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LE PUBLIC AU THEATRE, APRÈS MOLIÈRE ET RACINE

Nous venons de le voir, l'Académie résiste jusqu'au bout à la réforme littéraire tentée par Boileau, et à la prédominance de la nouvelle école. Mais au théâtre, dès 1680, le public s'est formé, et, s'il tolère, faute de mieux, d'indignes successeurs de nos grands tragiques, son admiration s'attache définitivement à nos trois grands poètes, et leur fait un succès retentissant et soutenu.

Molière et Corneille sont morts , Racine n'écrit plus pour le théâtre ; mais jamais leurs chefsd'œuvre n'ont été plus représentés et plus applau-

1. Le Mercure galant, 1672, 1. 1, donne la liste de ceux qui la composaient.

dis. Le Mercure de septembre 1693 1 fait remarquer que le parterre interrompt souvent la représentation des pièces nouvelles pour demander « du Corneille, du Racine, du Molière ». Cette assertion du Mercure est confirmée par les registres de la Comédie : dans les dernières années du règne, le public est toujours nombreux aux représentations de nos trois grands poètes, et l'on ne peut attribuer aux acteurs ce succès de pièces dont l'intérêt semblerait épuisé, car Baron s'est retiré du théâtre, Mlle de Champmeslé est morte, et Mlle Lecouvreur n'est pas venue. Il se passe même alors un fait remarquable; c'est que le public dégage les vrais chefs-d'œuvre de nos grands poètes de cette admiration un peu confuse qui admettait Œdipe et Attila, aussi bien que Cinna et Nicomède; il les fixe au répertoire et élimine les autres : le triage qui s'opère alors a été presque en tout ratifié par la postérité. L'admiration qu'on prodigue aux trois grands poètes prouve qu'on eût accueilli avec empressement leurs successeurs, s'il s'en était trouvé 2 . Mais le temps n'est plus, ni

2. Comme en pareil cas on ne saurait être trop précis, nous allons mettre sous les yeux du lecteur la liste des pièces de Molière, de Corneille et de Racine jouées pendant un mois peu favorable, octobre 1714:

Livres. Sous. Deniers.

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