‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 107 sur 132 · Les Ennemis de Racine, p · texte numérisé non relu

Les Ennemis de Racine, p

MOLIÈRE

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leur salle à Lulli pour ses opéras. Ils sont obligés d'aller chercher fortune ailleurs; réunis à une partie de la troupe clu Marais, ils végètent assez tristement jusqu'à la réunion des théâtres en 1680, et „ sont bien rarement appelés à la cour. On voit que la destinée de la troupe de Molière n'a été, ni de son vivant, ni surtout après sa mort, aussi privilégiée qu'on se plaît à le croire. Quant à Molière luimême, non plus comme poète ou comme comédien, mais comme homme, a-t-il été l'objet auprès du roi de cette faveur personnelle sur laquelle on a brodé toute une légende? c'est ce qu'il convient d'examiner.

On a cité d'abord comme un honneur insigne celui que le roi avait fait à Molière, de faire tenir en son nom et au nom de la duchesse d'Orléans (le 28 juillet 1 664) , sur les fonts du baptême, le premier enfant de Molière, « valet de chambre du roi », dit l'acte. Était-ce une faveur fort extraordinaire pour quelqu'un qui lui appartenait? En tout cas, nous la voyons fort prodiguée, même à des personnes qui n'ont pas l'honneur d'appartenir au roi, comme faisant partie de sa maison. Louis Biancolelli, né en 1669, fils de l'arlequin Dominique, était filleul de Louis XIV. A tout moment la Gazette mentionne des particuliers, de Visé par exemple, dont les enfants sont nommés par le roi ou par la reine ; il va sans dire qu'elle oublie à sa date de mentionner la faveur que le roi accorde à Molière en nommant son fils aîné. Le fait ne se, j répéta pas d'ailleurs; car les deux autres enfants de Molière ont pour parrains et marraines des particuliers, entre autres un frère de Boileau. Mais on a vu

avec raison dans cette faveur accordée à Molière, la preuve que le roi ne croyait pas à l'imputation lancée par Montfleury contre son ennemi, celle d'avoir épousé la fille de son ancienne maîtresse, d'autres disaient sa propre fille. C'est bien ; mais il est évident que, s'il avait ajouté foi à cette calomnie, il ne lui aurait pas conservé ses fonctions auprès de lui. Dès que Molière restait valet de chambre du roi. il n'y a rien d'extraordinaire qu'on ne lui refusât pas de nommer son enfant.

On a cité encore la réprimande que fit Louis XIV, dit-on, à M. de la Feuillade, pour un outrage fait à Molière. Cette anecdote repose, je crois, uniquement sur le témoignage d'une vie anonyme de Molière, publiée en 1725, à Amsterdam, ce qui ne lui donne pas une grande autorité. L'auteur ne nomme pas la Feuillade, il dit : un grand seigneur. « Je tiens, dit-il, ce fait d'une personne contemporaine qui m'a assuré l'avoir vu de ses propres yeux1. » Notons que la chose se serait passée soixante-deux ans plus tôt. A cette distance, le témoignage d'un anonyme, invoqué par un anonyme, et relatif à un anonyme, n'a pas grande valeur. Il trouve la conduite de ce seigneur imprudente. Elle l'était en effet : Molière n'eût-il été que valet de chambre du roi, à ce titre seul le roi devait se sentir blessé de l'outrage fait à quelqu'un qui lui appartenait.

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