On entendait par là les employés du théâtre
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tenter de l'honneur qu'on lui fait de produire son ouvrage1. »
Sauf cette dernière clause, un peu inquiétante pour les débutants, le tableau est flatteur, et comme le brave Gbappuzeau est d'un tempérament fort admiratif, très-disposé à tout trouver fort bien dans le meilleur des mondes, on pourrait croire qu'il exagère ici un peu, selon son usage, les avantages assurés aux auteurs. Il n'en est rien cependant, et les registres cle la Comédie-Française font foi que, par exception, Ghappuzeau est plutôt ici en deçà qu'au delà de la vérité.
D'abord en ce qui concerne les débutants, l'usage de ne leur rien donner n'était pas invariable. Racine, pour sa première pièce, la Thèbaïde, touche ses deux parts, et si ces parts sont faibles, elles sont du moins proportionnées au succès assez médiocre <de la pièce : la recette de la première représentation ne s'élève qu'à 370 livres 10 sous.
Il est évident que si les comédiens avaient voulu «se montrer rigoureux à son égard, ils auraient eu un prétexte tout trouvé dans la faiblesse des recettes pour ne rien lui donner. On peut attribuer cette générosité à un bon sentiment tout personnel à Molière, et comme malheureusement nous n'avons pas les registres des deux autres théâtres d'alors, l'Hôtel de Bourgogne et le théâtre du Marais, nous ne pouvons savoir si Ghappuzeau n'a pas dit vrai pour ces deux théâtres, au moins pour l'époque 'dont il s'agit dans son livre2. Mais plus tard nous
2. Les premières années du règne de Louis XIV : le livre de Chappuzeau est de 1G74.
voyons les auteurs, connus ou non, toucher régulièrement deux parts tant que les recettes se maintiennent à un certain niveau. i Pour les pièces payées d'avance et, comme le dit Chappuzeau, au hasard du succès, nous trouvons en effet, qu'au théâtre de Molière pour « Attila pièce nouvelle de M. Corneille I'aisné, on lui donna 2,000 livres, prix fait »; même prix pour Bérénice. Après la mort de Molière, ses camarades achetèrent à Montfleury et à Thomas Corneille sa pièce du Comédien poëte moyennant 1,320 livres. C'est du reste entre ce chiffre et celui que l'on payait d'avance au grand Corneille, que se maintiennent en général les bénéfices d'un auteur dont la pièce réussit, et qui, au lieu d'être payé à forfait, a obtenu la condition des deux parts.
Un peu plus tard les conditions deviennent meil>\ leures pour les tristes successeurs de Corneille et de Racine, surtout dans la seconde moitié du règne. Phèdre et Hippolyte, de Pradon \ lui vaut un peu moins de 2,000 livres. La Judith de Boyer 2 rapporte à l'auteur de 16 à 1,700 livres. Je cite à dessein des pièces devenues célèbres par le ridicule, mais qui ne semblaient pas telles alors à tout le monde.
Ainsi donc, on voit que les pièces d'un auteur en ; vogue lui rapportaient en général 2,000 livres et qu'un auteur même qui n'obtenait qu'un succès