‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 105 sur 132 · Lettres nouvelles, 1097, p · texte numérisé non relu

Lettres nouvelles, 1097, p

CORNEILLE

d'hui, pour le fait de la suppression de la pension de Corneille, non pas après la mort de Colb <ert, comme dit ingénieusement le jésuite afin d'embrouiller la question,, mais en 1674, ce qui est bien pis, il y a des preuves, et les voici :

On a aux Archives la liste des pensions données aux gens de lettres par Louis XIV jusqu'en 1683 inclusivement : M. Pierre Clément les a publiées dans l'appendice du cinquième volume de la Correspondance de Colbert. Corneille y est jporté pour 2,000 fr. depuis 1663. Mais il n'y figure plus, ni en 1674, ni pendant les sept années suivantes; il y reparaît en 1682, toujours pour 2, 000 francs. Il n'y est plus en 1683. Or 'cette liste étant la dernière de celles qui ont été retrouvées, on ne sait si Corneille y a reparu sur la liste suivante, en 1684, après la mort de Colbert ; mais ce qui est sûr, c'est que, du vivant du ministre, il a été neuf ans au moins sans pension, pendant les douze dernières années de sa vie1.

1. On a du reste la preuve que, même dans les années prospères du règne, il y avait des retards dans les payements, et que les pensions de 1673 par exemple ont pu n'être payées que un ou deux ans après; ainsi Chapelain est mort le 22 février 1674; or sur la liste de l'année précédente, 1673, il y a cette mention : « aux héritiers du sieur Chapelain pour ses beaux .ouvrages : 3,000 livres. » Ce qui suffit pour prouver que l'année 1673 fut payée seulement après février 1674, puisque cette note constate la mort antérieure de Chapelain. On voit, de plus, qu'il n'y eut pas pour lui de suspension comme pour Corneille plus tard : on allait même jusqu'à payer une année arriérée « à ses héritiers ». — Ce sont aussi ces perpétuels retards qui expliquent comment Molière, mort en 1673, n'est plus porté sur la liste de 1672, pour sa pension ordinaire (1,000 francs). 11 était mort avant de la toucher; c'était un bénéfice, dont on se garda bien cette fois de faire profiter « ses héritiers »,

La faveur de Racine a été personnelle et soutenue ; mais elle s'est terminée par une disgrâce. On a cherché à démontrer également que cette défaveur n'avait pas été aussi grave qu'on l'avait dit; que le poëte avait conservé son appartement à la cour, et se préparait à y aller quand il mourut, etc. Il est possible que le fait ait été exagéré. Mais du moment que sa charge à la cour ne lui était pas retirée, et il était bien impossible de le faire, puisque la cause de ce refroidissement du roi à son égard, quelle qu'elle fût, sollicitation importune ou mémoire sur la misère du peuple, n'était pas de celles qui pussent motiver une disgrâce publique et éclatante, on se contentait de le bouder. Il était donc tout naturel que Racine, même mal vu du roi, eût encore un logement à la cour : nous renvoyons sur ce point à la discussion si sage, si mesurée de M. Paul Mesnard, dans sa notice sur Racine. Ce qui est sûr, c'est que ce fait s'appuie sur tous les témoignages contemporains , et mieux encore , sur une lettre de Racine lui-même à Mme de Maintenon. Rien de mieux prouvé donc que cette disgrâce , quelle qu'en ait été la cause, et aussi la gravité.

Un tort plus involontaire de Louis XIV, et trèsréel pourtant, si on en considère les effets, c'est d'avoir chargé Racine et Roileau d'un travail que d'autres auraient pu mieux remplir, et en tout cas, sans grand dommage pour les lettres, celui d'écrire

ses campagnes; c'est d'avoir arrêté ainsi, dès 1677, la fécondité poétique de Racine. Boileau parle dans une de ses préfaces « du glorieux emploi qui l'a tiré du métier de la poésie ». Passe pour Boileau; il est à croire qu'il avait alors accompli son œuvre , et , quand on parle ainsi de ce métier, c'est presque une preuve que l'on n'a plus grand'cbose à dire; ce n'est pas YOde sur Namur qui serait de nature à faire beaucoup regretter le silence de Boileau. Son œuvre critique était terminée; il la continuait d'ailleurs par son autorité personnelle et par sa conversation. Mais en commandant "à Racine de tout quitter, selon l'expression de Mme de Sévigné, pour écrire l'histoire de ses guerres, le roi savait -il bien ce qu'il faisait? Était-ce même bien servir sa propre gloire? Que Racine fût déjà résolu, soit par dépit, soit par scrupule religieux, à abandonner la scène, ce sont de ces points qu'il est fort difficile de discuter. La malignité contemporaine prétendit néanmoins que l'influence du roi n'avait pas peu contribué à faire renoncer Racine au théâtre1 : il n'est pas bien démontré d'ailleurs que son indifférence pour les choses du théâtre fût aussi complète qu'on l'a supposé. Sa correspondance et aussi ses épigrammes répétées contre Pradon, Boyer, et contre YAspar de Fontenelle, prouveraient au contraire qu'il était loin d'être tout à fait détaché de cette préoccupation mondaine, même dans ses dernières années. Au moins

1. La Grange -Chancel dit assez méchamment, en parlant de la représentation de son Adherbal en 1694 : « Racine, à qui la dévotion ou la politique ne permettait plus de fréquenter les spectacles depuis que le roi s'en était privé, vint à cette première représentation. »

en 1680, nous avons vu que, comme Corneille et Quinault, il prenait encore le soin de désigner les acteurs et actrices qui devaient jouer les rôles de ses pièces. Mais en supposant que , par scrupule aussi, le roi ne voulut pas le réengager au théâtre, dût le génie de Racine s'y consacrer à des œuvres plus sévères, était-il nécessaire de l'accaparer au profit de cette besogne d'historiographe qu'il n'accomplit même pas? Ce génie, si flexible, si varié, n'aurait-il pu trouver en dehors du théâtre d'autre emploi, utile même à la religion, comme à la splendeur du règne? Entre Phèdre (1677) et Eslher (1689) il y a douze ans de silence pour Racine ; son génie avait-il faibli? Non ; Esther et surtout Athalie le prouvèrent-assez. Nous sommes redevables, dit-on, de ces deux dernières œuvres à Louis XIV, ou plutôt à Mme de Maintenon. Mais c'est précisément là ce qui accuse le roi. S'il lui était si facile d'obtenir des chefs-d'œuvre, il n'en est que plus regrettable qu'il n'y ait pas songé, au lieu d'imposer à Racine le travail historique que celui-ci n'a pas achevé. Corneille, vieilli, avait dit au roi :

Parle, et .je reprendrai ma vigueur épuisée, Jusques à démentir les ans qui l'ont usée : Vois comme elle renaît dès que je pense à toi, Comme elle s'applaudit d'espérer en mon roi! Le plus pénible effort n'a rien qui la rebute ; Commande, èt j'obéis; ordonne, et j'exécute.

Corneille, malheureusement, se faisait illusion. Mais Racine, entre Phèdre et Athalie, n'avait qu'à vouloir, et Louis XIV, qu'à commander. Le roi ne

paraît pas y avoir songé. Ce n'est certes pas la meilleure preuve de cette heureuse influence qu'on lui a attribuée en littérature. S'il a su, et nous le croyons, apprécier le génie de Racine, il ne l'a pas fait du m'oins au même degré que le public, qui s'étonna de ce silence de douze années et s'en affligea; il est tout naturel, quand on apprécie bien réellement les grandes œuvres, qu'on désire les voir se multiplier. Aussi un contemporain, cité par Baillet sous Louis XIV même (en 1696), osait-il écrire: « M. Racine a eu le plaisir de voir que la France, quelque amour qu'elle eût pour son roi, et quelque intérêt qu'elle prenne à sa gloire, n'a pu voir sans regret qu'on lui enlevât ses délices pour faire passer à la postérité les merveilles de son règne. » Le plaisir d'exciter de tels regrets a-t-il suffi pour dédommager Racine du surcroît de gloire auquel il renonçait? C'est possible; mais la postérité du moins a -le droit de ne pas s'en consoler.

Si pourtant la faveur dont les chefs-d'œuvre de Corneille et de Racine ont joui auprès de Louis XIV est incontestable; si même, pour le second, elle s'est étendue longtemps jusqu'à sa personne, le roi a-t-il toujours apprécié leur supériorité à tous deux, et distingué parmi leurs œuvres celles que préférait déjà le parterre et qu'allait adopter la postérité? Pas toujours. On sait par Dangeau que, parmi les pièces de Racine, la préférence du roi était pour Mithridate, et l'on comprend assez qu'au temps où Dangeau signale ce goût prononcé chez le roi, il y avait entre Mithridate et Louis XIV, luttant contre ses redoutables ennemis, des rapports qui pouvaient motiver cette prédilection; le mérite de la pièce suffisait

d'ailleurs pour la justifier. C'est toujours un goût plus concevable que celui du roi pour l'Œdipe de Corneille. Mais, même à l'époque où Racine était bien évidemment devenu, pour tous ceux dont le suffrage avait quelque valeur, le seul écrivain tragique qui soutînt encore le théâtre, Louis XIV a-t-il bien aperçu toute la distance qui séparait le grand poëte de ses indignes rivaux ? A côté de Corneille du moins, pendant, la plus glorieuse partie de sa carrière, il y avait eu des gens d'un talent réel qu'on pouvait encore estimer sans méconnaître la prééminence de l'auteur du Cid. Rotrou avait l'étoffe d'un grand poëte; Mayret, Tristan, Du Rier, ont certainement leur mérite. Mais à côté de Racine, après Phèdre, qui marque la fin et le point culminant de sa carrière, il n'y a absolument rien ; Pradon ne compte à aucun point de vue. Il comptait pourtant pour quelque chose alors, aux yeux d'une partie des courtisans, et peut-être de Louis XIV luimême. Je sais bien qu'on ne peut guère se fier sur ce point au témoignage intéressé de Pradon; cependant il y a des choses qu'il n'eût pas osé imprimer, si elles eussent été tout à fait fausses. Dans la préface de Tamerlan1, il avoue que la pièce n'a pas réussi à Paris ; mais « elle a eu l'honneur de plaire au plus grand roi du monde et à la cour la plus galante et la plus spirituelle de l'Europe ». La Troade (1679) « a eu l'honneur d'être représentée devant Sa Majesté, qui l'a honorée d'une attention particulière et de ses applaudissements ». Plus tard, en

1. Représenté à l'Hôtel de Bourgogne, ainsi que Pyrame et Ihisbé ; cette dernière pièce en 1674, Tamerlan en 1675.

dédiant son Règulus à la Dauphin e qu'il remercie de sa protection, il dit, en parlant du roi :

Tamerlan et Thisbé par un sort glorieux

Eurent 'tous deux l'honneur de paraître à ses yeux.

Phèdre, qu'on étouffait même avant que de naître1.

Par l'ordre de Louis sut se faire connaître;

Aujourd'hui Rêgulus, malgré les envieux,

Vient de frapper ion cœur, vient de plaire à tes yeux.

S'il est vrai que YHippolyte de Pradon ait eu de la peine à paraître sur le théâtre, Louis XIV a très-bien fait d'exiger qu'on soumît la pièce au jugement du public. Ce fait, qu'on n'a pas remarqué, je crois, n'a

4. Pradon dit .ailleurs, en parlant de l'acharnement que Racine et Boileau auraient montré contre Phèdre : « Il ne tint pas à ces messieurs que cette Phèdre n'eût pas d'admirateurs et même de spectateurs. Je ne puis m'empêcher en cet endroit de rafraîchir la mémoire du public de ce qu'ils firent pour l'étouffer. Lorsqu'ils virent que, par la bonté et la justice du roi, Sa Majesté avait permis qu'on jouât- la mienne dans le temps de celle de M. Racine, qui avait, par un procédé sans exemple, empêché l'année précédente une autre Iphigénie de paraître dans le temps de la sienne, ces messieurs, dis-je, voyant qu'ils ne pouvaient plus apporter d'obstacles à ma pièce du côté de la cour par des bassesses honteuses et indignes du caractère qu'ils doivent avoir, empêchèrent les meilleures actrices d'y jouer : il est vrai que le public m'en fit la justice tout entière pendant trois mois; il n'en fut pas ennuyé pendant un si long temps et fit bien voir que la scène française n'était pas encore si déchirée par cette Phèdre, ni par Thisbé et Tamerlan, qui avaient eu d'assez grands succès et que Sa Majesté avait honorés de sa protection et de ses applaudissements, pour donner lieu à M. Despréaux de dire :

Et la scène française est en proie à Pradon. »

Pradon, Nouvelles remarques sur tous les ouvrages du sieur D. Despréaux), La Haye, 1685, p. 68.

rien que d'honorable pour Louis XIV. Mais s'il a été jusqu'à applaudir Pradon, c'est un peu trop d'impartialité peut-être,' quelle que fût celle que sa situation lui imposait. Malgré cela, il est bien certain qu'il avait mieux à faire que de régler les rangs en poésie; c'est même un mérite de sa part de n'avoir point porté dans les choses de la littérature l'esprit despotique de Richelieu. On doit remarquer que , quand son intervention se fait sentir, c'est le plus souvent dans un sens libéral, soit qu'il fasse entrer Boileau à f Académie malgré le mauvais vouloir de ses futurs confrères , soit qu'il protège Molière contre ses puissants ennemis et contre les tracasseries très-actives des subalternes.

MOLIÈRE

C'est à l'égard de Molière, en effet, que la protection du roi a été véritablement spontanée et méritoire : car il su devancer sur ce point l'opinion de la plupart de ses contemporains. Toutefois, la situation personnelle de Molière auprès du roi est devenue l'objet d'une légende composée de petits faits, ou insignifiants, ou évidemment faux, qu'on a transformés en gros événements, parfaitement indubitables, dit-on, mais qu'il est bon de réduire à des proportions un peu plus historiques. Du moment qu'on y a attaché tant d'importance, on nous pardonnera sans doute de les discuter. Nous n'insisterons pas sur ce sujet, qui, par son importance, comme par les discussions de détail qu'il soulève, mériterait d'être examiné à part; mais sans le traiter avec les développements qu'il comporte, nous

MOLIERE. 301

devons toutefois bien marquer et ce que Louis XIV a fait pour Molière, et ce qu'il y a aussi d' exagère dans les assertions de ceux qui ont cru à une . sorte d'intimité impossible alors, entre le grand poète et

le grand roi.

Le mérite incontestable du roi est d'avoir entrevu ce que valait Molière, à une date où, obscur encore, il trouvait partout des rivalités, des compétitions de la part des comédiens rivaux comme des écrivains intéressés à déprécier son génie. Ce qui était alors un honneur pour Molière est devenu un titre pour le roi.

On sait qu'en arrivant à Paris, Molière et sa troupe <c se donnèrent à Monsieur »; « celui-ci leur accorda « l'honneur de sa protection » et une pension, — qui ne fut pas payée.

L'honneur de la protection accordée par Monsieur a la troupe ne paraît pas avoir été quelque chose de beaucoup plus effectif que la pension elle-même. Pendant les premières années, les années difficiles, nous voyons la troupe jouer souvent devant le roi dans ses diverses résidences, mais beaucoup plus rarement devant Monsieur, jusqu'au ik août 1665, date où la note suivante se trouve sur le registre :

« La troupe alla a Saint-Germain-en-Laye. Le roi dit au sieur de Molière qu'il voulait que... la troupe dorénavant lui appartînt, et la demanda à Monsieur. Sa Majesté donna en même temps 6,000 livres de pension à la troupe, qui prit congé de Monsieur, lui demanda la continuation de sa protection, et prit ce titre : La troupe du roi au Palais-Royal. »

On voit plus tard que la pension est portée à 7,000 livres (en 1671). Rappelons toutefois que la

pension de l'Hôtel de Bourgogne fut toujours de 12,000 livres; celle des comédiens italiens de 15,000 livres.

Il n'en est pas moins vrai que c'est beaucoup d'avoir apprécié Molière, encore inconnu ou contesté, surtout si l'on considère que la malveillance, ouverte ou sournoise, éclate partout contre le nouveau venu. Attaques de ses rivaux, les Grands Comèi diens, et bientôt des Tartuffes , silence obstiné de la Gazette, réserve marquée de Loret à louer Molière et sa troupe, tandis qu'il prodigue les compliments à la troupe royale : tout ce concert de malveillances coalisées, tempérées tout au plus çà et là par quelques sympathies timides, que domine seule l'approbation publique et hardie alors de Boileau, fait ressortir pour Louis XIV le mérite d'avoir deviné Molière et de lui avoir maintenu sa protection1.

C'est encore l'honneur du roi, du prince de Condé, et aussi de Madame, d'avoir fermé la bouche aux bigots exaspérés, en faisant jouer Tartuffe. Honneur donc à Louis XIV : il a fallu à Molière bien de la hardiesse pour écrire sa pièce, il a fallu aussi au roi un certain courage pour se décider enfin à la faire jouer. Dans cette occasion, sa protection à l'égard de Molière était quelque chose de mieux qu'une preuve de goût.

Maintenant, tout ceci reconnu, s'ensuit-il que le roi sentît complètement la valeur de Molière? Une anecdote, bien souvent citée, mais qui l'est presque

1. Racine, novembre 1663, dit dans une lettre à l'abbé Le Vasseur qu'il a été au lever du roi : « J'y ai trouvé Molière, à qui le roi a donné assez de louanges, et j'en ai été bien aise pour lui : il a été bien aise aussi que j'y fusse présent. »

MOLIERE. . 303

toujours avec assez d'inexactitude, semblerait prouver le contraire : « Boileau regarda toujours Molière comme un génie unique; et le roi lui demandant un jour quel était le plus rare des grands écrivains qui avaient honoré la France pendant son règne, il lui nomma Molière. « Je ne le croyais pas, répondit le roi; mais vous vous y connaissez mieux que moi1. »

Nous n'avons pas la liste exacte des pièces de Molière représentées devant le roi; mais ce qui est certain, c'est que les pièces le plus souvent représentées ont été celles qui étaient intercalées dans des divertissements et des ballets. Molière semble pour Louis XIV avoir été surtout l'ordonnateur toujours prêt des grandes fêtes de Versailles. Il y a un mot que cite Grimarest2, et qui doit être plus authentique que les autres, car il s'agit du roi, et en faisant parler ainsi Louis XIV encore vivant, il n'est pas douteux que, par exception cette fois, Grimarest n'ait pris soin d'en vérifier l'authenticité : « Il n'y a pas un an que le roi eut occasion de dire qu'il avait perdu deux hommes qu'il ne recouvrerait jamais : Molière et Lulli. » La collaboration du poëte et du musicien lui

1. Mémoires de Louis Racine, 1. 1, p. 263 de l'édition de Racine de M. Paul Mesnard. Le mot doit être plus vrai que beaucoup de ceux qu'on prête aux personnages célèbres de tous les siècles : car Louis Racine était le fils d'un de ceux qui auraient pu prétendre à faire un peu hésiter Roileau et à balancer ses préférences, quoique le mot de celui-ci nous semble d'une parfaite justesse : « l'écrivain le plus rare. » Roileau n'a pas dit le plus grand, comme on le lui fait souvent dire, mais le plus rare, ce qui est fort différent. Molière et La Fontaine étaient bien, en effet, dans leur genre, les écrivains les plus rares de ce temps et de beaucoup d'autres, ceux auxquels on ne pouvait comparer personne; tandis qu'on pouvait comparer Racine à Corneille, Rossuet à Pascal, etc.

Page 1