C'est l'expression dont d'Aubignac se sert
2. 11 y eut pourtant des protestations. Scarron prête cette critique des règles nouvelles à un personnage qu'il introduit dans le Roman comique : « Ce jeune conseiller dit entre autres choses que les sujets connus dont on pouvait faire des pièces régulières avaient tous été mis en œuvre; que l'histoire était épuisée, et que l'on serait réduit à la fin à se dispenser de la règle des vingt-quatre heures; que le peuple et la plus grande partie du monde ne savaient point à quoi étaient bonnes les règles sévères du théâtre; que l'on prenait plus de plaisir à voir représenter les choses qu'à ouïr des récits ; et, cela étant, que l'on pourrait faire des pièces qui seraient fort bien reçues, sans tomber dans les extravagances des Espagnols, et sans se gêner par la rigueur des règles d'Aristote. » — Sc/vrron, Roman comique, t. 1er, ch. xxi. La première partie est de 1651, la deuxième de 1G57. Ed. Jannet. Ce qu'il y a de prodigieux, c'est qu'on ne s'avisait même pas de regarder dans Aristote, et de s'assurer que les trois unités y fussent réellement.
3. Recueil de divers ouvrages, par M. Perrault, de l'Académie française, 167G.
On pouvait craindre que l'Académie ne prît au sérieux le rôle de juge suprême que lui avait conféré Richelieu ; heureusement, sous Louis XIV, elle ne tarda pas à regarder comme sa principale, comme son unique occupation le soin de louer le roi, et de faire célébrer en détail et successivement toutes les vertus qu'il avait et toutes celles qu'il aurait pu avoir, par les aspirants aux prix qu'elle décernait; ce fut pour elle une utile distraction, qui prévint d'autres empiétements funestes et qui suffit à employer son temps d'une façon au moins inofïensive. Un de ses directeurs le disait solennellement1 : « Si le travail en général distingue l'homme des animaux..., travailler pour la gloire du Prince, consacrer uniquement toutes ses veilles à son honneur, ne se proposer point d'autre but que l'éternité de son nom, rapporter là toutes nos études, voilà l'âme et la vie de nos exercices : voilà ce qui nous dislingue de tous les autres gens de lettres; voilà ce qui nous met au-dessus de l'envie ; voilà le comble de notre joie. Malheur à nous, si nous y manquons! »
L'Académie s'était chargée de fixer la langue en écrivant son Dictionnaire, et Racine, hélas! Racine lui-même, qui « dans cette occasion ne manqua pas moins de goût que de dignité 2 », allait jusqu'à écrire : « Ce Dictionnaire qui de soi-même semble une occupation si sèche et si épineuse, nous y travaillons avec plaisir; tous les mots de langue, toutes les syllabes nous paraissent précieuses s parce que nous les
1. Réponse de M. l'abbé de La Chambre, curé de Saint-Barthélemy, au discours de réception de La Fontaine.