THEATRE DES JÉSUITES
Nous croyons avoir épuisé à peu près rénumération des divers théâtres à cette époque. Toutefois, puisque nous énumérons ici les théâtres payants, peut-être conviendrait-il de mentionner celui que les jésuites ouvraient à certains jours de l'année à leur collège de Giermont, depuis collège Louis-le- Grand, et où ils faisaient payer : témoin Loret, qui assista « au collège de Saint-Ignace », en août 1658, à une tragédie latine, Athalie, « pour quinze sous que je donnai, » nous dit-il; ainsi il paya le même prix qu'il eût donné à l'hôtel de Bourgogne, pour voir une tragédie de Corneille. Il est vrai qu'il en eut pour son argent, car, outre la tragédie,
On y dansa quatre ballets, Moitié graves, moitié follets, Chacun ayant plusieurs entrées, Dont plusieurs furent admirées, Et, vrai comme rimeur je suis, La Vérité sortant du puits, Par ses pas et ses pirouettes, Ravit et prudes et coquettes.
Il n'y a que les jésuites pour faire exécuter ainsi des pirouettes à la Vérité.
On voit, de plus, que les révérends pères admet-
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taient les dames, prudes ou coquettes, à leurs, représentations. Rien n'y manquait donc de ce qui constituait les représentations théâtrales. Seulement, les rôles de femmes étaient exécutés par de jeunes garçons; mais, toujours attentifs à suivre les goûts du jour,' en les modifiant habilement, ils avaient eu la singulière idée d'introduire cette fois dans un sujet biblique, non pas précisément un de ces déguisements de femme en homme, si communs dans les comédies de Quinault et autres à la môme date, d'après la donnée italienne, lacreduta maschio, mais, au contraire, un travestissement d'un garçon en jeune fille. Lorel, qui nous rend compte de leur Atlialie, nous apprend que dans cette pièce on déguisait le sexe de Joas pour le soustraire aux fureurs d' Atlialie, et qu'il avait été « élevé comme pucelle ». C'est une idée trop ingénieuse, que Racine a bien fait de ne pas leur emprunter quand il traita plus tard le même sujet.
Ce n'est pas seulement, du reste, pour leur théâtre à Paris, que les jésuites ont le droit de figurer ici. En province, on les voit représenter assez régulièrement des pièces dans leurs collèges; et la Gazette, dans son récit des voyages du roi au commencement de son règne, ne manque pas de nous parler des représentations de ce genre auxquelles il a assisté, soit à Lyon, en 1658, où il voit « une fort belle tragédie au collège des jésuites ». soit en 1660, après son mariage, à Rordeaux, « où leurs Majestés vont au collège des jésuites assistera la représentation d'une comédie jouée sur le sujet de la Paix par leurs écoliers, avec toute la pompe et tous les agréments possibles, cette pièce étant mêlée de plusieurs
entrées de ballet fort divertissantes ». En province comme à Paris, les jésuites admettaient un public payant, même au xvme siècle, et Dreux du Radier dit, dans ses Récréations historiques1 : « Les jésuites, quand ils jouaient des pièces de théâtre, ont toujours fait payer le même prix que les comédiens... Dans leurs collèges de province, ils ont toujours fait payer. J'ai payé à Poitiers pour y voir une trèsmauvaise pièce intitulée Radegonde, et un ballet plus ridicule et plus mauvais que la pièce. »
Nous aurons plus tard l'occasion de reparler du théâtre des jésuites, qui a cultivé tous les genres, avec moins de talent sans doute que les théâtres laïques, mais avec une inépuisable fécondité.
1, 1767, t. I, p. 3il.