LE ROI ET CORNEILLE. <J
après la mort de Corneille : il est probable que cette prédilection singulière était surtout fondée sur le souvenir des premières impressions de sa jeunesse; il avait vingt et un ans, quand, avec toute sa cour, il s'était rendu à l'Hôtel de Bourgogne pour voir Œdipe, et il avait accordé à cette pièce les louanges que la Gazette s'empresse d'enregistrer1. On peut croire aussi que, plus tard, quand il fit représenter deux fois devant lui Attila dans sa nouveauté, il avait pu être séduit, et par de très-beaux vers, et aussi par des allusions flatteuses2 qui, pour être assez discutables au point de vue' de la vérité historique ,
1. Gazette du 15 février 1659. Le journal ajoute : « Cette troupe, qui soutient si bien son titre (de troupe royale) par la réputation qu'elle donne à tout ce qu'elle représente, y réussit pareillement d'une si belle manière, qu'elle en fut admirée de toute la cour ; et le sieur Floridor complimenta le roi sur l'honneur qu'il avait fait à sa comédie, avec tant de grâce, qu'il en eut aussi un applaudissement universel. » On voit, par cet exemple, que si la Gazette se refuse si obstinément à nommer jamais Molière, ce n'est pas préjugé contre son état de comédien ; elle nomme souvent Floridor.
2. Un grand destin commence, un grand destin s'achève; L'Empire est près de choir, et la France s'élève.
... Le grand Mérovée est un roi magnanime, Amoureux de la gloire, ardent après l'estime, Qui ne permet aux siens d'emploi, ni de pouvoir Qu'autant que par son ordre ils en doivent avoir.