Voici celles du premier mois
Dimanche 9 juillet 1673 (ouverture), Tartuffe. . 744*15^
Mardi 11, Tartuffe . 490* KM"
Vendredi 14, Femmes savantes 661* 5^
Dimanche 16, Femmes savantes 924* 5^
Mardi 18, Femmes savantes 472*15^
Vendredi 21, Avare 677* 15^
TftOUPE DE MOLIÈ Ht.
Mais elles ne tardent pas à baisser sensiblement. En somme, pour cette année, jusqu'à la fin de l'année théâtrale (Pâques 1674), la part de chaque acteur ne se monte qu'à 2,510 francs 6 sous1.
La mauvaise chance se poursuit jusqu'en 1675 : alors enfin on tient un succès, c'est une pièce à machines, Circè, due aux « bons auteurs » du Mercure galant, MM. de Visé et Thomas Corneille; mais les frais extraordinaires sont considérables. On est obligé de dépenser par jour jusqu'à 100 livres de chandelles, soit 35 francs! L'hôtel Guénegaud va s'attirer du reste quelques sympathies assez honteuses, en opposant aux pièces nouvelles de Racine jouées à l'hôtel de Bourgogne des pièces composées sur les mêmes sujets par ses rivaux : avant YHippolyte de Pradon, on voit paraître d'abord
Monsieur Leclerc et son ami Coras, Deux grands auteurs rimant de compagnie.
Ils lancent leur Iphigènie, destinée à faire concurrence à V Iphigènie, de Racine; recettes déplorables! Mais l'Inconnu, de Thomas Corneille, relève le théâtre, et alors « la compagnie, désirant se le con-
Dimanche 23, Avare 070^10^
Mardi 25, Avare 665*15^
Vendredi 28, Tartuffe 520*10^
Dimanche 30, Tartuffe 560 ^ 5^
Août.
Mardi 1, Misanthrope
Vendredi 4, Misanthrope. .
Dimanche G, Misanthrope .
Mardi 8, Femmes savantes.
Jeudi 10, Avare
server comme un auteur de mérite », lui fait remettre 60 louis d'or. Elle le conserve en effet ; ce n'est pas seulement un appui tout-puissant auprès du Mercure galant, le seul journal littéraire du temps; Thomas est un auteur facile, habile à saisir le goût du jour. Il ne compte alors que des succès : le Triomphe des Dames, en 1676; en 1677, il met en vers le Festin de pierre de Molière, et en le gâtant le rend digne de paraître enfin sur la scène sans offenser les dévots1. Mais la représentation en est ajournée par la Phèdre, de Pradon, jouée d'abord
1. « Ce jour d'hui lundi 8 mars 1677, la troupe s'est assemblée à la chambrée commune dans la résolution de payer le Festin de pierre qu'elle a acheté de la veuve du sieur P. de Molière et du sieur de Corneille qui l'a mis en vers; cet achat fait moyennant deux cents louis d'or; à cause que ce dit Festin de pierre n'a pu être représenté que le 12 février de la dite année, quoiqu'il le dût être six semaines entières auparavant; ce que la troupe a trouvé avantageux à l'occasion de la concurrence des deux Phèdres, et d'autant qu'il n'a été payé sur les représentations du dit Festin de pierre que neuf cent douze livres douze sous, ainsi qu'il se voit par le registre; la troupe a délibéré de payer, des deniers qui sont entre les mains du sieur la Grange à elle appartenant, la somme de douze cent quatre-vingt-sept livres huit sous pour parfaire les dits deux cents louis d'or. Lequel sieur de la Grange a désiré pour sa décharge que la présente délibération fût écrite sur le présent registre. » De la Grange, d'Auvillier, Guérin, Rosimont, Hubert. (Registres de la Comédie-Française).
Ainsi le Festin de pierre n'avait rapporté à Molière que la haine acharnée des dévots; il n'avait été représenté que quinze fois, et n'avait pas été imprimé : il était resté même si suspect que Chappuzeau dans sa liste des comédies de Molière n'ose même pas le mentionner. Il allait rapporter deux cents louis d'or à celui qui devait changer une bonne prose en vers faibles, et à sa veuve, qui lui donnait cette année même pour successeur l'un des signataires de cette pièce, — Guérin.
TROUPE DE MOLIÈRE
avec un certain succès, et bientôt fort critiquée1. De Visé n'en est pas moins attentif à faire valoir simultanément : 1° la pièce de Pradon, en tenant dans une sorte de parallèle la balance à peu près égale entre les deux Phedres, tout en confessant, — l'équité l'exige, — que la pièce de M. Pradon ne présente pas la même horreur que celle de Racine; voilà Racine accusé d'horreur, tout comme un dramaturge moderne; 2° Le Festin de pierre, « purgé de ce qui (dans Molière) avait blessé la délicatesse des scrupuleux2; et qui, sans avoir rien perdu des beautés de son original, en a acquis de nouvelles. » La pièce, ainsi purgée et embellie, aurait eu beaucoup de représentations, toujours selon le Mercure, si les comédiens, par piété, n'avaient cru devoir fermer leur théâtre à l'occasion du Jubilé. Le succès du Festin de pierre, pour être ajourné par la piété des comédiens, n'en fut pas moins durable. C'est sous
1. Jouée d'abord vingt fois, du dimanche 3 janvier 1677 au mardi 20 février, elle fait 1,375 francs à la première représentation, et dépasse quatre fois encore 1,000 livres. Interrompue par les six représentations du Festin de pierre, de Thomas, le jubilé et les vacances de Pâques, elle est reprise le 4 mai et lait 184 livres; le 7 mai, 63*5^ ; elle est jouée encore plusieurs fois par intervalles, mais sans pouvoir se relever. En somme, les parts de l'auteur n'en montèrent pas moins en tout à près de 2,000 livres, ce qui était fort beau pour le temps. Ce succès, suivi d'une chute si rapide, se reproduisit, plus tard pour la Judith de Boyer, qui fut aussi d'abord un vrai triomphe.
2. Ce qu'il y a de joli, c'est que, dans sa préface, Thomas se félicite dans les mômes termes d'avoir « adouci certaines expressions qui avaient blessé les scrupuleux. » S'il s'est déterminé à mettre la pièce en vers, c'est par respect pour « des personnes qui ont tout pouvoir sur lui. » La préface de Thomas et l'éloge de la pièce dans le Mercure pourraient bien être de la même main.
A'i LES THÉÂTRES DE 1658 A 1715.
cette forme que la pièce a été jouée jusqu'en 1846, époque où la Comédie-Française a enfin substitué la prose mâle et charmante de Molière aux falsifications versifiées de Thomas Corneille. Susciter à Racine des rivalités indignes, et gâter une œuvre de Molière , ce sont là des torts dont les anciens compagnons de Molière auraient pu se dispenser.
Mais enfin ils vont connaître d'heureux jours, grâce surtout à Thomas Corneille et à de Visé, qui leur fournissent des pièces et les font valoir dans leur Mercure galant. On nous permettra de dire en passant quelques mots de. ce journal qui était, pour une partie du beau monde, l'autorité littéraire du temps, et dont l'histoire à cette date se lie si intimement à celle du théâtre Guénegaud.
Le Mercure galant soutient avec zèle la cause de la littérature précieuse et fade en horreur à Molière et à Boileau. Qui donc a dit que Trissotin avait plongé dans la douleur et le silence « le pauvre Cotin ? » Cotin n'est pas mort; il courtise encore les Muses, et le Mercure, après nous avoir régalés d'un sonnet de lui, adressé au roi, nous apprend que l'auteur a été très-bien reçu du roi, quand il eut l'honneur de le lui présenter1. Cette feuille, tout insipide qu'elle soit, est très-curieuse, et son appui n'était pas à dédaigner pour les comédiens. Elle savait l'art d'intéresser les badauds : dès juillet 1678, elle a découvert, non pas précisément le serpent de mer, mais un serpent non moins extraordinaire, rencontré près de Montpellier et qui, ouvert, a laissé voir trois œufs, sur lesquels on lit « six mots monosyllabes