LA COMÉDIE-FRANÇAISE
comédie s'en ressent : elle est souvent délaissée, et es deuils de cour, survenant coup sur coup, lui imposent des relâches répétés. Voici les notes qui se succèdent sans interruption en 1712, à partir du 12 février : t
« On a cessé les représentations de la comédie le samedi 13 février 1712 à cause de la mort de Madame la Dauphine1 arrivée à Versailles le vendredi 12, à huit heures du soir. »
« Les représentations de la comédie continuent d'être interrompues à cause de la mort de Monseigneur le Dauphin arrivé le jeudi 18 février à Marly, sur les huit heures du soir. »
« Le jeune Dauphin, fils du dernier mort, mourut à Versailles ïe mardi 8 mars 1712, sur les dix heures du soir. »
Quel défilé lugubre, et qui le paraît encore plus par ce contraste avec les fêtes du théâtre! Et comme Ton comprend bien les soupçons sinistres que suggérait cette succession rapide de morts !
Le spectacle est interrompu jusqu'au 5 avril. Encore faut-il faire relâche pour les services à Saint- Denis et à Noire-Dame.
Enfin la paix est conclue : la misère ne diminue point, mais la gaieté et l'espérance reviennent; le J besoin de se distraire amène au théâtre une affluence ! depuis longtemps inconnue; pendant l'été même de 1715, les pièces les plus usées du répertoire font
1. Il s'agit du duc et de la duchesse de Bourgogne. Le Grand Dauphin était mort l'année précédente et avait amené un relâche d'un mois. « On a cessé les représentations de la comédie, le mercredi 15e avril, à cause de la mort de Monseigneur arrivée le 4e à onze heures et demie du soir. » Réouverture le 13 mai.
des recettes fort élevées, jusqu'au lendemain du 28 août... Ce jour-là on avait joué le Festin de pierre, et cette petite pièce du Cocu imaginaire que Louis XIV avait tant de fois fait représenter devant lui; nous trouvons ici cette note sur le registre officiel :
« Aujourd'hui, jeudi 29 août 1715, on a cessé les représentations de la comédie par ordre de Monseigneur le comte de Pontchartrain... »
Et d'une autre main :
u ... Au sujet de la mort du roi, et l'on a été un mois entre (sic) et trois jours sans jouer la comédie. »
On ne la joue plus en effet d'aucune façon, la comédie ! car c'est sec, sans aucun des détails précis et attendris, d'usage invariable en pareil cas. On retrouve ici le sentiment général qui se manifesta partout ailleurs, sentiment de soulagement, de délivrance et d'espoir.
La note suivante complète le symptôme :
« 2k octobre 1715 : on donna relâche hier, à cause de l'oraison funèbre de Louis quatorze à Saint-Denis. »
Louis quatorze!... Ce n'est donc plus déjà Louis le Grand?
Il me semble que cette note dans sa sécheresse \ est tout aussi significative en son genre que le fameux début de l'oraison funèbre de Louis le Grand, et dont les premiers mots étaient un démenti au titre même : « Dieu seul est grand, mes frères... »
Pour la comédie aussi, c'était déjà Louis XIV, tout simplement : un numéro d'ordre, et rien de plus.
La note du registre de la Grange sur la mort de
Molière avait été plus tendre : on ne l'enterrait pas, celui-là, à Sain t-Denis ; on lui accordait à grand'peine un peu de terre; mais il s'était fait aimer, et on le pleurait.