‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 48 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

m LE THÉÂTRE ET LES COMÉDIENS.

pour les théâtres bourgeois; les comédiens de profession se piquaient dès lors d'avoir des habits à eux.

• Chappuzeau nous dit, en parlant des costumes, dont la dépense était en générai à la charge de chaque comédien :

« Cet article de la dépense des comédiens est plus considérable qu'on ne s'imagine. Il y a peu de pièces nouvelles qui ne leur coûtent de nouveaux ajustements ; et le faux or, ni faux argent qui rougissent bientôt, n'y étant pas employés, un seul habit à la romaine ira souvent à 500 écus. »

Une comédie du temps confirme cette assertion de Chappuzeau, en y joignant divers détails accessoires, qui ont assez d'intérêt pour que nous

« en sa maison de l'entrée du faubourg Saint-Victor, par des jeunes pensionnaires », devant plus de trois cents personnes, il ajoute : « M. Bourgeois demeure à l'entrée des piliers des halles, à V Empereur ou aux Trois-Étoiles . C'est le loueur d'habits pour les tragédies. Son ami M. Mareschal, qui loue les lustres, loge proche Saint-Jacques-la-Boucherie. » Un costumier pour les tragédies, ceci suppose que le goût des théâtres bourgeois et l'usage déjouer chez soi « la tragédie » devaient être assez répandu. Ce manuscrit de Colletet a été détruit avec la Bibliothèque du Louvre; mais cette note avait été recueillie par M. Rathery, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque du Louvre ( Bulletin du bibliophile, année 1858, p. 1039. — « Au commencement du xvne siècle, dit Tallemant, les comédiens louaient des habits à la friperie; ils étaient vêtus' infâmement. » (T. X, p. 39.) Mais les choses avaient bien changé depuis, et au temps du cardinal de Richelieu, Bellerose, le principal acteur de l'hôtel de Bourgogne, avait, à ce qu'il semble, de fort beaux habits, puisque Floridor les lui acheta avec sa place moyennant 20,000 livres. Cependant, même en 1697, la Comédie* Française louait quelquefois encore des costumes ; ainsi pour une 'représentation CC Amphitryon , « louage de l'habit de Jupiter, 6 livres ». (Registres*)

DÉPENSES PARTICULIÈRES. iZj

croyons devoir en reproduire les principaux traits : c'est une pièce représentée en 1692 au Théâtre-Italien. Le passage est curieux à divers titres; il montre, par parenthèse, qu'une rivalité assez malveillante existait alors entre les deux théâtres ; les auteurs de la pièce des Italiens sont Regnard et Dufresny.

C'est un plaidoyer alternatif en faveur des deux théâtres, où, comme bien on pense, les comédiens français ne sont pas ménagés.

« Quand un comédien français (dit Arlequin qui se charge de la défense de la Comédie-Française) n'aurait pour tout bien que sa seule garde-robe, il serait plus riche que toute l'Italie ensemble et trouvera toujours une ressource chez le fripier. Le moindre petit confident a de quoi habiller dans un jour de triomphe toute la république romaine.

— Mais ces dépenses les endettent, réplique Colombine, tandis que la troupe des comédiens italiens...

— Halte-là! s'écrie Arlequin, je m'oppose aux qualités; dire bande des comédiens italiens, et non pas troupe : c'est un titre qui n'appartient qu'aux comédiens français. Vous êtes encore de plaisants bohémiens! »

La querelle s'engage sur les mérites respectifs des deux théâtres. Chacun cite ses titres : Colombine rappelle à Arlequin qu'il y a eu jadis un comédien italien fort riche, fort connu, empereur même, lequel courut la Grèce avec une de nos troupes, dit-elle, et l'histoire ne fait pas mention qu'il ait jamais monté sur le théâtre du faubourg Saint- Germain. C'était Néron, — Nous ne l'aurions jamais reçu, s'écrie l'avocat du Théâtre -Français, il était trop

cruel, et l'on sait que ce n'est pas chez nous qu'on est accoutumé à trouver « de la cruauté » ; et l'allusion se précise un peu plus loin : on fait remarquer qu'au Théâtre-Français « Marinette est grosse ». Ce qui est une preuve des libertés qu'on laissait à la comédie italienne. Mais nous trouvons dans la suite de ce double plaidoyer des détails intéressants :

« Si on regarde l'intérêt qui est le seul point de vue dans les mariages d'aujourd'hui, un comédien italien l'emportera toujours sur un français. Il fait moins de dépenses en habits, sa part est plus grosse, et il ne faut quelquefois qu'une médiocre comédie pour faire rouler toute l'année un comédien italien.

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