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mais c'est en été, on va à Versailles pour jouer Agamemnon, tragédie de M- d'Assézan : « On ne joua point à cause que Monseigneur s'alla promener sur le canal, et Madame la dauphine se retira dans son appartement pour se reposer. » Et pourtant il arrive que Monseigneur et Madame la dauphine s'abstiennent de contremander le spectacle et y assistent même, dans telle autre occasion où il aurait été plus convenable de s'en abstenir. Le 30 octobre 1687, nous apprend Dangeau, la dauphine, « se confessant le soir », voit tout à coup son confesseur chanceler, perdre connaissance et tomber mourant à ses pieds: le lendemain matin il était mort. Dangeau, dans son style de courtisan, nous dit que ce soir même, « Monseigneur pria Madame la dauphine, pour effacer la triste image de son confesseur mourant à ses pieds, d'aller à la Comédie, où elle avait résolu de ne point aller, voulant faire demain ses dévotions. Elle y alla par complaisance pour Monseigneur1 ». On sent que Dangeau s'attendrit ici, — sur cette bonne dauphine, cela va sans dire.
Les comédiens recevaient pour chaque journée de service à la cour une indemnité de 6 livres, outre la dépense commune qui leur était payée 2. Ghappuzeau a tracé un tableau assez séduisant, trop séduisant peut-être, on le verra, de l'heureux sort des comé-
4. Il dit plus loin que la dauphine « aimait fort ce confesseur » ; (il n'y paraît pas!) C'était un Allemand, le père Freyg, qu'elle avait amené avec elle, ne pouvant « se confesser qu'en allemand ».
2. Le catalogue 32 d'autographes de M. Laverdet (1863, p. 46) donne une quittance de Dominique pour lui et ses camarades qui prouve que les Italiens recevaient aussi sis livres comme les comédiens français.
diens quand ils vont représenter à la cour pendant les premières années du règne; il dit (en 167/*) :
« Les comédiens sont tenus d'aller au Louvre quand le roi les mande, et on leur fournit de carrosses autant qu'il en est besoin. Mais quand ils marchent à Saint-Germain, à Chambord ou en d'autres lieux, outre leur pension qui court toujours, outre les carrosses, chariots et chevaux qui leur sont fournis de l'écurie, ils ont de gratification en commun 1,000 écus par mois, chacun 2 écus par jour pour leur dépense, leurs gens à proportion et leurs logements par fourrier. En représentant la comédie, il est ordonné de chez le roi à chacun des acteurs et des actrices, à Paris ou ailleurs, été et hiver, trois pièces de bois, une bouteille de vin, un pain et deux bougies blanches pour le Louvre, et à Saint-Germain un flambeau pesant deux livres-, ce qui leur est apporté ponctuellement par les officiers de la fruiterie, sur les registres de laquelle est couchée une collation de 25 écus tous les jours que les comédiens représentent chez le roi, étant alors commensaux1. »
Le tableau est un peu flatté, et il ne faudrait pas s'exagérer la félicité des comédiens, ni les avantages qu'ils pouvaient retirer de leurs visites à la cour 2. Sans parler du collier dont ils étaient attachés, et
2. Ce que dit Chappuzeau pourrait bien du reste être à peu près exact pour les premières années du règne. M. Charles Constant a publié une intéressante brochure, Molière à Fontainebleau, 1661- 1664 (Meaux, 1873), qui indique, d'après des documents officiels, d'assez fortes dépenses pour la Comédie. Nous les retrouvons plus tard encore, mais pour l'Opéra seulement.
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qui avait bien ses petites gênes, comme compensation de tant d'honneur, la réalité, vue d'un peu plus près, mêle quelques ombres à ce bonheur trop lumineux pour être vrai. D'abord, si l'on consulte les registres de la Comédie à une date peu éloignée de celle où écrit Chappuzeau et où les voyages à la cour sont réguliers, à partir de 1680, — il n'est pas vrai qu'on prodigue aux comédiens les carrosses, chariots, etc., de la grande écurie. Leur équipage est beaucoup plus modeste. Les frais de voiture sont marqués régulièrement pour chaque représentation, ainsi que les autres menus frais. En outre, la Comédie est obligée, ces jours-là, à des dépenses extraordinaires, qui ne sont pas même toujours couvertes par l'indemnité qui leur est allouée. Ainsi, pour un voyage à Fontainebleau, je trouve ce compte bizarre pour une série de représentations :
« 2,000 livres reçues, sur quoi il a été dépensé 2,138*15^. »
Nous avons dit le mal de ces interventions princières ; nous ne saurions taire le bien. C'était à Louis XIV que Molière et la France avaient dû la représentation de Tartuffe; il semble que c'est au dauphin que l'on doit celle de l'œuvre la plus remarquable de ces années de décadence. Les comédiens intimidés hésitaient à jouer Turcaret; le dauphin intervint, et ce fut lui, paraît-il, qui ordonna la représentation de ce chef-d'œuvre, arrêté par les susceptibilités des intéressés ; c'était, cette fois, noblement imiter son père1.
1. « Il y a eu quelques difficultés au sujet de la représentation de la comédie de Turcaret, qui furent levées par ordiu de Monsei-
Le grand dauphin mourut en 1711. Le dauphin alors, ce fut le duc de Bourgogne, l'élève de Fénelon. Il paraît avoir eu une antipathie prononcée pour le théâtre; ce n'était pointa son ancien précepteur qu'il la devait; car Fénelon ne s'est jamais montré à cet égard aussi rigoriste que Bossuet, et, dans sa lettre à V Académie, il propose, entre autres travaux à faire, deux traités, l'un sur la tragédie, l'autre sur la comédie : c'est assez dire, malgré les restrictions que lui imposait son caractère d'évêque, qu'il ne proscrivait pas le théâtre, comme avait fait Févêque de Meaux. Quant au duc de Bourgogne, sa piété sincère, mais assez étroite, l'éloignait absolument du théâtre, et dans les dernières années de sa
gneur, du 13 octobre 1708, conçu en ces termes : « Monseigneur, étant informé que les comédiens du roi font difficulté de jouer une petite pièce intitulée Turcaret ou le Financier, ordonne auxdits comédiens de l'apprendre et de la jouer incessamment. » Ce passage, tiré des registres de la Comédie, a été cité par les frères Parfaict, t.. XV, p. 4. Une petite pièce? Comme Turcaret a cinq actes, on peut supposer que le dauphin n'en connaissait que le sujet. Mais cela ne diminue pas le mérite de son intervention. Nous avons vu qu'il fit reprendre la pièce, après le mauvais succès des premières représentations. Le grand dauphin était d'ailleurs parfaitement étranger aux préoccupations littéraires du temps; selon Saint-Simon, « l'éducation dure et austère » qu'il avait reçue lui avait donné « le dernier degré d'aversion pour toute espèce, non pas de travail et d'étude, mais d'amusement d'esprit, en sorte que, de son aveu, depuis qu'il avait été affranchi des maîtres, il n'avait de sa vie lu que l'article Paris, de la Gazette de France, pour y voir les morts et les mariages. » Ce fut pourtant pour son éducation que fut entreprise la grande collection Adusum Delphi ni» Elle contient un Plaute et un Térence; ce qui semble assez singulier, étant données les idées de Bossuet à l'égard de la comédie. Mais son élève n'avait garde d'en abuser.
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vie, il n'y assistait pas, même à la cour. M. Sainte- Beuve a cité quelques passages d'un mémoire des principaux actes de vertu qu'une personne de probité a remarqués -en feu Monseigneur le Dauphin, 17Î21. Parmi ces actes de vertu, l'auteur du mémoire cite le suivant :
« L'on sait qu'il s'est répandu un bruit, mais bien fondé l'année dernière (1711), que les comédiens, après la mort de Monseigneur (le grand dauphin), ayant demandé à notre prince l'honneur de sa protection, surtout pour obtenir du roi une seconde troupe, il leur répondit qu'ils ne devaient nullement compter sur sa protection, qu'il n'était pas en pouvoir d^empêclier leurs exercices, mais ne pouvait se dispenser de leur dire qu'il était indigne qu'ils les fissent, particulièrement fêtes et dimanches. »
On voit que s'il avait eu « le pouvoir d'empêcher leurs exercices », le Théâtre-Français aurait bien pu n'avoir pas à se féliciter de son avènement.
Il est bien certain qu'à cette fin de règne une partie de la cour, par politique ou par conviction, devait partager à l'égard du théâtre l'indifférence du roi et les scrupules de la dévotion régnante. Un contemporain écrivait dès 1692 : « L'Opéra et la Comédie sont devenus des divertissements bour- .geois, et on ne les voit presque plus à la cour2. » Cette assertion est évidemment exagérée; mais elle indique au moins des préventions qui durent aller en augmentant dans les dernières et sombres années