THÉÂTRE GUÉNEGAUD
Le nouveau théâtre était installé dans le Jeu de ■ Paume de la Bouteille, situé entre la rue des Fossés- ! de-Nesle (depuis rue Mazarine), et la rue de Seine, au bout de la rue Guénegaud, sur remplacement qu'occupe aujourd'hui le passage du Pont-Neuf2. Le rédacteur du Mercure galant, qui, après avoir été l'ennemi de Molière, avait fini par obtenir qu'il jouât ses pièces, de Visé, attaché à cette troupe par cette collaboration, lui fit fête dès ses débuts à l'hô-
1. Acteurs d$ l'hôtel Guénegaud, en 1674, d'après Chappuzeau,
MM. De Brie.
Du Croisy, D'Auvilliers.
D'£strichéa.
La Grange.
Hubert.
Du pin.
La Roque.
Rosimont.
Verneuil.
Béjart (retraité).
MM1*" Aubry.
De Brie.
Du Croisy.
D'Auvilliers. La Grange.
Guyot.
Molière.
L'Oisillon.
Dupin.
a C'est Guérin d'Estriché, qui épousa depuis la veuve de Molière. Chappuzeau, toujours aimable, croit sans doute lui faire plaisir en l'anoblissant. Guérin a le bon esprit de prendre sur les registres son nom bourgeois de Guérin.
2. M. Jules Bonnassies place au n° 42 de la rue Mazarine cette salle « dont les murs subsistent, ainsi que des vestiges des loges, i de la scène et des magasins, et qui renferment l'atelier d'un gazier. Le n° 44 contenait les loges des acteurs. Il existe encore en entier : ion y remarque l'entrée des artistes, à droite, dans le passage. » (Les anciens bâtiments de la Comédie-Française, p. 6.)
TROUPE DE MOLIÈRE. 39
tel Guénegaud; il dit en annonçant l'ouverture du nouveau théâtre : « La troupe du feu sieur de Molière ayant choisi ce qu'il y avait de bons acteurs dans la troupe du Marais, en a composé une des plus amples et des plus belles. Gomme elle est en état de divertir Sa Majesté, le roi l'a honorée du nom de sa troupe. Les nombreuses assemblées qui l'ont honorée depuis qu'elle a remonté sur le théâtre ont avoué hautement qu'on ne peut jouer la comédie avec plus de justesse; c'est ce qui leur a attiré presque tout ce qu'il y a de bons auteurs, dont on verra cet hiver briller les pièces sur leur théâtre, que chacun admire pour sa beauté, et sur lequel on peut faire de grandes choses, celui qui l'a fait construire étant non-seulement illustre par la naissance, mais par ses lumières particulières qui font parler de lui par toute la terre1. »
Celui dont toute la terre parlait est le marquis de Sourdéac; nous ignorons si l'univers s'en occupait alors autant que le prétend le journaliste; mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il allait beaucoup occuper de lui les tribunaux. C'était un franc original, et Voltaire, qui avait sur son compte la tradition des contemporains, dit qu'il « n'était pas absolument fou, mais que sa raison était très-particulière ». On conçoit du reste que de Visé, qui allait en avoir besoin pour ses pièces à machines, se crût obligé de l'intéresser à ses projets en lui montrant toute la terre occupée à le contempler.
Quant à tout ce qu'il y a de bons auteurs, lesquels devaient l'hiver suivant faire briller leurs œuvres sur