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La Vie des comédiens, Paris, Hachette, p

LA DÉCADENCE

pis et pratiqué Molière. Si l'on excepte Turcaret, nul souci de la vérité et de la vraisemblance ; amuser et faire rire, voilà tout le but qu'elle se propose. Il y a longtemps qu'on a remarqué que les personnages si réjouissants de Regnard le sont tous avec intention, tandis que ceux de Molière, quand ils font rire, peuvent dire, comme Alceste, aux rieurs:

Par la sambleu, messieurs! je ne croyais pas être Si plaisant que je suis...

Il est impossible de trouver ailleurs une littérature comique plus, pétillante d'esprit que celle de cette fin de règne. Mais elle n'est pas plus vraie dans son genre que celle de, Scarron, d'où Molière l'avait fait sortir.

Ces pièces sont sans doute en général fort amusantes. Toutefois on n'est pas toujours très-scrupuleux sur le choix des moyens pour amuser ; ce sont souvent, chez Dancourt, surtout, de petites pièces ayant trait à des modes ou à des travers du jour, des à-propos, des allusions à. une anecdote qui court, à un scandale du temps. Elles ont, pour nous aujourd'hui, l'avantage de nous renseigner sur certains usages, très-passagers d'ailleurs, mais utiles à connaître pour l'histoire de la société passée, quand on veut l'examiner dans les petits détails. C'est un genre d'intérêt qu'on retrouverait dans d'autres documents, plus exacts au moins et qui n'ont aucune prétention littéraire. En tout cas, nous sommes loin de la comédie large et toujours vraie cle Molière, même dans ses simples fafces. L'esprit même, quoiqu'il abonde chez Dancourt, n'est

LES AUTEURS

pas toujours du meilleur aloi, non plus que le choix du sujet. Emprunte-t-il à la chronique du jour l'histoire plus ou moins authentique d'un abhé qu'un teinturier surprend avec sa femme et qu'il force, pour toute vengeance, à prendre un bain complet dans une cuve remplie de teinture verte? Il intitulera sa pièce le Yen-Galant. Il joint à ses petites pièces des couplets et des divertissements qui en font de simples vaudevilles. Il exploite au besoin le roman du jour, et donne une pièce intitulée le Diable boiteux. Elle a du succès; Dancourt récidive, et fait jouer le Second chapitre du Diable boiteux. La première pièce est jouée le 1er octobre1; la seconde pièce, faite et apprise en vingt jours, le 20 octobre. Néanmoins, dans toutes ces petites pièces de circonstance, et où Dancourt a plus ou moins mis du sien, on a déjà cette prose charmante, courte et vive, dont Le Sage et Voltaire feront un si non usage, et qui reste peut-être, même comparée à des styles plus graves et plus forts, ce que notre langue a de plus caractéristique, de plus vraiment français.

Il faut pourtant bien se l'avouer, cette amusante littérature, la seule qui existât encore en cette décadence, était elle-même à tous égards un abaissement. Je me suis souvent demandé ce qu'auraient dit les fiers héros de Corneille, de ceux de Racine, ce que, sincèrement et toute rivalité mise à part, le grand Corneille devait penser du drame ainsi féminisé. Ce serait l'héroïsme du devoir jugeant l'égoïsme de la passion. La comédie elle-même,

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