‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 49 sur 132 · COLOMBINE · texte numérisé non relu

COLOMBINE

Hé, ne nous vantez pas toutes les magnificences de votre hôtel. Votre théâtre, environné iTune grille de

DÉPENSES PARTICULIÈRES. 137

fer, ressemble plutôt à une prison qu'à un lieu de plaisir. Est-ce pour la santé des jeunes gens qui sortent de la Cornemuse ou de chez Rousseau1, et pour les empêcher de sé jeter dans le parterre, que vous mettez des garde-fous devant eux? Les Italiens donnent un champ libre sur la scène à tout le monde. L'officier vient sur le bord du théâtre étaler impunément aux yeux du marchand la dorure qu'il lui doit encore. L'enfant de famille, sur les frontières de l'orchestre, fait la moue à l'usurier qui ne saurait lui demander le principal ni les intérêts. Le fils, mêlé avec les acteurs, rit de voir son père avaricieux faire le pied de grue dans le parterre, pour lui laisser 15 sols de plus après sa mort. Enfin le Théâtre-Italien est le centre de la liberté, la source de la joie, l'asile des chagrins domestiques; et quand on voit un homme à l'Hôtel de Bourgogne, on peut dire qu'il a laissé tout son chagrin chez lui, pourvu qu'il y ait laissé sa femme2. »

On peut trouver que toutes ces raisons en faveur des comédiens italiens ne sont pas également solides. Mais le passage n'en est pas moins curieux; on y voit l'acrimonie des Italiens contre la Troupe française; on y trouve aussi la mention de la grille qui séparait le théâtre du parterre, et de la double balustrade qui enfermait sur la scène les gens du bel air; ce qui prouve que cette double disposition, que nous avons signalée dans l'estampe de Goypel, existait déjà en 1692. Enfin, là et dans quelques

1. Deux cabarets de la rue de l'Ancienne-Comédie. Le théâtre, dans ce qui précède, ne peut s'entendre que de la scène même, où s'installaient les honnêtes gens.

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