‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 65 sur 132 · Mercure, décembre · texte numérisé non relu

Mercure, décembre

tard avec Grébillon. Sauf Le Sage, on ne voit pas que ces divers écrivains aient eu le droit de se plaindre des sévérités ou de l'indifférence du parterre.

Il faut dire aussi que l'autorité s'en était mêlée. En 1690, le sifflet avait été interdit à propos d'un opéra d'Orphée, sifflé à l'Opéra. Le public tint bon pourtant :

Non, non, je sifflerai; l'on ne m'a pas coupé Le sifflet,

disait un rondeau qui circula alors. La répression était pourtant assez sévère. En 1696, Pontchartrain écrit à la Reynie de renouveler la défense de siffler; il lui annonce que, la nouvelle ordonnance une fois publiée, il fera des exemples, et enverra les siffleurs à l'Hôpital général. On voit un nommé Caraque mis en prison pour avoir sifflé à la Comédie : il y resta trois semaines1. Il est relâché enfin par ordre du roi. Il paraît du reste que cette manie de siffler était devenue contagieuse, et menaçait de s'étendre hors du théâtre; Pontchartrain écrit au lieutenant de police : « Thierry, que je vous avais écrit de mettre en liberté, parce qu'il avait sifflé à la Comédie, a été arrêté, à ce que m'écrit le sieur Desperriers, pour avoir sifflé dans l'école de droit. Dans Fun ou dans l'autre cas, le roi veut que vous le fassiez mettre incessamment en liberté2! » On peut trouver que le roi et son ministre intervenaient dans de bien petites choses; mais au moins

\ . Depping, Correspondance administrative pendant le règne de Louis XIV, t. II, p. 721.

Page 1