IMPOTS, CHARGES , PENSIONS DE RETRAITE
Les charges qui pèsent sur la comédie sont trèslourdes; d'abord, au temps où on est à l'Hôtel Guénegaud, le loyer de la salle (2,400 livres, à M. de Laffemas); plus 800 livres qu'elle est obligée à payer par chacun an aux comédiens italiens, quand ils vont s'installer à l'Hôtel de Bourgogne; puis l'établissement coûteux de la comédie dans la rue appelée plus tard rue de l'Ancienne-Comédie et qui obère la troupe pour longtemps; les pensions de retraite (1,000 livres à chaque sociétaire retiré); — puis les procès, l'impôt des boues et lanternes1-, et enfin, outre les charités qu'elle fait aux religieux de divers ordres,
1. Germain Brice écrit naïvement ceci : u Pour marquer encore plus la splendeur et la magnificence de Paris, on pourrait dire... que la seule dépense des lanternes, qui ne sont allumées que pendant cinq mois seulement, passe cent mille écus toutes les années. » Description de Paris, 1713, t. I, p. 17. Cinq mois est même exagéré. (V. de la Mare, Traité de la police, t. IV, p. 230.) Depuis 1671 on éclairait seulement du 30 octobre au 1er mars. A la fin du règne, sous M. d'Argenson, on fit encore des économies, et on n'éclaira plus quand il faisait clair de lune. L'éclairage même, quand il avait lieu, ne pouvait être bien brillant. Seignelay (16 janvier 1688) écrit à la Reynie : a On a dit à Sa Majesté que les lanternes de Paris sont à présent bien mal réglées, qu'il y en a beaucoup dont les chandelles ne brûlent pas à cause de leur mauvaise qualité et du peu de soin qu'on en prend. » Mais les chandelles même' qui brûlaient devaient donner une lumière insuffisante, et, au mois de janvier surtout, ne pouvaient durer pendant seize heures de nuit. — Et cependant l'impôt des boues et lanternes était assez élevé. Dans un manuscrit de la Biblio-
le droit des pauvres. Nous parlerons plus loin des charités et de Vimpôt des pauvres. Nous devons dire un mot ici des pensions de retraite.
« Quand l'âge ou quelque indisposition oblige un comédien de se retirer, la personne qui entre en sa place est tenue de lui payer, sa vie durant, une pension honnête , de sorte que dès qu'un homme de mérite met le pied sur le théâtre à Paris, il peut aire fond sur une bonne rente de 3 ou 4,000 livres tandis qu'il travaille, et d'une somme suffisante pour vivre dès qu'il veut quitter. Coutume très-louable, qui n'avait lieu ci-devant que dans la troupe Royale, et que celle que le roi a établie depuis peu1 veut prendre pour une forte base de son affermissement. Ainsi dans les troupes de Paris les places sont comme érigées en charges, qui ne sauraient manquer; et à PHôtel de Bourgogne, quand un acteur ou une actrice vient à mourir, la troupe fait un présent de cent pistoles à son plus proche héritier et lui donne dans la perte qu'il a faite une consolation plus forte que les meilleurs compliments. »
Nous ne voulons pas interrompre un simple exposé des conditions matérielles imposées alors au théâtre par des considérations sur la société d'alors
thèque nationale, Recueil de pièces sur le Théâtre français, 2 vol., M. Fr. ncs 9236 et 9237, nous trouvons (p. 55 du premier volume) une pièce signée : <i Procope, bourgeois de Paris, préposé à la recette des deniers provenant des taxes faites pour le nétoîffient du faubourg Saint-Germain-des-Près. » Il « confesse avoir reçu de messieurs les comédiens entretenus du roi la somme de G8 livres pour une année, plus 34 livres pour la dépense des boues et lanternes ». C'est ce Procope ou quelqu'un de sa famille qui fonda, en 1689, le café de la Comédie. \ . La troupe du roi, celle de Molière.