‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 8 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

TROUPE DE MOLIÈRE

On connaît beaucoup mieux . l'histoire de cette troupe que celle des deux autres théâtres rivaux. Molière a jeté sur elle un tel éclat, que d'assez bonne heure on s'est enquis avec soin de cette partie de notre histoire dramatique, et heureusement nous avons ici des documents sûrs. D'abord une partie des registres de ses camarades Hubert et la Thorillière ; ce sont les seuls qu'aient connus les frères

théâtre Guénegaud, Mme Auzillon est nommée L'oisillon; est-ce une plaisanterie plus ou moins gracieuse?

TROUPE DE MOLIÈRE

Parfaict ; puis, ce qui est bien autrement important, le registre du comédien la Grange, qui commence à la date de son entrée dans la troupe, à Pâques 1659, et où il a enregistré jour par jour les pièces,- les recettes, et aussi les incidents curieux dont il voulait garder le souvenir; car c'est évidemment pour lui seul que la Grange écrivait ce registre ; ceux d'Hubert et de la Thorillière étaient au contraire les registres officiels de la troupe, et s'ils entrent dans des détails plus précis comme il le faut dans un livre de comptes, ils sont loin, même pour la partie qui nous en a été conservée, de présenter ce genre d'intérêt qu'ajoutent, à celui d'une exactitude scrupuleuse, les observations naïves de la Grange, relatant les mariages, les naissances, les morts, qui surviennent dans cette famille dramatique ; le tout avec une bonhomie touchante, qui justifie à l'égard de ce comédien l'estime et l'affection de tous ceux qui ont parlé de lui. Mais les passages les plus curieux de ce registre ont été cités par M. ïaschereau qui en possède une copie, et ils sont depuis longtemps en circulation. En outre, M. Édouard Thierry va publier ce registre, et les rares connaissances de l'éditeur en feront certainement une histoire détaillée et définitive du théâtre de Molière. Nous ne pouvons donc songer ici à répéter des détails qui sont partout, que cette publication depuis longtemps attendue complétera, sans décourager sans doute l'intérêt de curiosité et le goût des minutieuses rectifications que le nom de Molière éveillera toujours et ne cessera de justifier. Nous ne voulons réunir ici que quelques renseignements précis sur les divers établissements de

cette troupe à Paris, sur les pièces qu'elle a jouées, les variations de sa fortune, si prospère quand Molière la soutenait, si ébranlée après sa mort; en un mot sur son existence matérielle depuis 1658, année où elle se fixa à Paris, jusqu'en 1680. Ces détails pour la plupart sont ailleurs, et on ne saurait les renouveler qu'en les approfondissant et en les complétant, ce qui serait un travail spécial auquel nous ne pouvons songer en ce moment 1. Il nous suffira ici d'indiquer la place que cette troupe occupe dans rhistoire de notre théâtre au xvne siècle, en face des théâtres ses rivaux.

Page 1