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TROUPE DE MOLIÈRE. 47
moins ressentir quelque honte en songeant à ce qu'avaient rapporté à son glorieux frère le Cid et Polyeucte.
Mais ce qu'il est bon de remarquer, c'est le zèle ardent que déploie le Mercure galant pour chauffer et entretenir à une température convenable le succès de ses deux rédacteurs. D'abord éloge de la pièce, quand elle vient d'être jouée; — puis, le mois suivant, considérations morales sur l'utilité de la pièce « qui détrompe les personnes simples et capables de se laisser prendre aux fourberies des prétendus devins. » Ce manège continue jusqu'à la fin. — Nouvelle réclame quand le libraire du Mercure va publier la pièce imprimée. On s'arrête enfin à Pâques; le succès de ce chef-d'œuvre n'est pourtant pas épuisé, car la pièce sera encore reprise souvent.
La Devineresse ne disparut pas de la scène avec les circonstances qui l'avaient fait composer; elle se soutint longtemps au théâtre, et nous la voyons représentée encore au siècle suivant. Elle créa môme un précédent : lorsque, en 1721, Cartouche fut arrêté, le comédien -auteur Legrand se hâta d'exploiter aussi cet à-propos et fit une pièce dont Cartouche était le héros: elle était destinée au Théâtre- Français. Mais les idées d'humanité commençaient à prendre faveur, et le gouvernement hésitait à permettre la représentation. Il ne se décida à cette tolérance que quand on lui eut rappelé que, sous le grand roi, on avait pu mettre sur le théâtre la Voisin, comme avant-goût du spectacle plus émouvant qu'elle promettait aux amateurs de la Grève1.