IMPOTS, CHARGES, PENSIONS
et sur la dose de bons sentiments qu'il faut lui reconnaître ; mais le lecteur aura remarqué ces derniers mots d'un cynisme si cru, et il nous est impossible de ne pas nous associer à ses réflexions. Ces mots sont caractéristiques, et bien dans le ton du jour : habituer l'homme à se rabaisser, à se refuser îe mérite, non pas des grandes vertus seulement, mais des instincts désintéressés les plus vulgaires et les plus naturels, voilà quel sera le penchant de plus en plus marqué de la littérature, chez les grands écrivains comme chez les plus infimes ; elle aboutira au théâtre, chez Regnard et ses contemporains, à ce tableau d'une cupidité effrénée, d'un égoïsme avide et féroce, et de convoitises funèbres, que la gentillesse de l'esprit et les grivoiseries joyeuses ne dissimulent aucunement.
Nous parlerons plus loin de ce caractère général de la comédie après Molière; mais alors c'est si peu une moralité particulière au théâtre, qu'on l'enseigne même aux enfants, à titre d'expérience anticipée. Perrault, dans le Chat botté, trouvera tout naturel de nous peindre l'un des fils du meunier qui vient d'expirer, le plus mal partagé en apparence dans son héritage, parce qu'il n'hérite que de son chat, « ne pouvant se consoler », — non point d'avoir perdu son père, — mais « d'avoir un si pauvre lot ». Et quand il est forcé de reconnaître qu'il se trouve le mieux partagé entre les trois frères, le voilà tout de suite consolé, et il n'est pas plus question de sa douleur que s'il n'en avait jamais ressenti. Il est de mode aujourd'hui de nous parler de la puissance qu'avait autrefois le sentiment de la famille, et on [recherche les causes de son affaiblissement. Peut-
être faudrait-il nous dire d'abord ce qu'en présence d'enseignements pareils, donnés aux hommes ou aux enfants, ce sentiment avait à perdre. Ce qu'il y a de sûr, c'est que ceux qui croiraient aujourd'hui à l'efficacité immanquable d'une consolation pécuniaire dans une perte de famille y mettraient au moins plus de pudeur que Chappuzeau, et regarderaient à deux fois avant d'en faire l'aveu.
1,000 livres une fois payées, tel était donc le tarif des consolations toutes-puissantes accordées au plus proche parent du défunt, père ou mère, femme ou mari, fils ou fille. Quant aux comédiens qui se retirent, le taux de la retraite est uniforme : il est de 1,000 livres par an. Le premier qui ait reçu une pension de ce genre dans la troupe de Molière est Béjart, retraité en 4670; il en jouit jusqu'à sa mort (1678) K