent ; tellement que le plus souvent advient que d'un ; mot ils en font trois ; font point ou pause au milieu d'une | .... proposition, sens ou oraison imparfaite ; font d'un inter- ! rogatif un admirant, ou autre geste, prolation ou accent contraires à ce qu'ils disent, dont souvent advient dérision » et clameur publique dedans le théâtre même.* » Et il les i appelait encore : « ces gens non lettrés ni entendus en I telles affaires, de condition infâme, comme un menuisier, un sergent à verge, un tapissier, un vendeur de poisson 1 ».

une bonne partie du xvn e siècle : dans Sorel, Francion, 1. V ; dans- Loret, Muze hist. du 28 août 1660 ; dans Molière, Femmes savantes, V, iv, 1687. (Voy. ces textes cités dans Livet, Lexique de la langue de Molière, t. III, p. i35, où d'ailleurs n'est pasdonnée la véritable interprétation.)

1. Cité par Petit de Julleville, les Mystères, 1. 1, p. 4a3 et 4a4.

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Los Confrères s'étaient-ils instruits depuis i54a ? Certainement non, puisqu'en i558 Grévin les appelait « les plus ignorants bateleurs », puisqu'au xvn e siècle encore on se souvient d'eux comme de « certains charretiers et crocheteurs qui, vêtus en apôtres, jouaient la Passion à l'Hôtel de Bourgogne ou la vie de sainte Catherine, auxquels on soufflait au cul tout ce qu'ils récitaient 1 » ; puisqu'en i6i5 leurs locataires, les comédiens royaux, ne pouvant parler de la grossièreté et du ridicule de leur jeu, à une époque où ils ne jouaient plus, les représentent du moins comme de malheureux artisans qu'il faut retirer de la débauche, et qui, mendiant leur vie du ministère de leur main, ne sauraient avoir beaucoup d'honneur ni de civilité 2 . Singuliers acteurs, en vérité, pour la Troade ou pour Antigone* I

Remarquons-le, d'ailleurs, les textes ne manquent pas, où l'on fait mention des Confrères : on nous les représente toujours comme jouant des mystères ou des mora- • lités. D'autre part, nous possédons des renseignements sur un assez grand nombre de pièces selon la poétique nouvelle : aucun ne se rapporte à une représentation de l'Hôtel de Bourgogne*. Si ce sont là des hasards, ils sont singuliers !

i. La Chasse au vieil grognard, 1622, dans Fournier, Variétés, t. III; p. 53.

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