Voir Guéret, cité page
même pour Racine; en dépit des cabales de cour, le parterre saura l'applaudir, mais les beaux esprits s'en dédommageront en mettant son succès sur le compte de la Ghampmeslé.
Nous sommes loin d'avoir, pour Racine, des détails aussi précis que pour Molière relativement à l'accueil que ses pièces reçurent dans leur nouveauté; mais ce que nous savons du moins, c'est qu'à une date où leur mérite semblait devoir être fixé et ne pouvoir souffrir aucune comparaison, on voit, parmi les nouveaux-venus, nommer à côté de lui des illustres qui ne le sont aujourd'hui que par le ridicule. Corneille alors est mis à part comme un génie hors ligne. Il s'était affligé, dit-on, des premiers succès de son jeune rival : et pourtant, bien loin que sa gloire dût en souffrir, elle allait, au contraire, être définitivement consacrée, en dépit de ses dernières et détestables pièces. L'envie était sûre enfin de n'avoir plus à redouter de sa part de nouveaux chefs-d'œuvre; elle ne risquait rien désormais en proclamant sa supériorité : c'était devenu un moyen indirect de déprécier Racine qui pouvait bien, même après Phèdre, n'avoir pas dit son dernier mot. Les juges désintéressés ne mettaient pas toujours alors Racine à la place qu'il méritait. M. Sainte-Reuve l'a remarqué, on est stupéfait de voir Rayle lui-même mettre de niveau « YHippolyte de M. Racine et celui de M. Pradon, qui sont deux tragédies très-achevées ». Cette confusion, qui semblait toute simple à ce grand esprit, n'est pas si rare qu'on le croirait chez les contemporains. De loin, dans une perspective reculée, il nous est facile de ne pas prendre des collines pour des monlagnes,
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et de constater entre elles une différence de hauteur. L'erreur de Bayle nous semble forte quand il s'égare sur des noms aussi disproportionnés que ceux de Racine et de Pradon. Il était digne au moins de ne la point commettre ; mais , indépendamment de toute cabale, on la commettait facilement en son temps. Entre Racine et Quinault, la distance est moindre sans doute; on s'étonne pourtant de lire dans le registre de la Grange , lors de la réunion de l'Hôtel de Bourgogne à la troupe jdé Molière, en 1680, c'est-à-dire quatorze ans après l'apparition de la dernière pièce de Quinault au Théâtre-Français, que « MM. de Corneille, Racine et Quinault ont disposé leurs pièces afin que les acteurs et actrices n'eussent point de disputes pour les rôles ». On se disputait donc encore les rôles de Quinault? C'est ici qu'il faut dire un mot de l'influence de Boileau. Les résistances que la nouvelle école dont il fut le critique trouvera longtemps après cette date, et partout ailleurs qu'à la scène, nous feront mieux apprécier la valeur du triomphe complet qu'elle finit par obtenir au théâtre.